La famille des Solanacées rassemble près de 3 000 espèces réparties dans toutes les régions du monde, avec une diversité particulièrement importante en Amérique du Sud. Elle présente un étonnant double visage : elle fournit certains de nos légumes les plus consommés, comme la pomme de terre, la tomate, l’aubergine, le poivron et le piment, mais comprend également des plantes redoutablement toxiques, telles que la belladone, la jusquiame ou la mandragore.
Les Solanacées occupent aussi une place importante dans les jardins d’ornement grâce aux pétunias, aux tabacs décoratifs, aux daturas, aux brugmansias et à plusieurs espèces de Solanum. Cette famille botanique mérite donc d’être connue, autant pour son intérêt alimentaire et décoratif que pour les précautions qu’imposent certaines de ses représentantes.
| Plante | Nom botanique | Utilisation | Partie remarquable | Précaution |
| Pomme de terre | Solanum tuberosum | Alimentaire | Tubercule | Écarter les parties vertes et les germes importants |
| Tomate | Solanum lycopersicum | Alimentaire | Fruit mûr | Feuillage non destiné à la consommation |
| Aubergine | Solanum melongena | Alimentaire | Fruit | À consommer suffisamment développé et cuisiné |
| Poivron et piment | Capsicum sp. | Alimentaire | Fruit | La capsaïcine peut être très irritante |
| Pétunia | Petunia sp. | Ornementale | Floraison | Ne pas consommer |
| Belladone | Atropa belladonna | Sauvage et médicinale | Baies noires | Plante hautement toxique |
Les Solanacées alimentaires ont mis du temps à s’imposer dans les assiettes européennes. Plusieurs espèces rapportées d’Amérique ont d’abord été considérées avec méfiance en raison de leur parenté avec des plantes toxiques déjà connues. Elles occupent aujourd’hui une place essentielle au potager et dans l’alimentation mondiale.
Contrairement à une confusion fréquente, la patate douce n’appartient pas aux Solanacées. Malgré son nom et son utilisation proche de celle de la pomme de terre, Ipomoea batatas fait partie des Convolvulacées.
Originaire de la cordillère des Andes, la pomme de terre est introduite en Europe au XVIe siècle. Elle demeure longtemps une curiosité botanique avant de devenir une culture alimentaire majeure.
En France, Antoine-Augustin Parmentier contribue largement à la faire connaître au XVIIIe siècle. Il met en avant ses qualités nutritives et son intérêt pour lutter contre les famines. La partie consommée est un tubercule souterrain, tandis que les feuilles, les tiges et les petits fruits verts ne sont pas comestibles.
La tomate fut elle aussi longtemps cultivée comme plante décorative. Ses fruits colorés suscitaient la méfiance et étaient parfois considérés comme dangereux en raison de leur appartenance à la même famille que la belladone.
Son ancien nom botanique, Lycopersicon esculentum, évoquait la « pêche des loups ». Elle est aujourd’hui classée dans le genre Solanum sous le nom de Solanum lycopersicum. Cerise, cœur de bœuf, allongée ou côtelée, elle présente désormais une immense diversité de formes et de couleurs.
L’aubergine, originaire d’Asie, est cultivée depuis très longtemps dans les régions tropicales et subtropicales. Elle se diffuse progressivement en Europe au Moyen Âge, notamment par le bassin méditerranéen.
Cette plante exige de la chaleur, une exposition ensoleillée et un sol fertile restant frais. Dans les régions aux étés courts, privilégiez une variété précoce comme l’aubergine ‘Violette de Barbentane’.
Les poivrons et les piments appartiennent au genre Capsicum. Un poivron est en réalité un piment sélectionné pour l’absence ou la très faible présence de capsaïcine, la substance responsable de la sensation de brûlure.
Après leur arrivée d’Amérique, les piments se sont rapidement répandus dans de nombreuses cuisines. Ils représentaient une alternative accessible au poivre, alors rare et coûteux en Europe.
Les Solanacées ne se limitent pas aux légumes. Elles offrent aussi de nombreuses plantes décoratives, souvent remarquables par leur floraison abondante ou parfumée :

