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Lierre arborescent : la forme adulte du lierre, à cultiver pour ses fleurs d’automne

Buisson de lierre arborescent Hedera helix en phase adulte couvert d ombelles spheriques de fleurs vert jaune butinees par des insectes en automne

Le lierre a deux vies. Celle que tout le monde connaît, grimpante, aux feuilles découpées, qui s’agrippe aux murs et aux troncs. Et une seconde, presque ignorée : arrivé au sommet de son support et en pleine lumière, il change de feuillage, cesse de grimper, se met en buisson — et fleurit.

C’est cette forme adulte que l’on appelle le lierre arborescent. Elle se cultive pour elle-même, sans mur ni tuteur, et elle offre au jardin quelque chose que presque aucune autre plante ne donne : des fleurs en novembre, puis des fruits en février.

Le lierre arborescent, qu’est-ce que c’est ?

Ce n’est ni une espèce ni une variété : c’est le même lierre, à un autre âge. Hedera helix traverse deux phases successives, et tout les oppose.

Schéma comparant la phase juvénile grimpante du lierre aux feuilles lobées et aux crampons et la phase adulte arborescente aux feuilles entières qui fleurit et fructifie
Deux feuillages, deux ports, deux comportements — et pourtant la même plante.
  • La phase juvénile : tiges souples, crampons qui s’accrochent, feuilles à trois ou cinq lobes. Elle grimpe, s’étale, et ne fleurit jamais, même après vingt ans.
  • La phase adulte : rameaux rigides, aucun crampon, feuilles entières et ovales. Elle ne grimpe plus, se tient seule en buisson, fleurit puis fructifie.

Le basculement se produit quand le lierre atteint le haut de son support et reçoit enfin la pleine lumière. C’est pourquoi, sur un vieux mur, on voit souvent le feuillage changer de forme dans le dernier mètre : le bas grimpe encore, le sommet a mûri.

Comment obtenir un lierre arborescent

Tout tient à un point : une bouture conserve l’âge du rameau dont elle provient. Prélevée sur une partie grimpante, elle grimpera et ne fleurira jamais. Prélevée sur une partie adulte, elle restera buissonnante toute sa vie.

  1. Repérez un lierre en fleur, à la fin de l’été. Les rameaux fleuris sont, par définition, adultes.
  2. Prélevez des boutures de 12 à 15 cm sur ces rameaux, en août ou septembre, en choisissant du bois de l’année déjà un peu ferme.
  3. Retirez les feuilles du bas, gardez-en deux ou trois en haut.
  4. Plantez dans un mélange de terreau et de sable, à l’ombre, sous cloche ou dans un sac plastique transparent.
  5. Patientez : l’enracinement demande six à huit semaines. La mise en place définitive se fait au printemps suivant.

En jardinerie, cette forme se vend sous le nom de Hedera helix ‘Arborescens’. Vérifiez sur le pied que les feuilles sont bien entières : c’est la seule garantie.

Où et comment le planter

  • Exposition : soleil ou mi-ombre. À l’ombre franche il végète et fleurit peu — or c’est précisément la floraison qu’on recherche.
  • Sol : tous, y compris calcaires, secs et pauvres. Il n’a pratiquement aucune exigence.
  • Rusticité : totale sous nos climats, bien au-delà de −20 °C.
  • Encombrement : comptez 1,20 à 1,50 m en tous sens à maturité, atteints en cinq à six ans.
  • Période : à l’automne de préférence, au printemps en région froide.
  • En pot : parfaitement possible, dans un contenant d’au moins 40 cm, sur une terrasse ou un balcon.

Entretien et taille

  • Arrosage : la première année seulement. Ensuite, il se passe de tout.
  • Engrais : aucun.
  • Taille : facultative, uniquement pour garder une silhouette ronde. Taillez au printemps, après la chute des fruits — jamais à l’automne, sous peine de supprimer la floraison et donc tout l’intérêt de la plante.
  • Maladies : pratiquement aucune. C’est un arbuste que l’on oublie.

Une précaution : toutes les parties du lierre sont toxiques par ingestion, et la sève provoque chez certaines personnes des irritations de la peau. Portez des gants pour tailler, et tenez les baies hors de portée des jeunes enfants.

La dernière table de l’année

Buisson de lierre arborescent Hedera helix en phase adulte couvert d ombelles sphériques de fleurs vert jaune butinées par des insectes en automne
En octobre, un lierre arborescent en fleur bourdonne du matin au soir.

Ses fleurs n’ont aucun charme : de petites boules vert-jaune, sans pétales voyants. Mais elles sont largement ouvertes, donc accessibles à tous les insectes, y compris ceux à langue courte que les fleurs profondes excluent.

  • les abeilles domestiques, qui y font leur dernière récolte avant l’hivernage ;
  • l’abeille du lierre, Colletes hederae, dont le cycle entier est calé sur cette floraison ;
  • les syrphes, guêpes et mouches tardives ;
  • les papillons d’automne — vulcain, paon-du-jour — avant leur hivernation.

