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Les orchidées de jardin, 3 espèces incontournables

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Les orchidées terrestres rustiques sont bien souvent aussi séduisantes que leurs consœurs tropicales devenues familières de nos intérieurs. Elles n’en demeurent pas moins des plantes rares dans les jardins, car elles se multiplient difficilement et n’aiment pas être transplantées. Les progrès de la culture in vitro permettent désormais de proposer à la vente certains spécimens faciles de culture.

Contrairement aux idée reçue, leur “difficulté” ne vient pas d’un caprice, mais d’une biologie très spécifique.. Une orchidée terrestre vit en interaction étroite avec son sol.. Si l’emplacement et la structure du terrain ne lui conviennent pas, elle survit parfois une saison puis décline lentement, sans signe spectaculaire au début.. L’objectif au jardin consiste donc à imiter son habitat : un sol sain, aéré, vivant, jamais saturé d’eau en hiver, et une lumière adaptée (souvent tamisée).

Délicates mais robustes

Savez-vous que plus de 150 espèces d’orchidées terrestres poussent sur notre sol ? Elles occupent à peu près tous les milieux, cependant, la plupart d’entres elles se raréfient et bénéficient d’une protection. Les orchidées souvent réfractaires à une multiplication classique bénéficient des progrès de la science. Elles peuvent ainsi être proposées à la vente sans nuire à leur protection. Il faut savoir que la production d’un pied adulte demande malgré tout 4 à 5 années de culture, ce qui explique leur coût. La plupart des variétés proposées sont très rustiques (-20°C), de culture facile dans un sol sain, car il faut savoir qu’elles vivent en symbiose avec un champignon. Elles possèdent un bulbe souterrain qui leur permet de stocker des réserves pendant leur période de repos.

Ce qui change au jardin : ces orchidées ne se conduisent pas comme des vivaces “classiques”.. En pratique, trois points font la différence.

  • Drainage hivernal : indispensable, même en sol “frais”.. Si l’eau reste au niveau des organes souterrains, le risque de pourriture augmente fortement.
  • Stabilité : choisissez l’emplacement une bonne fois.. La transplantation, même prudente, provoque souvent une pause de croissance (voire une disparition) la saison suivante.
  • Sol vivant : évitez les excès de produits désinfectants, les apports trop riches en azote et les binages profonds.. Mieux vaut un sol souple, humifère, nourri régulièrement par de petites couches de compost mûr ou de feuilles décomposées.

Quand planter ? Dans la plupart des cas, les périodes les plus sûres sont la fin d’été-début d’automne (sol encore tiède) ou la fin d’hiver, selon l’espèce et le mode de vente (griffes, pseudo-bulbes, plants en godet).. L’essentiel est d’éviter les plantations en sol froid et détrempé.

L’orchidée-jacinthe (Bletilla striata)

Cette orchidée asiatique est une des plus couramment vendues, car elle est très facile à cultiver.

  • Elle est proposée souvent sous forme de plantes prête à fleurir en mai-juin, pour peupler les endroits frais ou bien au rayon « bulbes » à l’automne.
  • Elle forme en effet un gros pseudo-bulbe qu’il convient de planter assez profond, à 15 cm, pour le mettre à l’abri des gelées.
  • Ses épis magenta à blancs, légèrement parfumés, se dressent à 40 cm au sein d’un feuillage plissé vert clair.
  • Le labelle présente des striures blanches, ce qui explique son nom.

 

Bletilla striata - orchidée jacinthe extérieur

Bletilla striata : une orchidée terrestre simple à réussir au jardin, en sol humifère et drainé.

Pourquoi elle réussit mieux que beaucoup d’autres : la Bletilla tolère une large gamme de sols, à condition qu’ils soient drainants.. Elle accepte aussi la culture en pot, ce qui permet de sécuriser l’hivernage dans les régions froides.. Son autre atout est sa reprise fiable au printemps, si le pseudo-bulbe n’a pas souffert d’un excès d’eau en hiver.

