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Graisse du haricot : une maladie à double visage

Graisse du haricot traitement
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La graisse du haricot est une maladie bactérienne provoquée par deux agents infectieux. Une fois déclarée, il est malheureusement difficile de s’en défaire. Néanmoins, en suivant quelques gestes simples, il est possible de limiter les risques d’apparition et de propagation.

Généralités sur la graisse du haricot

Biologie et propagation

La graisse du haricot est provoquée par deux bactéries différentes :

  • Pseudomonas savastanoi phaseolicola est à l’origine de la graisse à halo. Son cycle de développement, de la contamination à l’apparition des premiers symptômes, est très rapide : 7 jours.
    Ses conditions de développement idéales sont l’humidité et les températures inférieures à 25 °C.
  • Xanthomonas axonopodis phaseoli est responsable de la graisse commune. Elle est capable de rester dans le sol grâce aux débris de plantes infectées, et même de subsister pendant l’hiver. Cependant, elle doit rapidement retrouver un hôte pour survivre, sinon elle meurt.
    Son champ d’action est large. En effet, une seule source de contamination peut toucher près de 200 m² de culture.
    Contrairement à sa « cousine », cette bactérie prospère avec les températures chaudes (environ 28 C°).

Si les causes diffèrent, le moyen de propagation reste le même : les semences. Les bactéries peuvent d’ailleurs y rester viables plusieurs années, dans l’attente de la germination de la graine.

Le cycle de développement de la graisse du haricot s’effectue en 4 étapes :

  • tache grasse haricot

    ©Ramon Taae – Gnis – Ephytia

    La semence contaminée germe.

  • La bactérie « migre » vers la plantule (le premier stade de croissance de la plante).
  • Elle passe ensuite vers les feuilles, puis vers les gousses.
  • Les nouvelles semences sont à leur tour contaminées.

Les graines sont le moyen de propagation principal de la graisse du haricot. Néanmoins, la maladie peut également se transmettre de plant à plant, via les « ouvertures » de la plante : qu’elles soient naturelles (stomates) ou accidentelles (blessures et plaies). Les agents de transmission sont alors l’eau (éclaboussures de pluie ou d’arrosage par aspersion) et les interventions humaines dans les cultures.

Quels sont les végétaux concernés par la graisse du haricot ?

Comme son nom l’indique, la principale espèce touchée par la graisse est le haricot (Phaseolus vulgaris). Toutefois, la maladie peut également concerner d’autres plantes comme les légumineuses (soja, fève, etc.) ou les artichauts.

Symptômes liés à la graisse du haricot

En fonction de la bactérie responsable, les symptômes peuvent varier.

Pseudomonas savastanoi pv. phaseolicola

Feuilles

Haricot maladie - Pseudomonas-savastanoi-pv-phaseolicola-graisse du haricot

©Karine Charlet – Gnis – Ephytia

Présence de petites nécroses à la texture humide et huileuse, évoluant vers une forme de halo vert pâle et ressemblant à une chlorose.

Tiges

Apparition de taches graisseuses.

Gousses

Des taches graisseuses se développent et peuvent sécréter un exsudat blanc crème voire argenté. Ce dernier renferme des bactéries qui peuvent contaminer de nouvelles plantes.

Xanthomonas axonopodis pv. phaseoli

Feuilles

©Ramon Taae – Gnis – Ephytia

Apparition de taches nécrotiques brunes, de formes irrégulières et ceintes d’un halo jaune vif. La coloration prend peu à peu un aspect brûlé, jusqu’à la défoliation. Cette caractéristique la différencie d’ailleurs de Pseudomonas savastanoi pv. phaseolicola dont la couleur tire plus vers le jaune.

Il est également possible d’observer une décoloration brun rougeâtre des nervures sur les feuilles, ainsi qu’une humidification des tissus autour de la zone contaminée.

Tiges

Présence de bandes rougeâtres et longitudinales. Les tiges finissent par se fendre et libérer un exsudat jaune contenant des bactéries prêtes à contaminer d’autres plants.

Gousses

Des taches à la texture graisseuse apparaissent. Elles sont de formes irrégulières et présentent un contour brun rouille.

En cas d’infection prononcée, les gousses peuvent également libérer le même exsudat jaune que les tiges.

Prévenir l’apparition de la graisse du haricot

Le respect de quelques règles simples peut limiter les risques d’apparition de la maladie :

  • Eviter graisse du haricot

    ©Karine Charlet – Gnis – Ephytia

    Utilisez des semences saines, certifiées et dont vous connaissez l’origine.

  • Semez des variétés résistantes comme ‘Cupidon’ ou ‘Allegria’.
  • Contrôlez vos rangs de haricots à la moitié de leur stade de développement (particulièrement lorsque le temps est humide).
  • Si possible, irriguez vos plants avec un arrosage goutte à goutte, grâce à des tuyaux spécifiques.
  • Si la météo est humide, pratiquez des pulvérisations de produits à base de cuivre (bouillie bordelaise). Intervenez toutes les 3 semaines, jusqu’à la floraison.
    Ces produits sont efficaces en traitement préventif, mais très limités une fois l’apparition des premiers symptômes.
    Attention! Le recours au cuivre doit être mûrement réfléchi. En effet, il est toxique pour l’homme et l’environnement s’il est mal employé.
  • Après la récolte, travaillez la terre en profondeur, car la bactérie survit plus longtemps sur les débris végétaux restés en surface.
  • Pratiquez la rotation des cultures et ne plantez pas de haricots ou de plantes sensibles pendant au moins 3 ans sur la même zone de culture. Privilégiez la plantation de céréales par exemple.
  • Pensez à bien désinfecter vos outils après chaque intervention dans votre potager.

Lutte et traitement

Malheureusement, il n’existe aucun traitement efficace contre la graisse du haricot. Seules la rotation des cultures et une bonne prévention pourront limiter les risques de contamination.

Si vous constatez la présence de symptômes sur un pied, arrachez‑le ainsi que ceux qui se trouvent à côté et brûlez‑les. Mais attention lors des déplacements dans votre potager. Vous pourriez, en effet, propager vous‑même la maladie sans vous en rendre compte à cause d’un pied contaminé que vous n’auriez pas vu. Limitez également les arrosages, pour éviter une dispersion de la maladie par l’eau.

Pour aller plus loin :


Écrit par Christophe Dutertre | Diplômé en aménagement paysager et amoureux des jardins, Christophe vous accompagne dans cette passion qui nous réunit. Découvertes, conseils pratiques et écologie sont au programme.
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