Sous la pergola orientée au nord, la lumière n’arrive qu’en fin d’après-midi, une heure ou deux, de biais. Le rosier planté là n’a jamais donné plus de trois fleurs.
La clématite a filé vers le soleil en laissant le poteau nu sur deux mètres. Ce coin n’est pas perdu pour autant : trois grimpantes d’ombre s’y relaient de mars à juin, à trois hauteurs différentes.
Une pergola à l’ombre, ce n’est pas seulement moins de lumière. C’est aussi un sol souvent sec au pied des poteaux — la structure et le mur voisin interceptent la pluie — et un air plus humide, plus frais, qui dure tard le matin.
Les grimpantes à floraison solaire y échouent toujours. Elles montent, filent vers la trouée de lumière, et ne fleurissent qu’au sommet, hors de vue.
Ce qu’il faut ici, ce sont des espèces de sous-bois, habituées à fleurir sous un couvert d’arbres. Elles ont trois exigences communes :
Vérifiez la solidité de la structure avant de planter : un hortensia grimpant adulte pèse lourd, et des poteaux de section 7 x 7 cm ne suffisent pas. Comptez 10 x 10 cm minimum si vous construisez votre pergola.
C’est la pièce maîtresse de la composition, et la seule qui n’a besoin d’aucun fil : l’hortensia grimpant (Hydrangea anomala subsp. petiolaris) s’accroche au bois par des crampons bruns et velus qui collent littéralement au support.
En mai-juin, il ouvre des corymbes plats de 15 à 25 cm, bordés de fleurs stériles blanches qui éclairent l’ombre comme rien d’autre. Caduc : il perd ses feuilles, et dévoile une écorce qui s’exfolie en lanières couleur cannelle.
Le point à accepter d’emblée : il est lent. Les deux premières années, il fabrique ses racines et monte à peine.
La première vraie floraison arrive en général la troisième ou la quatrième année. Oui, c’est long.
Mais ensuite il tient quarante ans sans qu’on y touche.

Deux variétés panachées pour éclairer davantage : ‘Miranda’, aux feuilles bordées de jaune crème, et ‘Silver Lining’, plus compact, au feuillage marginé d’argent.
Elle ouvre le bal, souvent dès la mi-mars, quand l’hortensia grimpant n’a pas encore une feuille. L’holboellia (Holboellia coriacea) est persistante : son feuillage vernissé, découpé en trois à cinq folioles, habille le poteau toute l’année.
Ses fleurs sont discrètes — de petites clochettes charnues, blanc verdâtre pour les femelles, lavées de pourpre pour les mâles, groupées à l’aisselle des feuilles. On les sent avant de les voir, surtout en fin de journée.
C’est une volubile : elle s’enroule, elle ne s’accroche pas seule. Il lui faut un fil ou un treillage.

Vigoureuse, elle grimpe à 5-6 m et supporte l’ombre franche, ce qui est rare chez une grimpante parfumée. Rustique jusqu’à -12 °C environ en sol drainé.
Il comble exactement le trou de calendrier. Le stauntonia hexaphylla fleurit en avril, quand l’holboellia finit et que l’hortensia grimpant n’a pas démarré.
Ses fleurs pendent en petites grappes, blanc crème teinté de violet à la base, parfumées elles aussi. Le feuillage persistant, composé de six folioles coriaces disposées en main ouverte, fait un fond vert sombre qui met en valeur les corymbes blancs de l’hortensia un mois plus tard.
Un peu plus frileux que l’holboellia : abritez-le des vents d’est. Il monte à 8 m sur support, et demande les mêmes fils tendus.

Sur les pieds bien installés, les fleurs femelles donnent parfois des fruits violets ovoïdes en fin d’été.
Une grimpante par poteau, pas deux. Elles se concurrencent au pied et s’étouffent en hauteur.
Plantez entre la mi-octobre et la fin novembre, hors gel. Creusez un trou de 50 x 50 cm à 40-50 cm du pied du poteau, inclinez la motte vers le support, arrosez 10 litres à la plantation.
Pour les deux volubiles, tendez un fil galvanisé vertical tous les 40 cm.
Puis un paillage de 8 à 10 cm sur tout le pied : c’est lui qui fait la différence l’été suivant, quand la pergola intercepte la pluie. Au printemps, un apport d’Engrais Plantes grimpantes bio au débourrement suffit pour l’année.

L’astuce à retenir : une grimpante par poteau, et inclinez la motte vers le support à la plantation.
Ses crampons adhèrent fortement mais ne pénètrent pas le bois sain. Sur un bois déjà fendu ou mal traité, ils peuvent s’insinuer dans les fissures.
L’hortensia grimpant se taille très peu, juste après la floraison, pour limiter l’envahissement. Holboellia et stauntonia se raccourcissent en mars, d’un tiers maximum, sinon vous supprimez les fleurs de l’année.
Comptez 3 ans pour les deux persistantes, 5 à 6 ans pour l’hortensia grimpant. Associer les trois permet justement d’avoir du feuillage dès la deuxième année.
Oui, dans un bac de 60 litres minimum, mais l’arrosage devient contraignant : 2 fois par semaine en été. L’holboellia est la plus tolérante des trois en conteneur.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.