Faut-il finir la saison avec un gazon ras, ou le laisser haut pour qu’il se protège du froid ? La question revient à chaque dernière tonte, et les avis s’opposent franchement.
Six hauteurs de coupe suivies sur une même parcelle, de 3 à 8 cm, donnent un verdict net. Il ne correspond ni au gazon rasé façon terrain de foot, ni à l’herbe abandonnée jusqu’au printemps.
L’objectif de la dernière coupe n’est pas esthétique. Il s’agit de laisser assez de feuilles pour que la plante continue de fabriquer des réserves pendant les redoux d’hiver, sans en laisser tant que le feuillage se couche et pourrisse sous le gel.
Deux risques s’opposent donc. Trop court, le gazon expose son collet au froid, au piétinement et à la lumière rasante qui profite à la mousse.
Trop long, il se plaque au sol dès la première gelée blanche, forme un matelas humide et ouvre la porte aux maladies de l’herbe sous neige.
La bonne hauteur est celle qui garde l’herbe dressée même mouillée. Un détail de terrain le confirme : passez la main à plat sur le gazon un matin humide, si les brins restent debout, la hauteur est bonne. S’ils se couchent et gardent la marque, c’est déjà trop haut.
Même parcelle, même mélange ray-grass anglais et fétuque élevée, six bandes tondues entre la mi-octobre et début novembre, puis observées jusqu’à la reprise de printemps.
| Hauteur | État après l’hiver | Verdict |
|---|---|---|
| 3 cm | Mousse dense, sol visible par plaques | À éviter |
| 4 cm | Reprise lente, taches jaunes au nord | Insuffisant |
| 5 cm | Gazon propre, peu de mousse | Très bon |
| 6 cm | Meilleure densité, vert plus franc | Le meilleur compromis |
| 7 cm | Correct, feutre léger en surface | Acceptable en sol drainant |
| 8 cm | Herbe couchée, plaques molles jaunies | Trop haut |
L’écart le plus spectaculaire se lit entre 4 et 6 cm. Deux centimètres de tondeuse, et la mousse recule nettement.
Couper à 3 cm en fin de saison, c’est retirer d’un coup la moitié de la surface qui capte la lumière. Les racines en pâtissent immédiatement : une graminée sévèrement raccourcie sacrifie une partie de son système racinaire dans les heures qui suivent.
Résultat au printemps, un gazon clairsemé où la mousse sur la pelouse occupe le terrain libre. Le sol nu entre les touffes reste froid et humide plus longtemps, exactement ce qu’il faut pour qu’elle s’installe.
Seule exception : les gazons d’agrostide type ‘Penncross’, tondus à moins d’un centimètre toute l’année sur les terrains de golf. Ils ne concernent pas un jardin.
À 8 cm, le problème n’est pas la hauteur mais le poids de l’eau. Les brins se couchent sous la rosée gelée, forment un tapis étanche, et la base jaunit faute de lumière et d’air.
Sous ce matelas, le feutre s’épaissit — cette couche de débris entre l’herbe et la terre qui empêche l’eau de descendre. Au dégel, les plaques molles s’arrachent au râteau.
Les fétuques élevées comme ‘Barvado’, qui montent vite, sont les premières concernées.
Oui, remonter la tondeuse d’un seul cran paraît dérisoire. La différence se lit pourtant dès le premier redoux de février.
Visez 5 à 6 cm pour la dernière coupe, et ne retirez jamais plus d’un tiers de la hauteur en un passage. Si l’herbe a filé à 12 cm, tondez à 8 cm, attendez huit jours, repassez à 6 cm.
La fenêtre : entre le 20 octobre et le 15 novembre selon les régions, dès que la pousse tombe sous 1 cm par semaine. Ramassez les déchets de coupe cette fois-ci plutôt que de les laisser sur place comme paillis, ils ne se décomposeront plus. Un apport de Engrais Gazon bio anti-mousse juste après cette dernière tonte renforce la densité avant le froid. Et si la mousse est déjà installée, programmez plutôt une scarification au printemps, pas maintenant.
L’astuce à retenir : finissez la saison à 5-6 cm, jamais à ras, jamais au-dessus de 7 cm.
Uniquement si l’herbe dépasse 8 cm, par sol ressuyé et sans gelée annoncée. Tondre sa pelouse en hiver reste exceptionnel et se fait toujours haut.
Ramassez d’abord. Une tondeuse qui broie un tapis de feuilles humides bourre et laisse des amas qui étouffent le gazon en quelques jours.
Réglez-le au maximum disponible et arrêtez-le dès que la pousse ralentit, vers la mi-novembre. Mieux vaut un gazon figé à 4 cm qu’un gazon maintenu ras tout l’hiver.
Oui. Les gazons d’ornement à fétuque rouge supportent 4 à 5 cm, les mélanges rustiques à ray-grass et fétuque élevée préfèrent 6 cm avant l’hiver.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.