Une coupe profonde, des dizaines de pétales serrés en quartiers, un parfum qui change d’une variété à l’autre : les roses anglaises ont imposé une esthétique en moins de soixante ans. Derrière le nom, il y a une histoire précise, un vocabulaire de formes florales et cinq grandes familles d’odeurs que l’on peut apprendre à distinguer.
Ce dossier vous donne les clés pour lire une rose anglaise — son origine, sa silhouette, son parfum — et reconnaître les variétés qui ont marqué la catégorie.
Les roses anglaises ne sont pas un groupe botanique. C’est une création d’obtenteur, signée David Austin, agriculteur et pépiniériste du Shropshire, qui a passé sa vie à croiser des rosiers dans la campagne d’Albrighton.
Son idée de départ tenait en une phrase : garder la forme et le parfum des rosiers anciens, mais y ajouter la remontée de floraison et la palette de couleurs des rosiers modernes. Les roses anciennes fleurissaient magnifiquement — trois semaines par an. Les hybrides de thé fleurissaient tout l’été — avec des fleurs souvent raides et peu odorantes.
Le premier résultat marquant s’appelle ‘Constance Spry’, issu du croisement d’une rose gallique, ‘Belle Isis’, avec un floribunda, ‘Dainty Maid’. Mise au commerce en 1961, elle produit d’énormes coupes rose tendre au parfum anisé.
Ironie de l’histoire : elle ne remonte pas. L’objectif n’était qu’à moitié atteint.
Il faudra une vingtaine d’années de sélection pour y arriver vraiment. En 1983 sortent deux variétés qui changent la donne, ‘Mary Rose’ et surtout ‘Graham Thomas’, un jaune profond jusque-là impossible à obtenir avec ce type de fleur. À la mort de David Austin en 2018, la maison avait introduit environ 240 variétés.
Le nombre de pétales est le premier indice. Là où un hybride de thé classique en compte 25 à 35, une rose anglaise en aligne couramment 40 à 140 selon la variété.
Ce qui donne quatre silhouettes bien identifiables :
Un détail que peu de catalogues mentionnent : la forme d’une même variété change selon l’âge de la fleur et la saison. Une ‘Boscobel’ s’ouvre en coupe au printemps et finit souvent en rosette bien plate en fin de saison.
Autre repère visuel fiable, le port. Les tiges fléchissent sous le poids des fleurs, qui regardent vers le bas ou de côté.
C’est volontaire : David Austin trouvait les roses dressées à la verticale peu naturelles. Conséquence pratique, on voit mieux ces fleurs en les plantant surélevées ou en les regardant depuis une allée en contrebas.
Oui, certaines coupes de 100 pétales s’effeuillent en trois jours par temps chaud. C’est le prix de cette densité.
C’est un parfumeur, Robert Calkin, qui a classé les odeurs des roses anglaises. Son découpage sert encore de référence et il s’apprend assez vite, nez au-dessus du buisson.
| Famille | Ce que l’on perçoit | Variétés repères |
|---|---|---|
| Rose ancienne | Le parfum « de rose » classique, rond, poudré | ‘Gertrude Jekyll’, ‘Desdemona’ |
| Thé | Plus sec, légèrement vert, proche d’un paquet de thé qu’on ouvre | ‘Graham Thomas’, ‘Roald Dahl’ |
| Myrrhe | Anisé, inattendu, qui divise les amateurs | ‘Constance Spry’, ‘Boscobel’ |
| Fruité | Framboise, pomme, poire ou agrume selon la variété | ‘Jubilee Celebration’, ‘Lady of Shalott’ |
| Musc | Émis par les étamines, porté par l’air, perceptible à distance | ‘The Generous Gardener’ |
Le parfum de myrrhe mérite une mention à part. Il descend directement de ‘Belle Isis’, l’ancêtre gallique de 1845 utilisé pour ‘Constance Spry’.
Toutes les roses anglaises qui sentent l’anis lui doivent quelque chose. Beaucoup de jardiniers ne l’aiment pas au premier essai — respirez-le deux ou trois fois avant de trancher.
Pour élargir la comparaison au-delà des anglaises, le panorama des roses à parfum couvre aussi les anciennes et les modernes.
Un mot sur les noms. Austin a beaucoup emprunté à la littérature et à l’histoire anglaises : Chaucer, Shakespeare, les jardinières célèbres comme Gertrude Jekyll.
Ce n’est pas anecdotique quand vous cherchez une variété : deux roses au nom proche peuvent appartenir à des familles de parfum totalement différentes.
Les variétés sont réparties en groupes selon leur ascendance, et ce classement en dit long sur ce que vous obtiendrez.
Détail rarement signalé : les variétés du groupe Leander, plus hautes et plus charpentées, se comportent souvent comme de petits grimpants dans le sud de la France alors qu’elles restent buissonnantes en Bretagne ou dans le Nord. Un même nom, deux silhouettes selon la région.
La fraîcheur fonce les couleurs. Les roses abricot virent au cuivre, les roses vifs gagnent en profondeur, et les blancs se teintent souvent de vert ou de rose en bordure de pétale.
La tenue des fleurs change aussi. Quand les nuits passent sous 10 °C, une fleur qui durait trois à quatre jours en plein été reste présentable huit à dix jours sur le buisson — l’ouverture est plus lente, les pétales se déroulent un par un.
Le parfum, lui, suit l’inverse. L’émission des molécules odorantes est maximale par temps doux et humide, autour de 9 h du matin, quand la rosée s’évapore.
Par 6 °C à l’aube, un buisson entier peut sembler muet ; la même variété reprend son odeur vers midi.
Si vous coupez quelques tiges pour la maison, enfilez une paire de gants spécial rosiers : les anglaises sont généralement bien armées d’aiguillons. Et sachez que ces fleurs très doubles s’ouvrent vite en intérieur — tout se joue sur le stade de cueillette, détaillé dans notre article sur les roses d’automne qui fanent en 3 jours dans le vase.
Pour tout ce qui touche à la plantation, à la taille et à l’entretien de ces rosiers, le guide dédié aux rosiers anglais reprend la question en détail, complété par la fiche taille des rosiers anglais.

L’astuce à retenir : une rose anglaise se reconnaît à sa coupe très double, son port retombant et son parfum marqué.
Non. Les roses anciennes sont des variétés antérieures à 1867, les roses anglaises sont des créations modernes qui en imitent la forme et le parfum tout en refleurissant.
La grande majorité l’est, mais l’intensité varie fortement d’une variété à l’autre — ‘Gertrude Jekyll’ est puissante, d’autres restent discrètes.
Le poids des pétales fait fléchir la tige, un caractère assumé par l’obtenteur pour retrouver l’allure naturelle des rosiers anciens.
Oui, elle reste commercialisée, mais elle ne fleurit qu’une fois par an, généralement sur quatre à cinq semaines au début de l’été.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.