Le Solanum rantonnetii, aujourd’hui classé parmi les Lycianthes, illustre la floraison étoilée typique de nombreuses Solanacées.
Les plantes de cette famille présentent des ports très variés. Il peut s’agir d’herbacées annuelles, de vivaces, d’arbustes, de grimpantes et plus rarement de petits arbres.
Les feuilles sont généralement alternes le long des tiges. Elles peuvent être simples, comme chez le tabac et le datura, ou découpées et composées, comme chez la tomate et la pomme de terre. Leur forme ne suffit donc pas, à elle seule, pour identifier la famille.
Les fleurs sont souvent solitaires ou réunies en grappes. Elles comportent habituellement cinq pétales soudés, qui forment une étoile chez la tomate ou une trompette chez le pétunia, le datura et le brugmansia.
La fleur est généralement hermaphrodite. Elle comporte un pistil entouré de cinq étamines attachées à la corolle. Le calice formé de cinq sépales soudés persiste parfois autour du fruit et peut devenir très décoratif, comme chez le physalis.
Le fruit est une baie charnue chez la tomate, l’aubergine, le poivron, le physalis ou la belladone. Chez le tabac et le datura, il prend la forme d’une capsule sèche renfermant de nombreuses graines.
Plusieurs Solanacées produisent des alcaloïdes qui protègent la plante contre les herbivores. Leur nature et leur concentration varient fortement d’une espèce à l’autre, mais aussi selon la partie de la plante, son degré de maturité et ses conditions de culture.
Il ne faut donc pas conclure que tous les membres de la famille sont dangereux. Les fruits mûrs de la tomate, de l’aubergine, du poivron et du piment sont couramment consommés. En revanche, les parties vertes de certaines espèces ne doivent pas être utilisées en cuisine.
Les parties vertes, les feuilles, les fruits et les germes de la pomme de terre peuvent présenter une concentration plus importante en glycoalcaloïdes, notamment en solanine et en chaconine. Une pomme de terre très verte, amère ou fortement germée doit être écartée.
Pour limiter le verdissement, conservez les tubercules dans un lieu frais, sec et à l’abri de la lumière. La cuisson ne permet pas de rendre sans risque un tubercule fortement verdi.
Le tabac contient de la nicotine, un alcaloïde toxique qui agit sur le système nerveux. Introduit à la cour de France au XVIe siècle, il fut d’abord présenté comme une plante médicinale, notamment pour tenter de soulager les migraines.
Les connaissances actuelles ont établi les risques majeurs liés à la consommation du tabac. La plante reste néanmoins cultivée dans certains jardins pour ses espèces ornementales, qui ne doivent pas être confondues avec un produit sans danger.

Les baies noires et brillantes de la belladone sont très toxiques et ne doivent jamais être consommées.
La belladone, Atropa belladonna, figure parmi les plantes toxiques les plus connues d’Europe. Son nom générique fait référence à Atropos, l’une des trois Moires de la mythologie grecque, chargée de couper le fil de la vie.
À la Renaissance, des préparations à base de belladone auraient été utilisées pour dilater les pupilles, un effet alors associé à certains critères de beauté. Cette pratique était particulièrement dangereuse. La plante contient notamment de l’atropine et de la scopolamine.
Bien que certains de ces composés soient employés en médecine à des doses précisément contrôlées, aucune partie de la belladone ne doit faire l’objet d’une préparation domestique. Ses baies brillantes peuvent attirer les enfants et présentent un risque sérieux d’intoxication.

La morelle douce-amère, commune dans les haies et les lieux humides, produit des baies rouges toxiques.
La présence d’une Solanacée ornementale n’est pas nécessairement problématique, mais certaines règles s’imposent lorsque le jardin est fréquenté par de jeunes enfants ou des animaux.
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