Des taches sombres apparaissent sur vos gousses, et la question tombe : rouille ou autre chose ? Les deux maladies touchent le haricot à la même période, par temps humide, et les jardiniers les confondent en permanence. Pourtant l’une reste un désagrément esthétique. L’autre détruit les gousses et se cache dans les graines pour ressortir l’an prochain. Voici comment les départager en trente secondes.
Retournez une feuille atteinte et frottez la tache avec le pouce. Si une poudre orange rouille tache votre doigt, c’est la rouille.
Si la tache reste sèche, brune, légèrement creusée et bordée d’un liseré rougeâtre, c’est l’anthracnose.
Sur la gousse, la différence est encore plus nette. L’anthracnose creuse de véritables cratères de 2 à 10 mm, ronds, à fond sombre et à bordure surélevée brun-rouge.
Par temps humide, un exsudat rose saumon suinte au centre : ce sont les spores agglutinées.
La rouille, elle, se contente de pustules bombées et poudreuses, presque toujours sur le feuillage. Elle passe rarement sur les gousses. Ce détail des pustules poudreuses contre les cratères secs suffit à trancher, et il évite de traiter à côté. Si vous hésitez encore, les 5 signes qui identifient un champignon vous donneront le réflexe visuel.
La rouille (Uromyces appendiculatus) apparaît surtout en fin de saison, quand les nuits deviennent fraîches et que la rosée tient jusqu’à 9 h du matin. Elle grille les feuilles, réduit la vigueur du plant, raccourcit la production. Désagréable, sans plus.
Ce qui la rend supportable tient en un point : elle ne pénètre pas dans la graine. Vous pouvez conserver des semences d’un rang rouillé sans réimporter la maladie l’année suivante.
Les gousses restent propres, consommables, et se conservent normalement.
Elle survit sur les débris végétaux, pas dans la semence. Ramasser les tiges en fin de saison suffit à casser une grande partie du cycle. Pour le reste, les méthodes classiques de traitement de la rouille restent valables sur haricot.
C’est là que le rapport de force bascule. Colletotrichum lindemuthianum ne se contente pas des feuilles : il colonise la gousse, traverse la paroi et contamine la graine à l’intérieur. Une graine d’apparence parfaitement normale peut héberger le champignon pendant 2 à 5 ans.
Traduction concrète : ressemer votre propre récolte, c’est réintroduire la maladie directement dans le rang. Et le champignon persiste aussi 18 à 24 mois sur les débris de tiges laissés au pied.
| Critère | Rouille | Anthracnose |
|---|---|---|
| Aspect | Pustules orange | Cratères bruns bordés de rouge |
| Organe touché | Feuilles surtout | Feuilles, tiges et gousses |
| Passe dans la graine | Non | Oui, jusqu’à 5 ans |
| Gousses consommables | Oui, intactes | Parties saines seulement |
Les spores germent entre 13 et 26 °C avec une humidité proche de la saturation — exactement les conditions d’un début d’automne pluvieux. Toute la démarche de prévention et de traitement de l’anthracnose au jardin est détaillée dans notre fiche dédiée.
Une gousse marquée n’est pas toxique. Aucun risque documenté pour l’homme avec ces champignons.
Mais la lésion est une porte d’entrée pour les pourritures secondaires, et une gousse touchée ramollit en 48 heures au réfrigérateur là où une gousse saine tient 6 à 8 jours.
Oui, ce tri est fastidieux quand vous ramassez trois kilos d’un coup. Mais sur une salade de haricots, la différence de tenue est immédiate.
Et surtout : ne gardez aucune graine d’un rang touché par l’anthracnose. Repartez sur semence certifiée. Les variétés portant des résistances, comme ‘Delinel’ ou ‘Contender’, limitent nettement la casse les années humides. Un passage de bouillie bordelaise à dose réduite reste l’appoint classique en cas d’attaque déclarée.

L’astuce à retenir : pustules poudreuses = rouille sans gravité ; cratères creusés = anthracnose, graines contaminées.
Oui, après avoir recoupé largement autour de la lésion. La partie ferme et verte reste parfaitement comestible, à consommer dans les 24 heures.
Colletotrichum lindemuthianum est spécifique des haricots et n’attaque pas les autres familles. D’autres espèces d’anthracnose existent en revanche sur tomate et cucurbitacées.
Une graine porteuse peut paraître saine, mais cherchez les petites taches brunes ou déprimées sur le tégument. Au moindre doute, ne la ressemez pas.
Elle survit sur les débris de tiges laissés sur place. Un ramassage soigneux en fin de saison réduit fortement le risque l’année suivante.