Il prend le relais exactement quand la verge d’or s’achève : l’une couvre août-octobre, l’autre septembre-novembre.

Puis le garde-manger des oiseaux

Gros plan sur les ombelles sphériques de baies noires du lierre arborescent entourées de feuilles entières ovales
Les baies restent vertes tout l’hiver et ne noircissent qu’en février.

C’est la seconde particularité du lierre, et elle est plus rare encore. Ses fruits mettent quatre à cinq mois à mûrir : verts en décembre, ils ne deviennent noirs qu’en février ou mars. À cette date, les baies d’automne sont mangées depuis longtemps et le sol est encore gelé.

Merles, grives, fauvettes à tête noire, rouges-gorges et pigeons ramiers s’en nourrissent alors, et ce sont eux qui disséminent les graines. Riches en lipides, ces fruits arrivent au pire moment de l’année — c’est ce qui fait leur valeur.

Et les frelons asiatiques ?

La question revient chaque automne, et elle est légitime : on voit effectivement des frelons asiatiques autour d’un lierre en fleur. Deux choses méritent d’être distinguées.

  • Ils viennent d’abord chasser : ce qui les attire, ce n’est pas le lierre, c’est la concentration d’insectes qu’il rassemble. Un massif de lierre supprimé, ils suivront les butineuses ailleurs.
  • Ils viennent aussi se sucrer en fin de saison, comme les guêpes.

Arracher le lierre ne réduit pas la population de frelons ; cela supprime en revanche la dernière ressource de toutes les autres espèces. Le compromis raisonnable : éviter de planter un lierre arborescent juste devant une porte, une fenêtre souvent ouverte ou un rucher, et l’installer plus loin dans le jardin, où l’on pourra l’observer sans le côtoyer.

Avec quoi l’associer

Pour prolonger la saison des butineuses, entourez-le de plantes qui fleurissent juste avant lui :

  • la népéta (Nepeta ‘Six Hills Giant’), qui refleurit jusqu’aux gelées si on la rabat après sa première floraison — le complément le plus efficace, car elle occupe le mois de septembre ;
  • les asters d’automne, en pleine floraison quand le lierre commence ;
  • les sedums, dont les têtes plates sont des pistes d’atterrissage pour les papillons ;
  • le fusain d’Europe ou le houx, qui prendront ensuite le relais côté fruits.

Conseil malin

Laissez toujours un lierre grimpant monter jusqu’en haut de son support, sur un vieux mur, un arbre mort ou un pilier. C’est la seule façon de le voir passer de lui-même en phase adulte, et de récolter vos propres boutures d’arborescent — gratuitement, et avec la certitude qu’elles sont acclimatées chez vous.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre lierre grimpant et lierre arborescent ?

C’est la même plante à deux âges. Le lierre grimpant est la phase juvénile : feuilles à trois ou cinq lobes, crampons, aucune floraison. Le lierre arborescent est la phase adulte : feuilles entières et ovales, pas de crampon, port en buisson, floraison en automne suivie de fruits. Le passage se fait quand la plante atteint le sommet de son support, en pleine lumière.

Quand fleurit le lierre ?

De septembre à novembre selon les régions, avec un maximum en octobre. C’est la dernière floraison importante de l’année en France. Seule la forme adulte fleurit : un lierre qui grimpe ne fleurira jamais, quel que soit son âge.

Le lierre attire-t-il les frelons asiatiques ?

Il attire surtout les insectes butineurs, et les frelons viennent y chasser ces butineuses. Supprimer le lierre ne diminue pas leur nombre : ils suivront les abeilles ailleurs. En revanche, évitez de l’installer juste devant une porte, une fenêtre souvent ouverte ou un rucher.

Les baies de lierre sont-elles toxiques ?

Oui pour l’être humain : toutes les parties du lierre sont toxiques par ingestion, et les baies provoquent troubles digestifs et malaises. Elles sont en revanche sans danger pour les oiseaux, qui les consomment en fin d’hiver. Portez des gants pour tailler, la sève irritant la peau de certaines personnes.

Comment bouturer un lierre arborescent ?

Prélevez en août ou septembre des rameaux de 12 à 15 cm sur une partie déjà fleurie, donc adulte. Retirez les feuilles du bas, plantez dans un mélange de terreau et de sable, à l’ombre et sous cloche. L’enracinement demande six à huit semaines. Une bouture prise sur une tige grimpante donnerait au contraire un lierre grimpant qui ne fleurirait jamais.

Quand tailler le lierre arborescent ?

Au printemps, une fois les fruits tombés et consommés par les oiseaux. Une taille d’automne supprimerait les boutons floraux et priverait les insectes de leur dernière ressource. La taille reste de toute façon facultative, uniquement destinée à conserver une silhouette arrondie.


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Écrit par Jardiner Malin | La rédaction vous propose des conseils d'experts, une approche respectueuse de la nature, de beaux jardins et un potager fait de bons petits légumes cultivés au fil des saisons.

Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.