La culture du Bletilla

Au jardin

  • Plantez-la dans un sol riche en humus, bien drainé et à exposition mi-ombragée ou recevant le soleil du matin. Dans les régions aux hivers rigoureux, protégez la souche par un paillis en hiver ou déterrez les pseudo-bulbes à conserver dans un local frais. Elle craint les limaces et les pucerons.

Astuce de pro : si votre terre est lourde, créez une “poche” drainante.. Mélangez terre de jardin + compost mûr + matériau drainant (pouzzolane fine, perlite ou sable grossier), puis plantez sur une très légère butte.. Vous gardez ainsi la fraîcheur utile au printemps, sans saturation d’eau en hiver.

  • Arrosage : modéré mais régulier de la reprise jusqu’à la fin de floraison, puis laissez sécher un peu plus entre deux apports.
  • Engrais : léger, au printemps, plutôt organique et peu azoté.. Trop d’azote fait de belles feuilles mais fragilise la floraison.
  • Après floraison : coupez la hampe défleurie, mais laissez le feuillage jaunir naturellement.. C’est lui qui recharge le pseudo-bulbe.

Dans la maison

  • La Bletilla se cultive aussi en véranda. Dans ce cas, couvrez assez peu les bulbes de terre et cessez d’arroser dès que le feuillage a disparu. A partir de mars, placez le pot dans un endroit éclairé pas trop chaud (véranda) en ajoutant de l’engrais dilué 2 fois, tous les 15 jours. Placez le pot sur un lit de tourbe ou de gravier humides durant sa floraison.

Point important en pot : utilisez un contenant percé et un substrat très aéré.. Une soucoupe pleine d’eau en hiver est la cause la plus fréquente d’échec.

Le sabot de Vénus (Cypripedium)

Cette version rustique du « sabot de Vénus » ressemble beaucoup au Paphiopedilum d’intérieur.

  • Son pétale inférieur, le labelle forme en effet un gousset, attractif pour les insectes. L’espèce indigène, Cypripedium calceolus est rare et menacée de disparaître à cause du réchauffement climatique.
  • Cette plante délicate aux tons jaunes et bruns vit réfugiée dans quelques stations de causses ou de montagnes.
  • Elle forme une touffe de 15 à 60 cm de haut, en sol bien drainé, léger et calcaire.
  • Les autres Cypripedium asiatiques ou américains (C. formosanum, reginae, pubescens…) préfèrent les sols acides, frais et humifères et sont plus faciles à cultiver notamment reginae.

 

Cypripedium - sabot de venus - orchidee de jardin

Cypripedium : une orchidée terrestre rustique, spectaculaire, à installer définitivement en sol adapté.

 

Ce qu’il faut comprendre : chez les Cypripedium, la réussite dépend surtout du couple “sol + humidité”.. Ils aiment un sol frais au printemps et en été, mais ils refusent l’eau stagnante en hiver.. Ils apprécient aussi une lumière tamisée (mi-ombre), comme en lisière de sous-bois.

La culture du Cypripedium

Les griffes sont installées en fin d’hiver pour une floraison en mai-juin de 3 à 4 semaines. Plantez-les dans une rocaille fraîche à mi-ombre, parmi les plantes de terre de bruyère ou un sous-bois humifère selon leur affinité.

  • Plantation : la griffe doit être posée horizontalement, recouverte de quelques centimètres de substrat, sans tasser brutalement.
  • Paillage : feuilles mortes bien décomposées ou compost très mûr, en couche fine.. Cela nourrit le sol sans “brûler” les racines.
  • Patience : un Cypripedium peut mettre une saison à s’installer.. Évitez de “vérifier” en grattant le sol.

Erreur fréquente : planter en terre lourde en pensant “il suffit d’arroser moins”.. Même peu arrosée, une terre compacte asphyxie les racines.. Dans ce cas, une plantation en rocaille humifère, ou un massif surélevé, est souvent la meilleure solution.

