Sauges à fleurs : variétés arbustives à cultiver au jardin
Avec près de 900 espèces qui peuplent l’ensemble du globe, à l’exception des régions très froides et des forêts tropicales humides, les sauges offrent une diversité remarquable au sein du genre Salvia. Des fleurs à deux lèvres, des feuilles opposées souvent aromatiques et des tiges à section carrée : ces traits sont communs aux sauges, qu’elles soient annuelles, vivaces ou semi-arbustives. Partons à la découverte des sauges à fleurs et des principales “arbustives” à travers quelques exemples d’aménagement, en distinguant les groupes les plus utiles au jardin.
1- Des arbustives aux nuées de petites fleurs
Les sauges arbustives portent des petites fleurs, en général très abondantes du printemps jusqu’aux gelées, dans différents coloris. Elles constituent de véritables buissons de 50 cm à 1 m de haut sur la zone littorale et, plus largement, dans les jardins bénéficiant d’hivers plutôt doux. Leur intérêt est double : une floraison longue (souvent discontinue mais presque permanente) et une silhouette qui structure le massif, même quand d’autres vivaces marquent une pause.
Pour bien les réussir, retenez trois règles “expertes” : une exposition très lumineuse, un sol drainant (même pauvre) et une taille adaptée au groupe. La plupart de ces sauges fleurissent sur les pousses de l’année : une taille de printemps favorise donc un port compact et une floraison plus régulière. À l’inverse, une taille sévère en automne expose la souche aux gels et à l’humidité.
Salvia greggii, microphylla et x jamensis
Native du Texas et du Mexique, Salvia greggii est particulièrement tolérante à la sécheresse et au froid (jusqu’à environ –15 °C en sol drainé, et si la souche ne reste pas humide). Elle forme un petit buisson très florifère, dont les fleurs se renouvellent sans cesse dès que les températures remontent. C’est une sauge idéale pour jardins secs, talus drainants, bordures ensoleillées et grands pots, à condition d’éviter les excès d’eau.
Muret paré de touffes de Salvia greggii, lavande et Geranium ‘Johnson’s Blue’.
Salvia microphylla (syn. grahamii) mérite une mise en avant à part entière : elle est souvent plus “fiable” au jardin que greggii dans les secteurs soumis à des variations de température et à des gels tardifs. Elle se distingue par son feuillage lustré, arrondi au sommet. Surtout, elle tolère mieux une légère reprise depuis le bois plus âgé et redémarre volontiers de la base si la partie aérienne a souffert. En pratique, c’est une excellente candidate pour qui veut une sauge arbustive durable, florifère et facile à remodeler au printemps.
On trouve des hybrides entre ces deux espèces sous le nom de Salvia x jamensis, aux tons saumonés, rose clair, jaune pâle, blancs ou bicolores. Ces hybrides combinent souvent la vigueur et la floribondité de microphylla avec la tolérance à la sécheresse de greggii. Pour un massif “effet longue saison”, ce sont parmi les meilleures options : ils s’accordent parfaitement avec lavandes, pérovskias, gaura, géraniums vivaces et graminées légères, dans des scènes très naturelles.
Salvia chamaedryoides et greggii de la série Mirage
Leur forme plus compacte (30 à 45 cm) les destine plus particulièrement aux rocailles et à la culture en pot. Leur intérêt est évident : elles gardent une silhouette nette, s’intègrent facilement en bordure et supportent bien la chaleur, à condition d’être installées en substrat drainant.
Salvia chamaedryoides possède une teinte bleu-violet intense, très utile pour renforcer les camaïeux bleus au jardin, surtout en association avec lavandes et nepeta.
La série “Mirage” de Salvia greggii avec les cultivars ‘Salmon’, ‘Violet’, ‘Cream’ et ‘Burgundy’ présente des plants compacts, arrondis, particulièrement florifères, très adaptés aux potées estivales.
Leurs exigences de culture
Plantez-les contre un mur abrité, au soleil voire à mi-ombre légère, et protégez la souche dans les zones à risques pendant l’hiver. Rabattez le buisson de moitié à la venue des beaux jours, en conservant du bois sain : l’objectif est de relancer des pousses neuves qui porteront fleurs et feuillage. Ces sauges supportent des gels autour de –10 °C, parfois davantage selon le sol, et repartent facilement depuis la souche si celle-ci reste au sec.
Pour maintenir ces sauges sur un balcon, utilisez une terre légère (environ 2/3 de terreau) et sableuse, dans un pot plus profond que large, avec un drainage soigné. En pot, l’erreur la plus fréquente est l’excès d’arrosage en fin de saison : à l’approche de l’automne, réduisez progressivement l’eau pour éviter que les racines ne restent froides et humides.
2- Des touffes compactes hérissées d’épis
Ce groupe concerne des sauges vivaces à port de touffe, très utiles pour structurer les massifs en épis colorés. Elles n’ont pas un port arbustif au sens strict, mais elles illustrent parfaitement la thématique “sauges à fleurs” et offrent une excellente complémentarité avec les arbustives, en apportant un graphisme vertical plus net.
Salvia nemorosa, x sylvestris
Les souches compactes de la sauge des bois, Salvia nemorosa (syn. superba), émettent de nombreux épis colorés de violet, de rose ou de bleu violacé, de juin à août. Le feuillage rugueux est grisâtre. La rigidité des épis offre un graphisme très intéressant à marier avec des plantes couvre-sols comme des géraniums, ou à intégrer dans des massifs de style naturel.
