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L’urine, un engrais bio pas comme les autres !

Urine engrais utilisation jardin

Apprenez à valoriser l’urine, cet or jaune, à l’échelle d’un potager familial. En complémentarité avec l’or brun (le compost) et l’or bleu (l’eau), elle peut devenir un fertilisant simple, gratuit et très efficace. L’idée de fertiliser son jardin avec l’urine des membres de la famille représente encore un tabou culturel. Pourtant, c’est un déchet organique facile à recycler, naturellement riche en nutriments, et une alternative intéressante aux engrais de synthèse lorsqu’elle est utilisée avec méthode.

C’est ce que démontre le pépiniériste et ingénieur Renaud de Looze dans son livre « L’urine, de l’or liquide au jardin » (nouvelle édition enrichie, éditions Terran), suite à 20 ans d’expérimentation.

Dans la postface, le responsable des expérimentations au centre Terre Vivante, Antoine Brosse-Platière, souligne :

« C’est une ressource abondante et gratuite injustement méprisée. Elle commence cependant à susciter, dans de nombreux pays, des recherches scientifiques ouvrant des perspectives prometteuses. Il est grand temps de réhabiliter l’usage de cet or liquide si précieux au jardin ».

Urine, un cocktail de bienfaits

L’urine fraîche d’une personne en bonne santé est généralement considérée comme stérile au moment de l’émission. De manière générale, elle peut améliorer la vigueur des végétaux, à condition de respecter les doses et d’éviter l’application sur un sol déjà trop riche.

Elle est composée majoritairement d’eau et de minéraux facilement assimilables par les plantes, comme l’azote (environ 6 g/L) qui soutient la croissance, le potassium (environ 2 g/L) et le phosphore (environ 1 g/L), soit un apport nutritif comparable à un engrais du commerce à petite échelle. Elle contient aussi du magnésium, du calcium, du soufre, du sodium, du chlore, ainsi que des oligo-éléments.

Au-delà du jardin, son recyclage permet de réduire une partie des eaux usées à traiter et de limiter l’achat d’engrais. Au potager familial, l’intérêt est surtout économique et agronomique : l’urine apporte rapidement de l’azote lorsque les cultures en ont besoin.

Urine au jardin comme engrais naturel

L’urine est surtout intéressante comme apport azoté. Elle se raisonne comme un engrais : bon dosage, bon timing, bon support.

Quels bénéfices au potager ?

  • Relance de croissance sur les légumes-feuilles (salades, épinards, choux), au bon moment.
  • Soutien des cultures gourmandes (courges, tomates, maïs) quand la plante construit sa masse végétative.
  • Fertilisation progressive si l’on fractionne les apports dilués (moins de pertes, moins de risques d’excès).
  • Synergie avec le compost : le compost structure le sol, l’urine apporte l’azote rapidement disponible.

Quand éviter ou être très prudent ?

  • ❌ Sur un sol déjà très riche (compost récent en excès, fumier frais) : risque de « trop d’azote ».
  • ❌ Sur de jeunes plantules fragiles : préférez un apport très dilué, à distance.
  • ❌ Sur les plantes qui montent à graines vite (certaines salades) : un excès d’azote peut déséquilibrer.
  • ❌ En période de forte sécheresse sur sol dur : l’urine pure peut accentuer le stress. Mieux vaut arroser d’abord, puis apporter dilué.

Urine, mode d’emploi

Recycler l’urine est une pratique à la portée de tous, à l’échelle d’un potager ou d’un jardin familial. La règle de base est de la collecter séparément des matières fécales pour éviter toute contamination, puis d’appliquer l’une de ces deux méthodes :

  • verser pure en une fois dans le sol une à deux semaines avant la mise en place des cultures,
  • ou, diluer 20 fois dans un arrosoir d’eau pour un apport fractionné au pied des cultures en place, tout au long de la saison, en application environ tous les 15 jours.

 

Urine engrais, dilution dans un arrosoir

Deux approches : apport ponctuel avant plantation (urine pure enfouie) ou apports réguliers dilués au pied des cultures.

Les bons gestes :

  • Collecter proprement : récipient dédié, rincé régulièrement, couvercle si possible.
  • Appliquer au sol, pas sur les feuilles : vous nourrissez le sol, pas le feuillage. Cela limite aussi les odeurs.
  • Arroser après (si apport concentré) ou apporter sur sol humide : pour éviter toute brûlure et améliorer l’infiltration.
  • Fractionner : mieux vaut plusieurs apports légers qu’un apport trop fort.
  • Observer : feuillage très vert foncé, plantes “trop tendres”, peu de fleurs = signe possible d’excès d’azote. On stoppe, on compense par compost mûr/paillis, et on arrose.

