Un grand pot sur une terrasse exposée au sud, en octobre. D’un côté, les potées qui ont lâché fin août, réduites à des tiges nues.
De l’autre, celles qui portent encore des fleurs à hauteur de rambarde. La différence ne tient pas à la chance : elle tient au trio planté dedans et à la façon dont les trois plantes se partagent le volume.
Voici cette association, plante par plante.
Le vrai problème des potées qui s’essoufflent, ce n’est pas la variété. C’est le contenant.
En dessous de 25 litres, un pot exposé plein sud se vide de son eau en moins de 24 heures par temps chaud. Les racines cuisent contre la paroi, la floraison s’arrête, et vous passez l’été l’arrosoir à la main. Visez un pot de 40 cm de diamètre minimum, soit environ 30 litres de substrat, en terre cuite épaisse ou en bois.
Le bois est le meilleur compromis thermique : un bac à fleurs carré en bois encaisse les écarts de température bien mieux qu’un pot plastique noir, qui monte à plus de 45 °C contre sa paroi sud en pleine journée.
Ce volume change tout. Trois plantes aux enracinements différents s’y installent sans se concurrencer, et la masse de terre garde assez d’humidité pour tenir deux à trois jours. Pour le détail des gestes d’entretien saison par saison, la fiche géranium (pelargonium) reprend tout.
C’est lui qui donne la hauteur et la structure. Sans lui, la potée reste plate.
Choisissez un pélargonium zonal plutôt qu’un lierre si vous voulez du volume au centre : ‘Calliope Dark Red’ monte à 45 cm, ramifie seul et ne s’arrête pratiquement pas de produire des boutons. Le feuillage porte l’anneau brun caractéristique, visible à contre-jour.
Son atout dans cette association : ses tiges charnues stockent de l’eau. Un pélargonium qui a soif se signale franchement, feuilles molles et pendantes, puis repart en quelques heures après un arrosage.
Il sert d’indicateur pour les deux autres.
Pour les potées retombantes, un pélargonium lierre comme ‘Ville de Paris’ fonctionne aussi, mais il faut alors décaler la verveine vers le centre pour éviter que tout le monde cascade au même endroit.
La verveine hybride occupe l’étage intermédiaire, entre 15 et 25 cm, et c’est la plante qui sauve la composition du phénomène le plus décevant en pot : le trou béant entre le pied central et le bord.
Elle s’étale latéralement sur 30 à 40 cm par pied, en tapis dense. ‘Lanai Royal Purple with Eye’ tient particulièrement bien la chaleur ; les séries ‘Temari’ produisent des ombelles serrées de 5 cm.
La fiche verveine des jardins détaille les variétés disponibles.
Son rôle est purement visuel, et pourtant c’est elle qu’on remarque en premier : elle efface le rebord du contenant.
La lobélie retombante ‘Sapphire’ descend sur 30 à 35 cm en rideau de minuscules fleurs bleu outremer à œil blanc. ‘Crystal Palace’, plus compacte et plus sombre, convient si vous préférez une bordure nette.
Son point faible : elle déteste le sec brutal et marque un coup de fatigue en plein été, avec des pousses qui jaunissent du centre. Une taille franche à 5 cm fin juillet la fait repartir en trois semaines.
Oui, c’est un peu violent à faire. Mais c’est exactement ce qui lui permet d’être encore bleue en octobre.
Le bleu profond de la lobélie face au rouge ou au rose du pélargonium : c’est le contraste de couleurs complémentaires qui rend cette potée lisible à dix mètres.
Un pot de 40 cm accueille six pieds, pas davantage.
Un terreau riche fait la différence sur la durée : un terreau spécial plantes fleuries conserve mieux l’eau qu’un terreau universel bon marché, qui se rétracte et laisse l’eau filer le long de la paroi.
Côté calendrier visuel : la lobélie démarre la première et porte la potée en mai-juin, la verveine prend le relais en juillet, le pélargonium domine d’août à octobre. La lobélie s’arrête vers 3-4 °C, la verveine encaisse -2 °C, le pélargonium noircit dès la première vraie gelée. D’autres idées de combinaisons dans l’article sur les jardinières de printemps.

L’astuce à retenir : un pot de 30 litres minimum, et six pieds maximum : hauteur, remplissage, retombée.
Le pélargonium se conserve hors gel et repart au printemps. La verveine et la lobélie, traitées en annuelles sous nos climats, se renouvellent chaque année.
Le plus sûr : pélargonium rouge vif ou rose soutenu, verveine pourpre, lobélie bleue. Évitez de mélanger plus de trois teintes dans un même pot, l’ensemble devient confus.
Oui, toujours. Une potée sans évacuation se gorge d’eau aux premières pluies d’automne et les racines du pélargonium pourrissent en une dizaine de jours.
Le bacopa blanc ou le sanvitalia jaune jouent le même rôle de retombée et supportent mieux le sec. La lobélie reste la seule à donner ce bleu franc.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.