Les graines anciennes sont-elles vraiment « interdites » en France ? La réalité est bien plus nuancée. La réglementation encadre la commercialisation des semences, pas leur usage personnel. Un jardinier peut semer toutes les variétés qu’il souhaite, du moment qu’il n’en fait pas le commerce.
Ce guide démêle les règles applicables en 2026 pour les amateurs et les agriculteurs professionnels, en s’appuyant sur le cadre légal officiel.
Le catalogue officiel des espèces et variétés de plantes cultivées a été créé en France en 1932. Il répertorie les variétés admises à la commercialisation sur le territoire national.
Aujourd’hui, ce catalogue recense près de 9 000 variétés pour 190 espèces cultivées : céréales, cultures oléagineuses, fourragères, légumes, vignes. L’Union européenne dispose de son propre catalogue, riche de plus de 40 000 variétés, alimenté par les catalogues nationaux de chaque État membre. Être inscrit au catalogue national d’un État membre suffit pour commercialiser dans toute l’Union européenne.
Pour être inscrite, une variété doit satisfaire à deux exigences (Ministère de l’Agriculture, 2021) :
Ce système protège les agriculteurs contre les promesses non tenues des vendeurs. Il garantit que les caractéristiques annoncées au catalogue ont été contrôlées de manière indépendante avant la mise en marché.
L’interdiction ne porte pas sur l’utilisation des graines anciennes, mais sur leur commercialisation sans inscription préalable au catalogue officiel.
En pratique :
« Les semences paysannes restent autorisées pour les amateurs » (Que Choisir, 2021). La restriction légale cible le commerce, pas la pratique jardinière ou agricole personnelle.
Cette clarification est fondamentale. Elle signifie que l’immense majorité des jardiniers qui ressèment leurs tomates anciennes, leurs courgettes de ferme ou leurs haricots de famille ne font rien d’illégal.
| Catégorie | Inscription au catalogue | Commercialisation | Usage personnel |
| Variétés modernes (hybrides F1) | Obligatoire, procédure complète | Libre si inscrites | Libre |
| Variétés de conservation (anciennes) | Procédure allégée possible | Petites quantités autorisées | Libre |
| Variétés paysannes / de ferme | Non requise pour usage interne | Don autorisé, vente interdite | Libre |
| Nouvelles techniques génomiques (NGT) | Réglementation UE 2024 en cours | Encadrée par règlement européen | À surveiller |
Variétés de conservation : une procédure d’inscription allégée existe depuis 2008. Elle s’appuie sur des données bibliographiques plutôt que sur des essais pluriannuels complets. De nombreuses variétés potagères anciennes ont pu être inscrites grâce à ce régime. Leur commercialisation est autorisée en petites quantités avec des conditions de conditionnement spécifiques.
Semences de ferme : les agriculteurs peuvent ressemer une partie de leur propre récolte pour la campagne suivante, pour certaines espèces uniquement (blé, orge, avoine, pois, colza). Des droits de licence sont dus aux obtenteurs des variétés utilisées. Pour le maïs et les hybrides F1, la ressemence n’est pas pertinente : la première génération ne reproduit pas les caractéristiques de la variété mère.
Hybrides F1 : la difficulté à ressemer n’est pas une interdiction légale, c’est une contrainte biologique. Ces variétés sont créées par croisement contrôlé de deux lignées pures. Leur vigueur hybride (meilleur rendement, uniformité) ne se transmet pas à la génération suivante.
Les variétés anciennes représentent un patrimoine génétique irremplaçable. Sélectionnées sur plusieurs décennies ou siècles, elles sont adaptées à des terroirs précis, à des conditions climatiques locales et à des usages culinaires spécifiques que les variétés modernes ne couvrent pas toujours.
Ce patrimoine intéresse directement les sélectionneurs et les instituts de recherche agronomique :
Réseau Semences Paysannes, jardins conservatoires et chambres d’agriculture s’accordent sur la nécessité de préserver et de diffuser ces variétés, dans le respect du cadre légal existant.
Pour les professionnels, les règles sont plus strictes que pour les jardiniers amateurs. En grande culture (céréales, oléagineux), l’obligation d’utiliser des semences certifiées de variétés inscrites s’applique dès que la production est destinée à la commercialisation.
L’utilisation de semences certifiées offre des avantages concrets pour l’exploitation :
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