Un voile blanchâtre et mat, comme de la farine renversée sur le dessus des feuilles du bas. Il apparaît presque toujours après une série de journées à 19 °C suivies de nuits à 8 °C, quand la rosée tient jusqu’à 10 h du matin.
Sur un chrysanthème encore en boutons, ce détail décide de tout. Traité tôt, le pied fleurit normalement.
Traité une fois les fleurs ouvertes, vous ne rattrapez plus grand-chose.
L’écart entre le jour et la nuit, voilà le déclencheur. Le champignon responsable (Golovinomyces cichoracearum, un parent proche de celui des courges) se développe entre 15 et 25 °C avec une humidité de l’air élevée — exactement le climat d’octobre dans la plupart des régions françaises.
Ce qu’il faut savoir : contrairement au mildiou, l’oïdium n’a pas besoin que les feuilles soient mouillées pour germer. L’air humide lui suffit. C’est pour cela qu’il s’installe sur des pieds parfaitement abrités de la pluie, sous un auvent ou contre un mur.
Trois facteurs aggravent tout :
Les chrysanthèmes vivaces de massif, type Chrysanthemum rubellum ‘Clara Curtis’, s’en sortent souvent mieux : port aéré, feuilles plus fines, séchage rapide.
Agissez dès que le premier voile blanc apparaît sur les feuilles basses, et impérativement avant que les boutons ne montrent leur couleur. Passé ce stade, les pétales en formation sont déjà colonisés et sortiront déformés, ternes, parfois collés entre eux.
Concrètement, la période utile s’étale de la mi-septembre à la fin octobre selon les régions. Une taille de surveillance s’impose : écartez le feuillage à mi-hauteur et regardez le revers des feuilles du bas, là où le champignon démarre neuf fois sur dix.
Un détail que peu de fiches mentionnent : le soufre, traitement de référence contre l’oïdium, perd l’essentiel de son efficacité sous 15 °C. Il agit par sublimation, donc par la chaleur. En octobre, pulvériser du soufre à 11 °C un matin brumeux ne sert quasiment à rien. Visez un créneau où l’après-midi dépasse 16 °C, ou changez de produit.
Commencez toujours par le nettoyage. Pulvériser sur un feuillage déjà couvert de feutre blanc, c’est traiter par-dessus un stock de spores.
Pour la solution : 5 g de bicarbonate de soude par litre d’eau, plus 5 ml de savon noir liquide comme mouillant. Deux applications espacées de 8 jours. Si les températures le permettent, un soufre minéral 80 % à 3 g/L reste plus efficace sur une attaque déjà installée. Un pulvérisateur à pression entretenue vous permettra d’atteindre le revers des feuilles sans retourner chaque tige.
Oui, trier feuille par feuille sur une dizaine de pieds prend vingt bonnes minutes. Mais sans ce passage, le traitement ne tient pas une semaine.
Ne guettez pas la disparition du blanc. Le feutre déjà formé reste en place, il vire simplement au gris sale puis se craquelle. Le vrai signe de réussite, c’est l’absence de nouvelles taches sur les feuilles du haut dans les 10 à 12 jours suivants.
Regardez aussi les boutons : ils doivent conserver leur aspect lisse et légèrement luisant. Un bouton mat, qui semble poudré au toucher, est perdu — retirez-le pour que la plante concentre son énergie sur les autres.
En prévention pour l’année suivante, une pulvérisation de décoction de prêle diluée à 20 %, tous les 10 jours à partir de fin août, renforce sérieusement les tissus. Et si vous hésitez entre oïdium, rouille ou botrytis sur un feuillage douteux, les signes qui identifient un champignon se distinguent surtout au toucher : l’oïdium s’essuie au doigt, pas les autres.
L’astuce à retenir : nettoyez les feuilles atteintes d’abord, pulvérisez ensuite, toujours avant l’ouverture des boutons.
Rarement sur un pied adulte, mais il épuise la plante et ruine la floraison en cours. Un chrysanthème vivace fortement atteint repart généralement au printemps s’il est rabattu et nettoyé.
Oui, mais uniquement sur le feuillage, en protégeant les fleurs : le soufre et le bicarbonate tachent les pétales clairs. L’objectif devient alors de limiter la contamination des pieds voisins.
Un mélange à 10 % de lait dans l’eau montre un effet préventif modeste, lié aux protéines activées par la lumière. Il ne remplace pas un traitement curatif sur une attaque déclarée.
Non, l’oïdium vit sur les parties aériennes et non dans le substrat. Retirez simplement les débris de feuilles tombées à la surface avant l’hiver.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.