La pléione de Formose (Pleione formosana)

Cette orchidée terrestre semi-rustique est originaire d’Asie. Chaque printemps, son pseudobulbe enterré émet une feuille et une à deux fleurs d’une grandeur exceptionnelle par rapport à la taille totale de la plante.

  • Son labelle forme un tube frangé de 8 cm pour une plante qui ne dépasse pas 15 cm !
  • Blanc et souvent tacheté de mauve, il s’entoure de 5 longs et fins tépales blancs ou mauves.
  • A la fin de la floraison qui s’étire sur 15 jours en avril-mai, la plante développe son feuillage et produit un nouveau pseudo-bulbe destiné à perpétuer l’espèce.

 

Pleione formosana - Pléioné de formose - orchidée extérieur

Pleione formosana : fleurs immenses, plante miniature.. Le drainage hivernal est crucial.

 

Son point sensible : la Pleione tolère assez bien le froid sec, mais redoute l’humidité persistante.. C’est la raison pour laquelle elle réussit très bien en pot, où l’on contrôle l’arrosage et le substrat, ou en rocaille poreuse, plutôt qu’en massif “classique” trop compact.

La culture de la Pleione

  • Elle peut se cultiver en rocaille fraîche, en sous-bois ou en pot. Plantez-la dans un sol humifère, frais et poreux sans trop de calcaire. Choisissez un emplacement à mi-ombre ou bien au soleil si vous êtes situé au nord de la Loire. Continuez à maintenir un sol humide après la floraison pour permettre au nouveau pseudo-bulbe de grossir. Couvrez la souche d’une cloche ou de feuilles mortes pendant l’hiver ou bien rentrez le pot en serre froide.

Substrat conseillé en pot : un mélange très aéré, par exemple écorces fines + terreau feuilles/compost mûr + pouzzolane/perlite.. L’idée est d’obtenir un milieu qui reste légèrement humide au printemps, mais qui sèche assez vite après arrosage.

  • Après floraison : arrosages réguliers mais jamais détrempants, pour nourrir le nouveau pseudo-bulbe.
  • En été : lumière douce, pas de soleil brûlant derrière une vitre, et attention aux coups de chaud en pot.
  • En hiver : protection contre la pluie froide.. Une cloche, un abri ou une serre froide évitent la pourriture.

Conseils du jardinier – FAQ

  • Peut-on planter ces orchidées en pleine terre partout en France ?
    Non.. La rusticité au froid est souvent bonne, mais la réussite dépend surtout du sol.. En terre lourde et humide l’hiver, la culture en rocaille drainante ou en pot est plus sûre.
  • Faut-il un terreau spécial “orchidées” du commerce ?
    Pas forcément.. Pour les terrestres rustiques, l’enjeu est surtout la structure : humus + aération + drainage.. Les mélanges à base d’écorces peuvent être utiles en pot, mais en pleine terre on recherche plutôt un sol forestier (feuilles, compost mûr) bien drainé.
  • Pourquoi ne faut-il pas les déplacer ?
    Leur système souterrain et leurs relations avec la vie du sol sont sensibles.. Un déplacement casse des racines fines, perturbe la mycorhize et peut provoquer une “pause” d’une saison, voire un dépérissement.
  • Quel est le principal risque en hiver ?
    L’eau stagnante.. Un froid sec est souvent mieux supporté qu’un sol détrempé.. D’où l’intérêt du drainage, des buttes, des rocailles, ou de l’hivernage en pot.
  • Limaces, pucerons : faut-il traiter ?
    Intervenez tôt et simplement.. Les limaces peuvent dévorer les jeunes pousses au printemps : protection physique, surveillance, ramassage.. Les pucerons se gèrent souvent par douches, savon noir ou auxiliaires, sans traitements lourds.

©maeterlinck, ©Sundec88, ©Gianni Innocenti, ©YAYImages


Écrit par Eva Deuffic | Eva est une passionnée de jardins et de jardinage et c'est avec sa plume qu'elle nous emporte et nous fait rêver.