Fleur des elfes (Epimedium) : plantation, entretien et variétés
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Il y a des plantes qu’on ne remarque qu’en s’accroupissant. La fleur des Elfes est de celles-là : un feuillage en cœur porté sur des tiges si fines qu’elles paraissent noires, et en avril une nuée de fleurs minuscules, éperonnées, qui pendent sous les feuilles comme des lanternes oubliées. Sous ses airs délicats se cache pourtant l’une des vivaces les plus résistantes du jardin d’ombre — celle qui tient debout sous un érable, là où l’on a renoncé à faire pousser quoi que ce soit. Elle met trois ans à s’installer. Ensuite, elle est là pour trente.
L’épimède en résumé :
Nom latin : Epimedium sp.
Noms communs : épimède, fleur des Elfes, chapeau d’évêque
Famille : Berbéridacées
Type : vivace rhizomateuse couvre-sol
Hauteur : 20 à 50 cm selon l’espèce
Densité de plantation : 6 à 8 pieds par m²
Exposition : ombre à mi-ombre
Sol : humifère, frais, bien drainé
Floraison : avril-mai
Feuillage : caduc à semi-persistant selon l’espèce
Rusticité : −20 à −25 °C
Où et comment planter la fleur des Elfes
Toutes les espèces d’épimèdes viennent de sous-bois de feuillus — les unes du Japon, les autres des Alpes ou des Balkans. Tout leur comportement au jardin découle de cette origine : elles attendent la lumière filtrée du printemps avant que les arbres ne se referment, puis passent l’été à l’ombre.
Trois situations leur conviennent :
La mi-ombre, sous des arbres à feuillage léger ou en exposition nord. C’est là que la floraison est la plus généreuse et le feuillage le plus dense.
L’ombre sèche, sous un érable, un tilleul ou une haie de charmes. L’épimède y prospère une fois établi — mais il lui faut deux ou trois étés d’arrosage pour y parvenir.
Le plein soleil uniquement en climat frais et en sol constamment humide. Au sud de la Loire, le feuillage brûle.
Côté sol, la plante est moins exigeante que sa réputation ne le laisse croire. Elle préfère une terre humifère et fraîche, riche en matières organiques : si votre jardin est pauvre, un apport de compost bien décomposé ou de terreau de feuilles avant plantation change tout. Le seul vrai refus, c’est l’eau stagnante : un rhizome noyé en hiver pourrit en une saison.
La plantation d’automne, entre septembre et novembre, reste la meilleure : le sol est encore chaud, les pluies s’installent, et la plante enracine tout l’hiver avant sa première floraison.
Espacez de 30 à 40 cm, soit 6 à 8 pieds au mètre carré. À cette densité, la couverture est complète en trois ans. Augmentez le nombre de pieds si vous voulez un résultat plus rapide.
Creusez large plutôt que profond — 40 cm de diamètre sur 25 de profondeur. Les rhizomes courent horizontalement dans les dix premiers centimètres.
Enterrez le collet au ras du sol, jamais plus bas. Un rhizome enfoui de trois centimètres met deux ans à remonter.
Paillez sur 5 cm. C’est ce paillis qui remplace l’humus forestier dont la plante a besoin.
Conseil malin : l’épimède appréciant les sols frais, un paillage après la plantation conserve l’humidité. Pour les espèces qui préfèrent l’acidité, comme Epimedium grandiflorum, les écorces de pin sont recommandées : en se décomposant, elles maintiennent le sol acide.
Entretien : le geste qui décide de tout
En fin d’hiver, coupez tout le feuillage de l’année précédente, à ras. Cette taille paraît brutale ; elle est indispensable. Les hampes florales naissent au niveau du sol : sans cette coupe, elles restent noyées sous les vieilles feuilles et la floraison passe totalement inaperçue.
C’est l’explication la plus fréquente d’un epimede « qui ne fleurit pas ». Neuf fois sur dix, il fleurit — on ne le voit pas.
Faites-la avant que les nouvelles pousses n’apparaissent. Mi-mars, il est déjà trop tard : vous couperiez les boutons. Une paire de cisailles suffit ; sur une grande surface, la tondeuse réglée au cran le plus haut fait l’affaire.
Le reste de l’année :
Au printemps, un apport de compost en surface, sans l’enfouir. Aucun engrais : l’épimède fleurit mieux en sol pauvre qu’en sol enrichi, où il fait de la feuille.
En été, contrôlez l’arrosage en période de sécheresse — mais uniquement pour les plants de moins de trois ans. Au-delà, la plante se débrouille.
