Un tas de compost qui n’a plus chauffé depuis trois semaines, c’est une saison de perdue. À l’entrée de l’automne, la fenêtre est courte : entre le moment où les nuits passent sous 12 °C et les premières vraies gelées, il reste huit à dix semaines d’activité microbienne exploitable. Bien menées, elles suffisent à transformer les résidus de l’été en un compost mûr utilisable sur les planches vides. Mal menées, tout attend le printemps. Voici comment relancer la machine.
Ce n’est pas le froid extérieur qui bloque la décomposition. C’est la perte de chaleur interne, et elle a presque toujours la même cause : un volume trop faible et un manque d’azote.
Un tas de compost fonctionne comme un four autoalimenté. Les bactéries dégradent la matière, dégagent de la chaleur, et cette chaleur accélère à son tour leur travail.
En dessous de 1 m³ — soit environ 1 m sur 1 m sur 1 m — la masse ne retient plus assez de calories et la température s’aligne sur celle de l’air en 48 heures. Un composteur en plastique de 300 litres, c’est trois fois trop petit pour monter en température en cette saison.
Le second frein arrive avec les apports du moment. Feuilles, tiges sèches de tomates, broyat de taille : tout ce qui tombe au jardin à cette période est riche en carbone et pauvre en azote.
Le rapport bascule, les bactéries manquent de carburant azoté, l’activité s’effondre.
Un indicateur simple, gratuit, fiable : enfoncez votre bras dans le tas jusqu’au coude, le matin, avant que le soleil ne réchauffe l’extérieur. Si le cœur n’est pas nettement plus chaud que vos mains, le compost est à l’arrêt. Une sonde de température de cuisine plantée à 40 cm de profondeur donne le chiffre exact : sous 25 °C, il faut intervenir.
Retourner, c’est réintroduire de l’oxygène. Les bactéries qui travaillent vite sont aérobies : privées d’air, elles cèdent la place à des micro-organismes lents qui produisent des composés acides et cette odeur d’œuf pourri caractéristique des tas tassés.
La méthode, à la fourche à fumier, pas à la bêche :
Comptez 20 à 30 minutes pour un tas d’un mètre cube. Oui, c’est physique.
Mais un tas retourné remonte à 45-55 °C en 24 à 48 heures, et ça se vérifie à la main dès le lendemain matin, quand la vapeur s’échappe du sommet.
Le rythme à tenir tant que les nuits restent au-dessus de 8 °C : un retournement tous les 12 jours, trois fois de suite. Après le troisième, espacez à trois semaines.
Ce qu’il faut savoir : chaque retournement inutile refroidit le tas pour rien. Retourner deux fois par semaine, comme on le lit parfois, épuise le jardinier et casse le cycle thermique sans rien accélérer.
Le rapport carbone/azote idéal tourne autour de 25 à 30 parts de carbone pour 1 part d’azote. En pratique, personne ne calcule : on raisonne en volumes, avec une règle qui marche — deux volumes de matières brunes pour un volume de matières vertes.
| Matière | Type | Dosage à cette saison |
|---|---|---|
| Tontes de gazon | Verte, très azotée | Couches de 5 cm max, jamais plus |
| Épluchures de cuisine | Verte, humide | Enfouir au centre, jamais en surface |
| Feuilles mortes | Brune, lente | 1/3 du volume total maximum |
| Broyat de branches | Brune, très carbonée | Fragments de moins de 5 cm |
| Fumier de cheval frais | Verte, chauffante | 1 seau de 10 L par m³, en une fois |
L’erreur la plus fréquente en cette période : vider dix sacs de feuilles mortes d’un coup sur le tas. Elles se plaquent en feuillets étanches, l’eau glisse dessus, et le paquet reste intact jusqu’en avril. Mélangez-les, ou stockez-les à part dans un grillage pour en faire du terreau de feuilles.
Même logique pour le bois raméal fragmenté : excellent en fine proportion, bloquant au-delà de 20 % du volume.
Le test du poing règle la question de l’eau en dix secondes. Prenez une poignée au cœur du tas, serrez fort.
Deux ou trois gouttes doivent perler entre vos doigts, pas un filet.
