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Votre plante sécrète une mousse blanche comme de la bave ? C’est quoi exactement et faut-il s’en inquiéter ?

cicadelle crachat de coucou

De la bave, une mousse écumeuse, presque un crachat de salive… Les termes sont variés pour désigner cette écume déposée sur certaines plantes par une cicadelle, également appelée cercope, un insecte piqueur et suceur de sève. Ce « crachat de coucou », observable au printemps et en été, n’est autre qu’une protection des larves et des œufs.

De la bave sur vos plantes : c’est quoi exactement ?

Si vous observez de petits amas mousseux, blancs à jaunâtres, accrochés à une tige, à un pédoncule ou à la base d’une feuille, il s’agit très probablement du « crachat de coucou ». Dans la majorité des cas, on trouve à l’intérieur une jeune larve de cicadelle, qui se nourrit en piquant les tissus végétaux pour en aspirer la sève.

Les cicadelles sont des insectes phytophages de l’ordre des Hémiptères. Elles sont assez proches, dans leur mode d’alimentation, des pucerons, même si leur silhouette et leur comportement diffèrent. Selon les espèces, elles peuvent être brunes, grises, verdâtres, jaunâtres, parfois tachetées. Leur point commun : un rostre (un « bec ») qui leur permet de percer les tissus, puis de sucer la sève.

Pourquoi cette mousse apparaît-elle ?

  • Au stade larvaire, certaines cicadelles produisent une mousse protectrice au moment où elles se nourrissent. Cette écume sert à maintenir un microclimat favorable : elle limite la déshydratation, amortit les variations de température et rend la larve moins accessible aux prédateurs (oiseaux, punaises prédatrices, larves de chrysopes, etc.).

Faut-il s’inquiéter ?

  • Le plus souvent, non. Un ou quelques « crachats » isolés n’ont qu’un impact très limité. La plante peut montrer de petites décolorations ponctuelles, mais elle continue généralement sa croissance sans conséquence notable. Les inquiétudes commencent surtout en cas d’infestation massive, ou si l’on se trouve dans un contexte agricole particulier où certaines cicadelles peuvent jouer un rôle de vecteur de maladies.

Comment reconnaître une cicadelle (sans la voir clairement) ?

Les cicadelles passent souvent inaperçues, car elles se déplacent en sautant, parfois en volant, et s’enfuient dès qu’on approche. Les indices les plus fréquents sont :

  • la présence d’amas mousseux au printemps et en été ;
  • de petites piqûres sur les tissus, parfois visibles sous forme de ponctuations claires ;
  • sur certaines plantes sensibles, un affaiblissement, un feuillage un peu terne, ou un léger ralentissement de croissance lorsque les attaques sont nombreuses.

Le cycle de vie des cicadelles

Le cycle varie selon les espèces et les régions, mais on retrouve souvent une trame commune :

  • Ponte : en fin d’hiver ou au tout début du printemps, les femelles déposent leurs œufs dans les tissus végétaux (bourgeons, tiges, nervures, parfois sous l’épiderme des feuilles), ou sous les écorces des arbres.
  • Éclosion : au printemps, les larves naissent. Elles ressemblent déjà à de petits adultes, mais sans ailes fonctionnelles.
  • Stade larvaire : la larve passe par plusieurs mues (souvent cinq). Chez les espèces « écumeuses », c’est à cette période que l’on observe la mousse protectrice.
  • Adultes : après nymphose, les adultes apparaissent. Selon les espèces, il peut y avoir une seule génération annuelle, ou deux, voire davantage si les conditions sont favorables.
  • Hivernation : elle se fait sous forme d’œufs, d’adultes, ou plus rarement de larves, selon l’espèce.

 

cicadelle-1

 

À quelles plantes s’attaquent-elles ?

Il existe de très nombreuses cicadelles, avec des préférences d’hôtes variables. Certaines sont assez généralistes, d’autres plus spécialisées. On peut rencontrer des cicadelles sur :

  • Arbres et arbustes : saule, aulne, peuplier, orme, érable, cornouiller…
  • Plantes ornementales : rosier, vivaces diverses, plantes de haies, massifs.
  • Plantes potagères : selon les espèces, haricots, pommes de terre, betteraves, ombellifères, etc.
  • Vigne et verger : certaines espèces peuvent provoquer des symptômes typiques (décolorations, « grillures », affaiblissement), et parfois transmettre des agents pathogènes dans des contextes particuliers.

Quelques espèces souvent citées

  • Cicadelle écumeuse / cercope des prés : Philaenus spumarius. Très fréquente, associée au « crachat de coucou » sur de nombreuses plantes.
  • Cicadelle pruineuse (blanche) : Metcalfa pruinosa. Elle laisse parfois des traces cireuses, et peut coloniser de nombreuses plantes (vigne, fruitiers, arbres, potager), surtout en cas de forte présence.
  • Cicadelle verte de la vigne : Empoasca vitis. Elle peut provoquer des décolorations et un aspect « grillé » du feuillage.
  • Cicadelle de la pomme de terre : Empoasca fabae. Elle peut toucher plusieurs cultures selon les régions.
  • Cicadelle de la betterave : Circulifer tenellus. Elle est évoquée dans certains contextes agricoles.
  • Cicadelle de l’aster : Macrosteles quadrilineatus. Elle peut affecter diverses plantes, notamment des graminées et des ombellifères.

