Des taches noires sur vos tomates, et le réflexe immédiat est de penser au mildiou. C’est la maladie la plus connue — logique.
Mais ce qu’on observe le plus souvent dans les jardins en ce moment, c’est autre chose : l’alternariose. Une maladie fongique qui attaque d’abord les feuilles du bas, sournoisement, et qui peut anéantir un plant en 10 à 14 jours si on ne bouge pas.
Alors, pourquoi au juste ?
L’alternariose adore l’été. Ces nuits encore fraîches, ces journées chaudes à 28-32°C, et cette humidité résiduelle qui s’accroche sournoisement au bas des plants le matin, c’est son terrain de jeu préféré. Le champignon Alternaria solani s’installe dans les tissus foliaires affaiblis et peut partir en flèche par les éclaboussures d’arrosage ou de pluie.
La signature visuelle ? C’est ça : des taches brun-noires avec des anneaux concentriques, comme des cibles. C’est ce détail, et ça, c’est une information non négociable pour l’identifier, qui les distingue du mildiou, dont les taches sont plus diffuses, avec un duvet grisâtre en dessous. Si vous avez un doute, même infime, retournez la feuille. Pas de duvet ? C’est probablement pas du mildiou, tout simplement. Ne cherchez pas midi à quatorze heures là-dessus.
À retenir aussi : l’alternariose frappe en premier les plants qu’on a trop gavés d’azote au printemps. Un feuillage trop vert, trop dense… Fatalement, ça retient l’humidité.
Et l’humidité, c’est le terrain de jeu préféré du champignon.
Oui. Et vite.
En à peine 11 à 14 jours sous une chaleur humide, la maladie peut remonter tout le feuillage. Les fruits, même s’ils semblent épargnés au début, finiront eux aussi par développer des taches enfoncées au niveau du pédoncule. Des tomates noires par le haut, creuses dedans. Irrécupérables, celles-là.
On le voit souvent : des jardiniers remarquent que les feuilles du bas jaunissent, se disent que c’est « normal en fin de saison » et attendent. En début août, avec des conditions humides, il peut ne rester plus rien de vert sur ces plants quinze jours plus tard.
Donc non, on n’attend pas.
Mais alors, ce qui complique les choses : ce satané champignon, il survit dans le sol et sur les débris végétaux d’une année sur l’autre. Si vous n’arrachez pas les feuilles atteintes correctement — mais vraiment pas du tout —, et si par malheur vous les mettez au compost, vous réensemencez vous-même votre parcelle l’année suivante. L’INRAE est bien conscient du souci.
Voilà ce qu’il faut faire dès que les premières taches apparaissent — en deux temps trois mouvements, dans cet ordre précis :
Si l’attaque est vraiment avancée, une bouillie bordelaise à faible dose fait des merveilles pour stopper la propagation. Utilisez-la avec parcimonie, attention — deux applications maximum, espacées de 8 jours. Et pour des traitements naturels adaptés, n’hésitez pas, jetez un œil à notre sélection pour le potager.
Oui, c’est fastidieux. C’est du travail. Mais les 20 minutes passées à effeuiller aujourd’hui, c’est toute la récolte de septembre que vous sauvez.
Donc, l’alternariose ne vient pas seule, méfiance. Pendant que vous inspectez vos plants — et faites-le le matin, entre 7h et 9h, la lumière rasante révèle tout —, surveillez aussi d’autres pépins :
Et si vous cultivez aussi des aubergines ou des piments juste à côté, sachez-le, Alternaria solani peut très bien les atteindre aussi — ce sont toutes des solanacées et partagent les mêmes vulnérabilités. D’ailleurs, notre article sur la culture de l’aubergine vous expliquera les soins spécifiques à apporter à toute cette famille de plantes.

L’astuce à retenir : Arrachez chaque feuille tachée, sans discuter, immédiatement. Vraiment, n’attendez pas qu’une seule autre apparaisse, sinon c’est la cata assurée.
C’est simple, retournez la feuille malade : le mildiou, lui, laisse un duvet blanc-grisâtre bien visible sous la tache. L’alternariose, non. Elle, elle forme des anneaux concentriques bien nets, un peu comme une cible de tir. Impossible de se tromper.
Oui, absolument. Surtout si le fruit lui-même ne présente pas de tache noire enfoncée, là c’est bon. Un plant avec des feuilles atteintes peut encore donner des fruits tout à fait sains. Pas de gaspillage !
Pas forcément, surtout pas si la maladie ne dépasse pas la moitié basse du plant, ce serait dommage. Un effeuillage sévère combiné à une bonne décoction de prêle peut tout à fait suffire à stopper sa progression. Soyez juste rigoureux, ça paie.
Oui, ça peut revenir chaque année si vous n’éliminez pas correctement les débris végétaux infectés, c’est comme ça. La rotation des cultures — comptez 3 ans sans tomates au même endroit — est la vraie solution de fond. C’est du bon sens.