Dosages recommandés au potager

Les doses usuelles sont de 1 à 3 litres d’urine par mètre carré. Bien doser permet d’éviter les excès de nitrate et les risques de salinité excessive. Pour limiter l’apparition d’odeurs, il faut la verser dans un sol aéré et vivant. La complémentarité est donc indispensable avec un apport de compost ou de fumier en amont, idéalement appliqué lors de la saison précédente.

Pour 1 L d’urine, prévoir environ 1 L (≈ 500 g) de compost à incorporer dans les 5 premiers centimètres du sol.

Quels légumes et quelles périodes ? 

  • Printemps : au démarrage des cultures (salades, choux, poireaux, pommes de terre) en dilution, pour soutenir la reprise.
  • Début d’été : sur les cultures gourmandes (tomates, courges, concombres, maïs) plutôt en phase de croissance végétative.
  • Évitez les apports tardifs sur les plantes qui doivent mûrir (tomates fin d’été, cucurbitacées en maturation) : trop d’azote peut retarder la maturité et fragiliser.

Et pour les plantes en pot ?

Même les plantes en pot peuvent bénéficier de cet or jaune : « Comptez 1 verre de 10 cl d’urine dans un arrosoir de 2 L (ou 25 cl/5 L), pour une application toutes les 2 à 3 semaines ; 1 L d’urine pour un pot de 20 L de terreau suffit à une fertilisation de 2 mois. L’idéal étant d’utiliser ce même mélange à chaque rempotage ».

Conseil pratique : en pot, le risque de surdosage est plus élevé (peu de volume, accumulation de sels). Alternez avec un arrosage à l’eau claire et évitez les apports si le terreau est déjà enrichi.

Précautions, hygiène et erreurs à éviter

  • Urine d’une personne en bonne santé : c’est le cadre de l’usage au potager familial. Si traitement médical lourd, prudence et pause temporaire.
  • Ne mélangez pas avec les matières fécales : c’est la séparation qui rend l’usage simple et plus sûr.
  • Ne stockez pas longtemps dans un récipient ouvert : cela augmente les odeurs. Un bidon fermé limite aussi l’évaporation de l’azote.
  • Ne versez pas pur sur une plante en place (surtout jeune) : dilution ou apport anticipé dans le sol.
  • Ne dépassez pas les doses : un excès “dope” le feuillage mais affaiblit la floraison et favorise certains ravageurs.

Conseils du jardinier – FAQ

  • L’urine est-elle vraiment stérile ?
    On considère l’urine fraîche d’une personne en bonne santé comme stérile au moment de l’émission. Les contaminations surviennent surtout après, via le récipient, les mains, ou un mélange avec des matières fécales. D’où l’importance de collecter proprement et séparément.
  • Est-ce que ça sent mauvais ?
    Une urine diluée et versée au sol, puis “prise” par la terre, sent très peu. Les odeurs apparaissent surtout si l’on verse sur sol compact, sec, ou si l’on laisse stagner au soleil dans un contenant ouvert. Un sol vivant (compost, paillage) limite fortement les odeurs.
  • Quelle dilution est la plus simple à retenir ?
    La règle facile : 1 dose d’urine pour 19 doses d’eau (dilution 20 fois). En pratique, 10 cl d’urine dans 2 L d’eau fonctionne bien pour les pots, et l’arrosoir permet d’appliquer précisément au pied.
  • Peut-on en mettre sur toutes les plantes ?
    C’est adapté à la plupart des cultures, mais on dose. Les plantes gourmandes en azote répondent très bien. Les plantes aromatiques et les cultures en fin de maturation demandent plus de prudence pour ne pas déséquilibrer.
  • Compost et urine : pourquoi les associer ?
    Le compost apporte la structure, l’humus et la vie microbienne. L’urine apporte des nutriments rapidement disponibles. Ensemble, vous nourrissez le sol à court terme et à long terme, avec moins de pertes.

Écrit par Jardiner Malin | La rédaction vous propose des conseils d'experts, une approche respectueuse de la nature, de beaux jardins et un potager fait de bons petits légumes cultivés au fil des saisons.