Le lierre a deux vies. Celle que tout le monde connaît, grimpante, aux feuilles découpées, qui s’agrippe aux murs et aux troncs. Et une seconde, presque ignorée : arrivé au sommet de son support et en pleine lumière, il change de feuillage, cesse de grimper, se met en buisson — et fleurit.
C’est cette forme adulte que l’on appelle le lierre arborescent. Elle se cultive pour elle-même, sans mur ni tuteur, et elle offre au jardin quelque chose que presque aucune autre plante ne donne : des fleurs en novembre, puis des fruits en février.
Ce n’est ni une espèce ni une variété : c’est le même lierre, à un autre âge. Hedera helix traverse deux phases successives, et tout les oppose.

Le basculement se produit quand le lierre atteint le haut de son support et reçoit enfin la pleine lumière. C’est pourquoi, sur un vieux mur, on voit souvent le feuillage changer de forme dans le dernier mètre : le bas grimpe encore, le sommet a mûri.
Tout tient à un point : une bouture conserve l’âge du rameau dont elle provient. Prélevée sur une partie grimpante, elle grimpera et ne fleurira jamais. Prélevée sur une partie adulte, elle restera buissonnante toute sa vie.
En jardinerie, cette forme se vend sous le nom de Hedera helix ‘Arborescens’. Vérifiez sur le pied que les feuilles sont bien entières : c’est la seule garantie.
Une précaution : toutes les parties du lierre sont toxiques par ingestion, et la sève provoque chez certaines personnes des irritations de la peau. Portez des gants pour tailler, et tenez les baies hors de portée des jeunes enfants.

Ses fleurs n’ont aucun charme : de petites boules vert-jaune, sans pétales voyants. Mais elles sont largement ouvertes, donc accessibles à tous les insectes, y compris ceux à langue courte que les fleurs profondes excluent.
Il prend le relais exactement quand la verge d’or s’achève : l’une couvre août-octobre, l’autre septembre-novembre.

C’est la seconde particularité du lierre, et elle est plus rare encore. Ses fruits mettent quatre à cinq mois à mûrir : verts en décembre, ils ne deviennent noirs qu’en février ou mars. À cette date, les baies d’automne sont mangées depuis longtemps et le sol est encore gelé.
Merles, grives, fauvettes à tête noire, rouges-gorges et pigeons ramiers s’en nourrissent alors, et ce sont eux qui disséminent les graines. Riches en lipides, ces fruits arrivent au pire moment de l’année — c’est ce qui fait leur valeur.
La question revient chaque automne, et elle est légitime : on voit effectivement des frelons asiatiques autour d’un lierre en fleur. Deux choses méritent d’être distinguées.
Arracher le lierre ne réduit pas la population de frelons ; cela supprime en revanche la dernière ressource de toutes les autres espèces. Le compromis raisonnable : éviter de planter un lierre arborescent juste devant une porte, une fenêtre souvent ouverte ou un rucher, et l’installer plus loin dans le jardin, où l’on pourra l’observer sans le côtoyer.
Pour prolonger la saison des butineuses, entourez-le de plantes qui fleurissent juste avant lui :
Laissez toujours un lierre grimpant monter jusqu’en haut de son support, sur un vieux mur, un arbre mort ou un pilier. C’est la seule façon de le voir passer de lui-même en phase adulte, et de récolter vos propres boutures d’arborescent — gratuitement, et avec la certitude qu’elles sont acclimatées chez vous.
C’est la même plante à deux âges. Le lierre grimpant est la phase juvénile : feuilles à trois ou cinq lobes, crampons, aucune floraison. Le lierre arborescent est la phase adulte : feuilles entières et ovales, pas de crampon, port en buisson, floraison en automne suivie de fruits. Le passage se fait quand la plante atteint le sommet de son support, en pleine lumière.
De septembre à novembre selon les régions, avec un maximum en octobre. C’est la dernière floraison importante de l’année en France. Seule la forme adulte fleurit : un lierre qui grimpe ne fleurira jamais, quel que soit son âge.
Il attire surtout les insectes butineurs, et les frelons viennent y chasser ces butineuses. Supprimer le lierre ne diminue pas leur nombre : ils suivront les abeilles ailleurs. En revanche, évitez de l’installer juste devant une porte, une fenêtre souvent ouverte ou un rucher.
Oui pour l’être humain : toutes les parties du lierre sont toxiques par ingestion, et les baies provoquent troubles digestifs et malaises. Elles sont en revanche sans danger pour les oiseaux, qui les consomment en fin d’hiver. Portez des gants pour tailler, la sève irritant la peau de certaines personnes.
Prélevez en août ou septembre des rameaux de 12 à 15 cm sur une partie déjà fleurie, donc adulte. Retirez les feuilles du bas, plantez dans un mélange de terreau et de sable, à l’ombre et sous cloche. L’enracinement demande six à huit semaines. Une bouture prise sur une tige grimpante donnerait au contraire un lierre grimpant qui ne fleurirait jamais.
Au printemps, une fois les fruits tombés et consommés par les oiseaux. Une taille d’automne supprimerait les boutons floraux et priverait les insectes de leur dernière ressource. La taille reste de toute façon facultative, uniquement destinée à conserver une silhouette arrondie.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.