En automne, laissez les feuilles mortes des arbres s’accumuler dessus. C’est son paillage naturel, et le ramasser est un contresens.
Multiplication
La meilleure façon de multiplier un épimède est de le diviser. L’opération peut avoir lieu au printemps, mais pour limiter les besoins en arrosage et augmenter les chances de reprise, il est recommandé de la réaliser en automne, ou juste après la floraison.
Déterrez le pied à la fourche-bêche.
Fragmentez la motte à la bêche ou au dresse-bordure bien aiguisé, en conservant deux ou trois bourgeons par éclat.
Repiquez aussitôt, sans laisser sécher les rhizomes, en suivant les conseils de plantation.
Le semis est possible mais très lent — trois ans avant la première fleur — et les hybrides ne se reproduisent pas fidèlement.
Les espèces et cultivars à connaître
Sous le nom d’« épimède », les jardineries vendent en réalité plusieurs espèces et de nombreux hybrides, aux besoins légèrement différents. Voici ceux qui comptent.
Epimedium grandiflorum, l’épimède à grandes fleurs
Originaire du Japon, c’est le plus florifère et celui dont les fleurs sont les plus grandes. Feuillage caduc, préférence marquée pour les sols acides. Ses cultivars sont les plus répandus :
‘Lilafee’ : 30 cm en moyenne, particulièrement vigoureux et florifère, fleurs d’un joli violet pourpre.
‘Nanum’ : plus compact que les autres, comme son nom l’indique. Feuilles bronze en début de croissance.
‘Red Beauty’ : très florifère lui aussi, fleurs pourpres plus claires que ‘Lilafee’, dès le début du printemps.
Epimedium alpinum, l’épimède des Alpes
Espèce européenne, venue des Alpes méridionales et des Balkans. Plus discrète — ses fleurs atteignent à peine un centimètre — mais remarquable par son coloris bicolore, rouge sombre au-dehors et jaune vif au-dedans, rare dans le genre. Surtout, elle tolère le calcaire, ce qui la distingue de grandiflorum, et couvre le sol plus vite. C’est l’espèce à retenir pour une ombre sèche en terrain calcaire.
Epimedium alpinum
Les hybrides, souvent les plus faciles
E. × rubrum : croisement d’alpinum et de grandiflorum, fleurs rouge carmin, jeune feuillage bronze. Le meilleur compromis pour débuter.
E. × versicolor ‘Sulphureum’ : jaune soufre, feuillage quasi persistant, très résistant à l’ombre sèche. Le plus robuste du genre.
E. × perralchicum ‘Frohnleiten’ : persistant, jaune vif, couverture dense. Excellent sous les conifères.
E. × warleyense ‘Orangekönigin’ : orange cuivré, coloris rare au jardin de printemps.
Maladies et ravageurs
L’épimède est une plante remarquablement saine. Les difficultés viennent presque toujours de la conduite, pas des parasites.
Limaces et escargots sur les jeunes pousses de mars, quand le feuillage vient d’être coupé. Le seul moment de l’année où une surveillance se justifie.
Otiorhynque, ou charançon de la vigne : ses larves rongent racines et collet, surtout en pot. Symptôme typique — un plant qui flétrit sans raison en été. Les nématodes auxiliaires en viennent à bout.
Virus de la mosaïque : rare, mais sans remède. Le plant atteint doit être arraché.
Feuillage brûlé : exposition trop lumineuse ou vent sec. Ce n’est pas une maladie.
Plant qui dépérit en sol lourd : eau stagnante en hiver. Rien à faire sur place, il faut replanter en butte ou ailleurs.
Emploi et association
Grâce à sa tolérance à l’ombre, l’épimède est parfait pour fleurir un sous-bois ou un massif ombragé. Les plantes qui l’accompagnent doivent supporter les mêmes conditions : optez pour la pulmonaire, la bergénia, la brunnera ou encore l’Omphalodes.
Pour apporter du contraste et de la hauteur, l’ajout de fougères ou d’heuchères est également une bonne solution.
Conseil malin : plantez l’épimède en bordure d’allée ou en haut d’un talus, à hauteur de regard. Ses fleurs mesurent un à deux centimètres et pendent sous le feuillage — au ras d’un massif, elles passent inaperçues.
Écrit par Christophe Dutertre | Diplômé en aménagement paysager et amoureux des jardins, Christophe vous accompagne dans cette passion qui nous réunit. Rédacteur web spécialisé en jardinage et en aménagements paysagers, il écrit sur les arbres et les arbustes, les champignons comestibles, le potager et les maladies des plantes. Découvertes, conseils pratiques et écologie sont au programme.