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Le jardin en trou de serrure, la méthode de permaculture aux nombreux atouts !
Le jardin en trou de serrure, aussi connu sous le nom de « keyhole garden », est une méthode de jardinage qui a pour particularité de placer le compost au centre du potager. Créée initialement pour aider les personnes vivant dans des zones arides à cultiver des légumes et des plantes, cette technique de permaculture devient de plus en plus populaire dans le monde entier. Découvrez comment ce concept offre une solution durable pour une agriculture urbaine participative, en particulier quand l’eau manque et que le sol est pauvre.
Le concept du jardin en trou de serrure
Le « keyhole garden » est un espace de culture surélevé, délimité, et possédant en son centre une « tour » de compostage. En vue aérienne, cet agencement a la forme d’un trou de serrure, d’où son nom.
L’ONG « Send a Cow » a développé et expérimenté le concept il y a plus de 20 ans. Depuis, plusieurs milliers de ces jardins ont été créés en Afrique et en Asie. En France, le mouvement citoyen et solidaire d’agriculture urbaine participative, les « Incroyables Comestibles », a contribué à populariser cette méthode. Elle se répand désormais dans de nombreux jardins familiaux, potagers partagés et projets collectifs.
Le jardin en trou de serrure représente une approche à la fois novatrice et très pragmatique. Elle s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels : matière organique, couverture du sol, activité biologique et gestion fine de l’eau. Avec ses avantages, c’est une solution pertinente pour obtenir des récoltes régulières, notamment en période de sécheresse.
Vu du dessus, le potager forme un « trou de serrure » : une butte circulaire et un accès en encoche jusqu’à la tour à compost.
Pourquoi le « keyhole garden » fait-il des émules ?
Un jardin en trou de serrure en milieu urbain : une forme compacte, accessible et adaptée aux potagers partagés.
Depuis une dizaine d’années, cette approche de jardinage fait l’objet de nombreuses publications. Elles mettent en avant des bénéfices concrets, très recherchés aujourd’hui : fertilité stable, économies d’eau, et facilité d’entretien.
Fertilité du sol constante : grâce au compost placé au centre, les vers de terre et autres organismes acteurs de la décomposition se déplacent entre la tour et la butte, apportant lentement et régulièrement matière organique et minéraux au sol. Cela contribue à maintenir un niveau de fertilité stable, même si le terrain d’origine est médiocre.
Approche en couches (les fameuses « lasagnes ») : la superposition alternée de matières brunes et vertes, puis de terre et de compost mûr, rappelle le fonctionnement naturel du sol forestier. Cela favorise la vie microbienne et les champignons utiles, indispensables à une croissance régulière.
Meilleure conservation de l’eau : la teneur élevée en matière organique retient davantage l’eau, tandis que certaines constructions prévoient des « cheminées » d’humidification qui captent rosée et humidité ambiante. Le potager supporte mieux les périodes sèches si le paillage est bien maintenu.
Résistance aux conditions climatiques extrêmes : souvent construit en pierre, le muret apporte de l’inertie thermique et hydrique. Cela amortit les écarts de température, protège un peu du gel et réduit l’évaporation.
Facilité de construction et d’entretien : la forme circulaire est pratique. L’accès en encoche permet d’atteindre toutes les zones sans piétiner le sol. La hauteur limite aussi le mal de dos et rend le désherbage plus simple.
Économique et écologique : pierres, briques, bois, terre… Le jardin en trou de serrure se construit facilement avec des matériaux de récupération, ce qui en fait une option durable et peu coûteuse.
Le muret et la butte créent un microclimat : moins d’évaporation, une terre plus vivante et des cultures plus résilientes.
À propos de l’« effet électroculture » : certaines sources associent la forme circulaire du jardin à un captage de champs électromagnétiques pouvant influencer la germination. À ce jour, au jardin, l’intérêt le plus fiable et reproductible du keyhole garden reste surtout lié à la matière organique, à la structure du sol, au paillage, et à la gestion de l’eau. Autrement dit : même sans « électroculture », la technique garde tout son sens.
Comment construire un jardin en trou de serrure ?
La construction est accessible, même sans gros outillage. Le plus important est de soigner la base (drainage), la tour à compost (aération) et la composition en couches (matières brunes/vertes + terre/compost).
1. Choisir l’emplacement et les dimensions
Installez le jardin au soleil (au moins 6 h par jour), à proximité d’un point d’eau si possible.
Un diamètre courant est de 2 à 3 m : cela permet d’atteindre le centre depuis le bord, sans marcher sur la butte.
Préférez un endroit stable et relativement plat. Sur pente, prévoyez un muret plus solide d’un côté.
2. Monter le muret circulaire
Construisez un cercle avec pierres, briques ou bois. La hauteur est souvent de 40 à 80 cm.
