Elles n’ont rien reçu depuis juin. Ni pluie sérieuse, ni arrosoir, ni goutte-à-goutte.
Et pourtant, ce sont elles qui tiennent le haut du massif en ce moment : feuillages argentés, coussins bleutés, petites fleurs blanches couvertes d’abeilles. Pendant que le reste du potager tire la langue, ces cinq aromatiques méditerranéennes sont au sommet de leur forme.
Voici lesquelles, et pourquoi c’est le bon moment pour les planter.
Elles ne survivent pas à l’été sec : elles l’attendent. Ces plantes viennent de terrains caillouteux où l’eau file en profondeur dès la fin du printemps.
Leur racine pivotante descend chercher l’humidité à 60 cm, parfois plus, pendant que les feuilles réduisent leurs pertes.
Et c’est là que ça devient intéressant pour vous. Une aromatique méditerranéenne cultivée au sec concentre nettement plus d’huiles essentielles qu’une plante arrosée deux fois par semaine. Feuillage plus petit, tige plus courte, parfum plus dense.
Le vrai danger, ce n’est pas le manque d’eau.
C’est l’excès : un sol lourd qui reste détrempé de novembre à mars fait pourrir le collet en quelques semaines. Un hiver humide en tue bien plus qu’un été caniculaire.
Si votre terre colle aux chaussures après une pluie, la solution n’est pas d’éviter ces plantes, mais de les surélever de 15 à 20 cm dans une butte de terre allégée de gravier.
La sarriette est la grande oubliée des jardineries et c’est dommage : elle remplace le poivre, se sèche parfaitement et attire les abeilles quand plus rien ne fleurit. Sa cousine annuelle, la sarriette commune, disparaît au premier gel — la vivace, elle, repart chaque printemps pendant 8 à 10 ans.
Le thym citron et le romarin forment le socle, l’hysope apporte la hauteur, l’herbe à curry la couleur froide qui fait ressortir tout le reste.
Visez entre la mi-septembre et la fin octobre. Le sol garde encore 15 à 17 °C, les pluies arrivent, et les racines ont deux mois pour s’installer avant le froid — c’est exactement ce qu’il leur faut pour affronter l’été suivant sans arrosage.
Deux arrosages de 5 litres à dix jours d’intervalle après la plantation. Puis plus rien.
Oui, ça demande de résister à l’envie d’arroser quand le feuillage grisonne un peu en octobre. Mais chaque arrosage superflu fabrique des racines paresseuses qui resteront en surface.
Récoltez maintenant, pas au printemps. Les tiges coupées à la mi-saison, avant les pluies régulières, sèchent deux fois plus vite et gardent un parfum bien plus franc.
Coupez le matin après l’évaporation de la rosée, en prélevant un tiers de la touffe au maximum, toujours dans le bois jeune et souple.
Suspendez les bouquets tête en bas dans une pièce aérée : le séchage des herbes aromatiques demande 10 à 15 jours à 20 °C. Les tiges cassent net quand c’est prêt.
Ne taillez pas sévèrement en automne. Une coupe de rajeunissement tardive ouvre des plaies que l’humidité hivernale n’arrange pas — réservez-la à mars, juste avant le redémarrage. Et si vous montez un jardin d’aromatiques complet, réservez ces cinq-là au coin le plus sec et le plus caillouteux, celui où rien d’autre ne veut pousser.

L’astuce à retenir : plantez au sec, dans du gravier, sans terreau — et arrêtez d’arroser après trois semaines.
Oui, dans un pot en terre cuite de 25 cm minimum avec un tiers de gravier au fond. Comptez un arrosage tous les 8 à 10 jours en été, aucun en hiver.
La sarriette vivace, l’hysope et le thym encaissent -15 °C sans broncher. L’herbe à curry et le romarin rampant supportent -10 °C environ, à condition d’être en sol parfaitement drainé.
Neuf fois sur dix, le collet a été enterré à la plantation ou le paillis végétal retient l’humidité contre la base. Remontez le pied et remplacez par du minéral.
Ses brins parfument un plat pendant la cuisson, puis se retirent comme une feuille de laurier. On ne consomme pas le feuillage, trop coriace et amer.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.