Les souches compactes de Salvia nemorosa émettent de nombreux épis colorés, idéals en bordure.
Les cultivars de Salvia nemorosa, poussant spontanément sur les coteaux arides du Midi méditerranéen, apparaissent aussi sous le nom de S. x superba ou encore S. x sylvestris. Plantées en masse, ces sauges forment d’élégantes bordures de 40 à 90 cm de haut, efficaces pour rythmer les allées ou encadrer un massif.
Parmi les bleues, on trouve ‘Blaukönigin’ (syn. ‘Reine des Bleues’) ou ‘Blauhügel’ (40 cm), ‘Lubeca’ (bleu violacé, 70 cm), ‘Mainacht’ (violet foncé, 50 cm), ‘Ostfriesland’ (violet, 50 cm). ‘Rosakönigin’ (syn. ‘Rosa Queen’) est remarquable pour son abondante floraison rose de 40 cm. ‘Schneehügel’ livre des épis blancs de 50 cm qui se marient élégamment aux rosiers paysagers.
Leurs exigences de culture
Ces sauges bénéficient d’une rusticité à toute épreuve, plantées dans un sol ordinaire frais ou sec, mais bien drainé. Choisissez de préférence un emplacement ensoleillé pour augmenter leur floraison. Favorisez la remontée, en coupant les épis défleuris : c’est le geste le plus rentable pour prolonger la saison et conserver un aspect net.
3- Des sauges exotiques foisonnantes
Ces sauges, souvent plus hautes et spectaculaires, complètent à merveille les sauges arbustives en apportant volume, couleur intense et présence jusqu’à l’automne. Elles sont idéales pour un massif “fin de saison”, où elles accompagnent graminées, dahlias, cannas ou verveines de Buenos Aires.
Salvia involucrata
S. involucrata ‘Bethellii’ est une sauge vivace qui atteint allègrement 1,20 m sur 80 cm de large dans une bonne terre de jardin. Les feuilles douces au toucher sont d’un vert intense, formant un contraste spectaculaire avec les épis rose bonbon fleuris de juillet à septembre. En situation abritée et en sol suffisamment nourri, elle devient une véritable plante de fond de massif.
Un bouquet de Salvia involucrata ‘Bethellii’ sur fond de Chamaerops humilis.
Salvia guaranitica
Salvia guaranitica a donné naissance à un certain nombre de cultivars comme ‘Black and Blue’, particulièrement florifères et foisonnants, atteignant 1 m de diamètre sur 1,70 m de haut. Cette spectaculaire sauge émet des corolles en casque bleues (violet intense chez ‘Amistad’), enchâssées dans un calice noir. Dans un massif, elle crée immédiatement un point focal fort et une profondeur de couleur rare.
Salvia guaranitica ‘Black and Blue’, très florifère, au contraste bleu profond et calice sombre.
Leurs exigences de culture
Ces sauges apprécient un sol frais en été même si elles résistent bien aux canicules une fois installées.
Un peu gélives, il est conseillé de les bouturer en septembre sous une feuille de plastique afin de les conserver de façon certaine.
Vous pouvez aussi diviser la touffe pour en conserver un sujet en pot sous abri. En climat doux, contentez-vous de pailler généreusement la souche.
Protection hivernale : un paillage sec et une situation abritée limitent les pertes sur les sauges sensibles.
Salvia elegans ‘Scarlet Pineapple’ fait aussi partie de ces sauges foisonnantes. Son feuillage aux essences d’ananas et ses fleurs rouge vif aromatisent agréablement salades et boissons. En fin de saison, c’est une excellente sauge “plaisir”, à protéger des gels marqués.
Maladies et ravageurs
Les sauges sont globalement robustes, surtout en sol drainant. Les problèmes apparaissent principalement quand la plante est trop arrosée, trop serrée ou installée dans un substrat lourd.
Oïdium : favorisé par une atmosphère confinée et des écarts de température. Aérez, espacez, évitez l’aspersion du feuillage.
Pourritures : fréquentes en sol compact et humide, surtout l’hiver. Améliorez le drainage, surélevez la plantation si besoin, réduisez l’arrosage en pot.
Pucerons : surtout sur jeunes pousses au printemps. Un jet d’eau suffit souvent, sinon savon noir doux.
Conseils du jardinier – FAQ
Quelle est la meilleure sauge arbustive pour débuter ?
Les hybrides Salvia x jamensis et de nombreuses Salvia microphylla sont souvent les plus faciles : florifères, assez tolérantes et simples à tailler au printemps.
Pourquoi ma sauge arbustive ne repart pas après l’hiver ?
La cause la plus fréquente est l’humidité hivernale dans un sol mal drainé. Les gels modérés sont souvent mieux supportés que le froid humide prolongé.
Quand tailler les sauges arbustives ?
Taillez au printemps, lorsque la reprise est visible. Évitez les tailles sévères en automne : elles fragilisent la souche avant l’hiver.
Comment obtenir une floraison plus longue ?
Plein soleil, sol drainant, et suppression régulière des fleurs fanées. Sur nemorosa, coupez les épis défleuris pour favoriser une remontée.