À faible densité, ces insectes n’entraînent généralement pas de dégâts graves. En revanche, une présence importante, répétée, peut affaiblir les plantes en multipliant les piqûres de succion, et, dans certains cas, augmenter le risque de transmission de maladies.

Le « crachat de coucou » : nuisible ou plutôt bénin ?

Dans un jardin familial, la situation la plus fréquente est la suivante : quelques amas de mousse au printemps, parfois sur les graminées, les rosiers, certaines vivaces ou jeunes pousses. Dans ce cas, l’impact est surtout esthétique, et la plante s’en remet sans difficulté.

Les vrais problèmes apparaissent surtout :

  • si la plante est déjà affaiblie (sécheresse, manque de nutriments, sol très pauvre) ;
  • si les amas sont très nombreux sur une même plante ;
  • si l’on est dans une zone où certaines cicadelles sont surveillées pour des raisons sanitaires (ex. olivier, vigne), avec des recommandations spécifiques.

Lutte curative et préventive contre le crachat de coucou

1) Le geste le plus simple : le jet d’eau

Quand la mousse est localisée, un jet d’eau (ou un arrosage un peu appuyé) sur les parties atteintes suffit souvent. La mousse se détache, la larve est délogée et devient plus vulnérable aux prédateurs naturels. Ce geste est particulièrement utile sur des plantes ornementales ou des jeunes plants au potager.

2) Pulvérisation douce au savon noir

Si la présence est importante, vous pouvez utiliser une pulvérisation à base de savon noir : 3 cuillères à soupe pour 1 litre d’eau, sur les zones concernées. Pulvérisez de préférence le soir, et évitez le plein soleil pour limiter tout risque de brûlure sur le feuillage. Un rinçage léger à l’eau claire le lendemain peut être utile sur les plantes fragiles.

3) Favoriser la biodiversité : la meilleure prévention au long cours

La régulation la plus efficace se construit dans le temps. Les cicadelles ont de nombreux ennemis naturels. En favorisant la biodiversité, vous réduisez les risques d’explosion de populations :

  • Oiseaux insectivores : mésanges, rougegorges… Un nichoir bien placé peut faire la différence au printemps.
  • Auxiliaires : coccinelles, chrysopes, syrphes, punaises prédatrices, araignées.
  • Reptiles : lézards, très utiles dans les jardins « vivants » avec zones refuges.

Concrètement, cela passe par : des plantes mellifères, des zones un peu enherbées, un petit tas de pierres, quelques feuilles mortes en bordure, un hôtel à insectes, et une limitation des traitements insecticides à large spectre (qui détruisent aussi les auxiliaires).

4) En cas d’infestation importante sur cultures spécifiques

Sur certaines cultures (vigne, olivier, verger), la gestion peut être plus technique et dépendre des recommandations locales. Si vous êtes concerné par une culture sensible, l’approche la plus sûre consiste à combiner : surveillance régulière, maîtrise de l’enherbement, gestion de l’irrigation (éviter le stress hydrique), et maintien d’une pression faible grâce aux auxiliaires et à des interventions ciblées uniquement si nécessaire.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Écraser systématiquement les amas à la main : cela fonctionne, mais c’est moins efficace qu’un jet d’eau, et ce n’est pas indispensable si l’attaque est faible.
  • Traiter « fort » par réflexe : la plupart du temps, ce n’est pas utile. Une intervention trop agressive déséquilibre le jardin et peut aggraver le problème l’année suivante.
  • Confondre avec une maladie : l’écume n’est pas un symptôme cryptogamique. Elle indique surtout la présence d’une larve, et se gère donc comme un ravageur, avec des moyens simples.

 

cicadelle crachat de coucou

 

Conseils du jardinier – FAQ

  • Faut-il supprimer tous les « crachats de coucou » ?
    Non. S’il n’y en a que quelques-uns, vous pouvez les laisser : l’impact est généralement minime. Si la plante est jeune ou si la présence est très importante, un jet d’eau suffit le plus souvent.
  • Est-ce dangereux pour mes plantes ?
    À faible densité, c’est surtout un désagrément esthétique. En cas de forte infestation, la multiplication des piqûres peut affaiblir la plante et ralentir sa croissance, surtout en période sèche.
  • Pourquoi la mousse revient-elle après un premier nettoyage ?
    Parce que plusieurs larves peuvent être présentes sur la même zone, ou que de nouvelles larves arrivent au fil des éclosions. Surveillez quelques jours : un ou deux jets d’eau espacés peuvent suffire.
  • Peut-on utiliser le savon noir sur toutes les plantes ?
    Globalement oui, à condition de respecter une dilution raisonnable et d’éviter les heures chaudes. Testez d’abord sur une petite zone si la plante est très fragile.
  • Quand faut-il vraiment s’inquiéter ?
    Si vous observez une infestation massive et répétée, avec affaiblissement net de la plante, ou si vous cultivez des espèces sensibles (vigne, olivier) dans une zone faisant l’objet de recommandations sanitaires. Dans ce cas, privilégiez la surveillance et des mesures adaptées au contexte local.

©Ahkchamczuk ©Luc Pouliot ©Die Locked

 


Écrit par Pascale Bigay | L'écriture a ponctué la vie de Pascale. Tout comme la nature, la botanique, le jardinage... C'est pourquoi à travers ses mots, elle vous fait partager ses expériences et ses découvertes de jardinage, ses plantations de vivaces ou d'arbustes, ses recettes du potager, la vie de ses poules...