Les fleurs tapissant les sous-bois sont souvent les premières à se manifester vers la fin de l’hiver. Elles profitent des premiers rayons de soleil qui percent à travers les branches nues des arbres pour pointer leurs corolles et peuvent ainsi bénéficier de la fraîcheur estivale du sous-bois. Ces vivaces et petites bisannuelles ont un rôle précieux : marquer le réveil des massifs, relancer l’intérêt visuel du jardin au moment où tout semble encore endormi, et amorcer la transition vers les floraisons printanières plus spectaculaires.
Leur secret ? Beaucoup appartiennent aux plantes dites vernales : elles fleurissent tôt, avant que les arbres ne se couvrent de feuilles. Ainsi, elles profitent d’un maximum de lumière en fin d’hiver et au début du printemps, puis entrent progressivement au repos quand l’ombre du sous-bois s’installe. Dans les massifs, elles jouent le même rôle : apporter des touches lumineuses, souligner les bordures, et donner l’impression que le jardin repart.
L’espèce européenne Anemone nemorosa ne dépasse guère 15 cm. Ses fleurs blanches étoilées paraissent en mars, à l’ombre des bois humides. En conditions favorables, elle forme des tapis denses en raison de ses rhizomes fins au caractère traçant. Son feuillage est composé de trois lobes dentés qui forment une gracieuse collerette sous les fleurs.
Vous trouverez des plants au rayon vivaces, avec des variétés à fleurs bleu lavande comme A. nemorosa ‘Robinsoniana’, d’un bleu plus vif avec ‘Allenii’, ou rose pâle avec ‘Rosea’, ainsi que des formes un peu plus tardives comme ‘Vestal’ à grandes fleurs blanches.
Peu de temps après, pointent les corolles de la petite Anemone blanda, originaire de Grèce et de Turquie, dans un patchwork de tons bleus, roses ou blancs. Cette espèce forme de petits tubercules que l’on plante à l’automne. Elle se ressème spontanément en milieux frais et mi-ombragés, ce qui la rend idéale pour naturaliser des bordures ou un pied d’arbuste.
Quelques cultivars appréciés : ‘Atrocaerulea’ (violet), ‘White Splendour’ (blanc lumineux) et ‘Radar’ (magenta à cœur blanc).
Plantez dans une terre bien drainée, si possible fraîche et à mi-ombre, au pied d’arbres ou d’arbustes par exemple. Pour obtenir un effet « tapis », installez les rhizomes ou tubercules en petites colonies, et laissez-les s’étendre naturellement. Un paillage de feuilles mortes en automne imite le sous-bois et favorise leur installation.
La pâquerette sauvage fait souvent faire des détours aux âmes sensibles qui passent la tondeuse. Les formes cultivées qui occupent massifs et jardinières sont également d’un charme attendrissant. Elles décorent déjà le jardin de leurs pompons rose tendre depuis l’automne, puisque la pâquerette est souvent traitée comme une bisannuelle.
Elle se sème habituellement en août-septembre et se repique en fin d’automne, comme la pensée. Mais on peut encore la planter en janvier-février à la faveur d’un redoux. Sa floraison peut durer jusqu’en juin, ce qui en fait une excellente plante « passerelle » entre l’hiver et les premiers massifs printaniers.
Les ‘Pomponnettes’ à fleurs très doubles s’accordent magnifiquement avec les tulipes et les myosotis. Elles existent en teintes roses plus ou moins prononcées, et en blanc. On trouve aussi des cultivars à très grosses fleurs qualifiées de « monstrueuses », comme ‘Radar’ (rouge et blanc) et ‘Goliath’.
Elles réclament simplement un sol humide en hiver et au printemps, sans excès d’eau stagnante. Les plants de pâquerettes sont généralement arrachés ou divisés à la fin du printemps, car ils dégénèrent rapidement. Pour prolonger leur intérêt, supprimez les fleurs fanées et évitez les sols trop secs en avril-mai.
Cette vivace très rustique, un peu oubliée, connaît un regain d’intérêt avec l’arrivée de nouvelles espèces et coloris. Le Bergenia reste une valeur sûre pour fleurir les sols ingrats et orner les endroits sombres, notamment en hiver. Muni de rhizomes, ce couvre-sol gagne progressivement du terrain et perdure durant plusieurs décennies.
Son feuillage persistant en forme de cœur affiche un vert lumineux, qui se teinte plus ou moins de pourpre avec le froid. Il vire au bronze chez B. ‘Abendglüt’, au rouge vif chez ‘Winterzauber’. D’un pourpre déjà très foncé en saison, il devient marron glacé chez ‘Eden’s Dark Magic’.
Le bergénia fleurit entre mars et juin sous forme de clochettes roses, rouges ou blanches, portées sur des hampes de 25 à 75 cm selon les cultivars. Cette diversité permet de l’utiliser en bordure, rocaille, auge, mais aussi en massif, notamment au pied des arbres ou des arbustes. Les formes naines comme ‘Baby Doll’ (rose pastel) ou ‘Dragonfly Sakura’ (fleurs évoquant un cerisier japonais) forment de jolies potées fleuries.

Bergénia : feuillage persistant et floraison en clochettes, parfait pour réveiller un massif sombre.
Plantez-le en toute saison sur sol drainé, profond et enrichi de terreau. Coupez les vieilles feuilles en mars pour mettre en valeur la nouvelle pousse associée à la floraison. Conservez un sol frais en été durant les premières années. Accompagnez-le de fougères, d’hellébores, d’heuchères, d’hostas et de tulipes pour casser l’uniformité de la plate-bande.
Pour aller plus loin : Bergénia : la plante des savetiers
Eva Deuffic
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