La planche où montaient les courgettes est nue, le sol encore tiède sous la main, et la lumière tombe à l’oblique dès 17 h. C’est exactement le moment où la plupart des jardiniers referment le potager.
Pourtant ces 3 ou 4 m² peuvent encore porter trois cultures de feuilles, toutes récoltables avant Noël, toutes semées en moins d’une demi-heure.
Semez-le en premier, car c’est lui qui donne la première récolte, six à huit semaines après la levée. Le cerfeuil germe en 10 à 15 jours tant que le sol reste autour de 12 °C — contrairement à presque toutes les aromatiques, la chaleur le bloque.
Ses graines ont besoin de lumière. Ne les enterrez pas : semez en ligne, plombez à la main, puis saupoudrez 3 mm de terreau fin, pas plus.
L’erreur classique, c’est le trait de semis creusé à 2 cm comme pour une carotte. Rien ne sort.
Deux variétés tiennent bien en arrière-saison : ‘Vertissimo’, à feuillage très découpé et lent à monter, et le cerfeuil frisé ‘Double’, plus décoratif, légèrement plus résistant au froid. Éclaircissez à 10 cm.
Un pied laissé à l’étroit file en hauteur et perd ses feuilles basses en trois semaines.
Le persil ne sera pas récoltable avant décembre, mais c’est lui qui prendra le relais quand le cerfeuil sera épuisé. Compter 3 à 4 semaines de levée — oui, c’est long, et c’est normal. Trempez les graines 24 h dans de l’eau tiède avant de semer : vous gagnez environ une semaine.
Le persil plat ‘Géant d’Italie’ donne des tiges épaisses et supporte -8 °C sans broncher. Le persil frisé ‘Vert foncé’ est plus compact, plus adapté à un bord de planche ou à une jardinière de balcon. Les deux repartent au printemps pour une seconde saison avant de monter en graines.
Semez-le au centre de la planche : c’est la culture la plus durable des trois, autant ne pas la déranger. Et si vous avez déjà des pieds installés depuis le printemps, laissez-les en place, ils feront la soudure. Le trio persil-cerfeuil-estragon en cuisine d’automne prend tout son sens à ce moment-là.
Elle occupe l’espace que les deux autres laissent nu. Ses rosettes plaquées au sol, hautes de 5 cm à peine, couvrent la terre entre les rangs et limitent le tassement par les pluies de novembre.
Semez à la volée ou en lignes serrées, à peine 1 cm de profondeur, puis tassez fermement avec le dos d’un râteau. La mâche a besoin d’un contact serré avec la terre pour lever — c’est la seule des trois qu’il faut vraiment plomber.
Sur une planche de 1,20 m de large, comptez cinq rangs espacés de 20 cm. De l’extérieur vers le centre : mâche, cerfeuil, persil, cerfeuil, mâche.
Cette disposition n’est pas décorative. Le persil, le plus haut à terme (40 cm), reste au centre où il ne porte ombre à personne pendant les mois courts.
Le cerfeuil, mi-hauteur, encadre. La mâche en bordure reçoit le maximum de lumière rasante de novembre, celle qui vient de côté et pas d’en haut.
Si votre terre est lourde, apportez 2 cm de terreau potager et plantes aromatiques en surface avant de semer : les graines fines détestent les mottes. Arrosez en pluie très fine, 2 litres par mètre carré, puis laissez faire les pluies.
Première coupe de cerfeuil environ 45 jours après le semis. Coupez les feuilles extérieures au ras du sol, jamais le cœur : chaque pied redonne deux à trois fois.
La mâche suit vers 70 à 90 jours, selon la douceur. Récoltez rosette entière, au couteau, juste sous le collet.
Le persil arrive en dernier et reste disponible tout l’hiver, par prélèvements de quelques tiges.
Posez un voile d’hivernage de 17 g/m² dès que les nuits passent sous -3 °C. Ce n’est pas pour sauver les plantes — elles survivent sans — mais pour garder les feuilles tendres et propres. Sous voile, la mâche reste nette là où elle serait tachée de terre par les pluies battantes. Pour la conservation des feuilles coupées, les mêmes règles que pour la ciboulette d’automne s’appliquent : jamais de lavage avant stockage.

L’astuce à retenir : ne jamais enterrer les graines de cerfeuil, elles ont besoin de lumière pour germer.
En climat doux (façade atlantique, Midi), oui vous pouvez encore semer jusqu’à début novembre. Au nord et en altitude, privilégiez un semis sous châssis ou en pot abrité.
Presque toujours un excès d’eau ou un semis trop dense. Éclaircissez à 10 cm et espacez les arrosages : la terre doit sécher en surface entre deux.
Oui, dans une jardinière de 40 cm de profondeur minimum. Un rang de cerfeuil en pot et un de mâche suffisent, le persil demandant plus de volume racinaire.
Non, aucun apport d’azote à cette période : il pousserait des feuilles tendres que le gel brûlerait. Un sol de fin de culture, légèrement décompacté, suffit largement.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.