Créez une encoche (le « trou de serrure ») pour accéder au compost central.
Si vous utilisez des pierres, pensez à stabiliser avec une base solide et un bon emboîtement.
3. Installer la tour à compost
Au centre, formez un cylindre (grillage rigide, canisses, branches) d’environ 30 à 50 cm de diamètre.
La tour doit être aérée pour favoriser la décomposition et limiter les odeurs.
Vous pouvez ajouter un tube perforé (option) pour guider l’eau au cœur du système, mais ce n’est pas obligatoire si vous paillez correctement.
4. Remplir en couches, façon « lasagne »
Le principe est de créer un sol riche qui se structure avec le temps.
Au fond : branchettes, petits morceaux de bois, feuilles sèches (drainage et réserve carbonée).
Ensuite : alternance de matières vertes (déchets de cuisine végétaux, tontes très fines) et brunes (carton brun non imprimé, feuilles mortes, paille).
Au-dessus : compost mûr et terre/terreau pour finir, afin de planter immédiatement.
Terminez par un paillage épais (paille, feuilles mortes, BRF) pour limiter l’évaporation.
Astuce : arrosez légèrement chaque couche au montage pour lancer l’activité biologique et éviter les « poches sèches ».
Que planter dans un keyhole garden ?
Vous pouvez presque tout cultiver, mais les meilleurs résultats s’obtiennent avec des plantes qui apprécient une terre riche et fraîche. La butte crée souvent plusieurs micro-zones : plus humide près du compost, plus sèche vers le bord extérieur.
Très adapté : salades, épinards, bettes, radis, betteraves, haricots nains, pois, aromatiques, fraisiers.
Bien adapté : tomates (si exposition chaude), poivrons, aubergines, choux, courgettes (selon la place), concombres (avec tuteur).
À surveiller : carottes et panais (besoin d’une couche profonde et fine), plantes très gourmandes si le compost central est peu alimenté.
En jardin partagé, il est judicieux de planter en « secteurs » : un secteur feuilles (salades), un secteur racines (radis/betteraves), un secteur fruits (tomates/haricots), et un secteur aromatiques. Cela facilite l’entretien collectif.
Entretien au fil des saisons
Alimenter la tour : ajoutez régulièrement vos déchets compostables et recouvrez-les de matière sèche (feuilles, paille, broyat) pour éviter odeurs et moucherons.
Arroser intelligemment : arrosez plutôt le matin. En été, un arrosage profond mais espacé + paillage est souvent plus efficace que de petits arrosages quotidiens.
Pailler en continu : le paillage est l’assurance « anti-sécheresse » du keyhole garden. Complétez-le dès qu’il se dégrade.
Renouveler la surface : au printemps ou à l’automne, ajoutez une fine couche de compost mûr en surface avant de re-pailler.
Rotation des cultures : changez de place les familles de légumes d’une saison à l’autre pour limiter maladies et épuisement du sol.
Pour terminer
À première vue, le « keyhole garden » possède de nombreuses qualités pour se démarquer comme technique de permaculture. À l’instar de la spirale d’herbes aromatiques, il apporte du relief et une touche esthétique au jardin. Sa facilité de construction rend cette méthode encore plus attrayante. Que l’on soit débutant ou expérimenté, créer son propre jardin en trou de serrure est tout à fait possible, y compris en contexte urbain, collectif ou sur sol pauvre.
Conseils du jardinier – FAQ
Le keyhole garden fonctionne-t-il vraiment mieux en période de sécheresse ? Oui, surtout grâce à la matière organique et au paillage. Le sol retient mieux l’eau et l’évaporation est réduite. En revanche, il faut quand même arroser, notamment au démarrage et lors de canicules prolongées.
Faut-il obligatoirement arroser dans la tour à compost ? Non. Certains le font pour humidifier le cœur du système, mais le plus important est d’arroser le sol cultivé et de maintenir un paillage épais. La tour doit rester suffisamment humide pour composter, sans être détrempée.
Quels matériaux éviter pour le muret ? Évitez le bois traité, les matériaux peints ou susceptibles de relarguer des substances indésirables. Préférez pierre, brique, ou bois sain.
Comment éviter les odeurs et les moucherons au niveau du compost central ? Équilibrez déchets verts et matières brunes, couvrez toujours les apports frais avec des feuilles sèches ou de la paille, et assurez une bonne aération (grillage, structure ajourée).
Peut-on le faire sur un sol très pauvre ou caillouteux ? Oui. C’est même l’un de ses intérêts majeurs : vous recréez un sol fertile en hauteur, sans dépendre de la qualité du terrain d’origine.
Écrit par Marie Darul | Engagée dans la protection de l’environnement, Marie s’intéresse particulièrement à la permaculture ainsi qu’aux nouvelles manières de jardiner et de cultiver.