Trop sec, la décomposition s’arrête net : les bactéries vivent dans le film d’eau qui entoure les particules. Trop humide, l’air est chassé, le tas devient gris, gluant, et l’odeur tourne.
À cette période, le risque penche du côté de l’excès d’eau si le composteur est à découvert et que les pluies arrivent.
La taille des morceaux compte autant que l’humidité. Une tige de tomate entière met dix-huit mois à disparaître ; la même tige coupée en tronçons de 10 cm, quatre mois.
Passez la tondeuse sur les résidus étalés au sol, ou taillez au sécateur les tiges les plus grosses. Trente minutes de découpe valent trois mois de patience.
Reste le volume. Si votre tas est petit, deux solutions concrètes : rassemblez deux composteurs en un seul, ou entourez le tas de bottes de paille sur trois côtés pour créer une masse tampon.
Un cube de 1,2 m de côté est le format le plus efficace pour un jardin de 300 m².
Les bactéries nécessaires sont déjà présentes par millions dans les déchets eux-mêmes.
Ce qui fonctionne réellement relève de l’azote disponible et de l’ensemencement :
Les tiges de miscanthus (Miscanthus × giganteus), très en vogue comme paillage, se compostent mal entières : leur silice les rend coriaces. Broyées, elles font une excellente matière carbonée structurante.
Un mot sur la chaux : évitez. Elle fait grimper le pH, libère l’azote sous forme de gaz ammoniac — cette odeur piquante qu’on reconnaît immédiatement — et appauvrit le produit fini.
Si tout cela ne suffit pas, il faut ajouter un activateur de compost pour un résultat rapide et efficace.
Un compost protégé continue de travailler jusqu’à ce que le cœur descende sous 10 °C, souvent bien après les premières gelées blanches. Un tas nu, lui, gèle sur 30 cm d’épaisseur dès la deuxième nuit à -3 °C.
L’isolation se fait en trois couches, de l’intérieur vers l’extérieur. D’abord 15 à 20 cm de paille sèche ou de feuilles tassées sur le dessus.
Puis un vieux tapis de laine, un carton épais ou une bâche à bulles. Enfin une bâche respirante ou une plaque de bois inclinée, pour dévier la pluie sans étouffer.
Les côtés méritent la même attention si le composteur est en grillage : garnissez l’intérieur du grillage de carton brun avant de remplir. Le carton se décompose dans l’hiver et rejoint le tas.
Un détail que peu de fiches mentionnent : laissez toujours une zone non bâchée d’environ 20 cm sur la face nord. Le tas doit respirer, et cette ouverture évite la condensation qui trempe la couche supérieure.
Vous verrez la vapeur s’en échapper les matins froids — c’est le signe que le four tourne encore.
Trois interventions suffisent avant l’arrivée de l’hiver.
Le compost obtenu à la fin de l’automne ne sera pas totalement mûr — il sera à un stade dit « jeune », brun foncé, avec encore quelques fragments identifiables. C’est exactement ce qu’il faut pour étaler 3 cm en surface sur les planches vides, sans enfouir, et laisser les vers de terre finir le travail pendant l’hiver.
Un compost totalement décomposé, tamisé, réservez-le aux semis de printemps et aux plantations de bulbes en pot. Pour la pleine terre, le compost jeune nourrit mieux la vie du sol. Et si le tas n’a pas eu le temps de finir : laissez-le tranquille sous sa couverture, il repartira tout seul quand la terre repassera au-dessus de 8 °C.

L’astuce à retenir : un tas d’au moins 1 m³, retourné tous les 12 jours, chauffe encore quand l’air refroidit.
Oui, mais la décomposition ralentit fortement sous 10 °C au cœur du tas. Continuez d’apporter vos déchets de cuisine : ils repartiront au printemps.
Six à huit mois avec retournements réguliers, contre douze à dix-huit mois sans intervention. Le tamisage à maille de 10 mm sépare le fini du reste.
Odeur d’œuf pourri : manque d’air et excès d’eau. Retournez immédiatement en incorporant du broyat sec ou du carton déchiré.
Couvrez contre les fortes pluies, mais laissez une ouverture pour l’air. Un tas hermétique fermente au lieu de composter.
Les coquilles écrasées se décomposent lentement mais apportent du calcium. Les agrumes sont acceptés en petite quantité, coupés en morceaux.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.