Des fleurs jaunes en abondance, mais des fruits qui gonflent trois jours puis jaunissent et pourrissent par le bout. C’est le scénario classique du manque de pollinisation, pas d’une maladie.
Chez les courges et courgettes, chaque fruit dépend d’un transfert de pollen entre deux fleurs distinctes. Quand les abeilles manquent, quand il pleut ou qu’il fait trop chaud, ce transfert n’a pas lieu.
La main du jardinier prend alors le relais, et le résultat est immédiat.
Les courges et courgettes portent des fleurs mâles et femelles séparées sur le même pied. Une fleur mâle seule ne donnera jamais de fruit. Une fleur femelle non fécondée non plus.
Pour qu’un fruit se forme, le pollen d’une fleur mâle doit atteindre le pistil d’une fleur femelle. Dans un potager en bonne santé, ce sont les abeilles et bourdons qui font le travail en butinant de l’une à l’autre.
Mais plusieurs situations bloquent ce mécanisme :
Le signe qui ne trompe pas : un petit fruit se forme sous la fleur femelle, commence à grossir, puis jaunit et se ramollit par l’extrémité. Il n’a pas été fécondé. Pour aller plus loin sur ce phénomène précis, consultez notre dossier sur la courgette qui ne donne plus rien.
Regardez la base de la fleur : c’est là que tout se joue. La différence est visible à l’œil nu et demande cinq secondes.
| Critère | Fleur mâle | Fleur femelle |
|---|---|---|
| Sous la fleur | Tige fine et droite | Mini-fruit (renflement) |
| Au centre | Étamine chargée de pollen | Pistil en plusieurs parties |
| Nombre | Majoritaires | Plus rares |
La femelle se reconnaît instantanément : sous ses pétales, on voit un petit renflement vert en forme de courgette miniature. C’est l’ovaire, le futur fruit.
Le mâle, lui, pousse au bout d’une simple tige fine. Au centre, une étamine dressée couverte de pollen jaune vif, un peu poudreux au toucher.
Ce qu’il faut savoir : sur les courges coureuses comme la ‘Butternut’ ou le potimarron ‘Red Kuri’, les mâles apparaissent d’abord seuls. C’est normal.
Les femelles suivent une à deux semaines plus tard.
Le bon créneau, c’est le matin entre 7h et 10h, quand les fleurs sont grandes ouvertes et le pollen sec. Passé midi, les fleurs commencent à se refermer et deviennent inutilisables.
Deux techniques, aussi efficaces l’une que l’autre.
Une seule fleur mâle contient assez de pollen pour féconder 3 à 4 fleurs femelles. Ne gaspillez pas.
Utilisez un pinceau doux ou un coton-tige. Prélevez le pollen sur l’étamine mâle, puis déposez-le sur le pistil femelle en tapotant légèrement.
Cette méthode conserve la fleur mâle sur le pied. Pratique si vous manquez de mâles ce jour-là.
Oui, c’est un peu fastidieux les premiers jours. Mais une fois le coup d’œil pris, chaque fleur vous prend trente secondes.
Pollinisez chaque fleur femelle le jour même de son ouverture, car elle n’est réceptive qu’une seule matinée. Le lendemain, il est trop tard.
En pratique, faites un tour du potager chaque matin pendant la période de floraison, soit de la mi-juin jusqu’aux premières gelées. Repérez les femelles ouvertes de la veille au soir.
La fréquence dépend de votre situation :
Pour attirer durablement les pollinisateurs et réduire ce travail manuel, semez à proximité des fleurs mellifères. Un abri à insectes et quelques touffes de phacélie font une vraie différence sur la durée.
La plus fréquente : polliniser une fleur déjà fanée ou l’après-midi. Le pistil n’est plus réceptif, tout le travail est perdu.
Autre point souvent ignoré : la variété. Toutes les courges d’une même espèce se croisent entre elles.
Si vous cultivez plusieurs cucurbitacées côte à côte pour récolter des graines, les fruits seront comestibles mais les graines donneront des hybrides imprévisibles l’année suivante.
Pour la consommation immédiate, aucun souci. Une courgette ‘Ronde de Nice’ pollinisée par une fleur de ‘Black Beauty’ reste parfaitement bonne à croquer.
Dernier détail : après une fécondation réussie, le petit fruit gonfle visiblement en 2 à 3 jours et la fleur fanée reste accrochée au bout. C’est le signe que ça a marché.

L’astuce à retenir : Prélevez le pollen mâle et déposez-le sur le pistil femelle avant 10h, chaque fleur ne vit qu’une matinée.
Le petit fruit sous la fleur femelle gonfle nettement en 2 à 3 jours. S’il jaunit et ramollit, la fécondation a échoué.
Oui pour la consommation, le fruit reste bon. Mais ne gardez pas les graines : elles donneront des hybrides l’année suivante.
Pas systématiquement. Intervenez seulement en cas de pluie prolongée, de canicule ou si les fruits avortent malgré la présence d’insectes.
C’est normal en début de saison. Les femelles apparaissent 10 à 15 jours après les premières fleurs mâles.