Faut-il séparer les rejets de vos artichauts maintenant que les têtes sont passées, ou patienter jusqu’au printemps ? La question divise les jardiniers, et pour une bonne raison : les deux fonctionnent, mais pas sous le même climat.
Un œilleton prélevé au mauvais moment pourrit dans un sol froid et détrempé. Prélevé au bon moment, il donne un plant productif dès la saison suivante.
Le critère décisif, c’est la température minimale de votre jardin, pas le calendrier. L’œilleton détaché doit émettre de nouvelles racines avant les gelées.
Il lui faut environ six semaines de sol encore tiède, autour de 14-15 °C en profondeur.
Si vous jardinez sur le littoral méditerranéen, dans le Sud-Ouest ou sur la façade atlantique jusqu’en Vendée, la fenêtre d’automne est la meilleure : les plants s’installent tranquillement et démarrent avec deux mois d’avance au printemps.
Au-dessus de la Loire, en altitude ou dans l’Est, c’est plus risqué. Un œilleton mal enraciné qui prend -8 °C est perdu.
| Critère | Division d’automne | Division de printemps |
|---|---|---|
| Période | Fin septembre à mi-octobre | Mi-mars à fin avril |
| Climat adapté | Hivers doux, gelées > -8 °C | Partout, surtout nord et est |
| Première récolte | Mai-juin suivant | Souvent l’année d’après |
| Risque principal | Pourriture du talon en sol lourd | Sécheresse de reprise en mai |
Prenez les rejets de 25 à 30 cm de haut, portant 3 ou 4 feuilles bien développées. Ni plus, ni moins.
Les tout petits rejets de 10 cm n’ont pas assez de réserves : ils stagnent six mois. Les très gros, eux, sont souvent déjà soudés au cœur du pied mère — en les arrachant, vous emportez une partie de la souche et vous blessez les deux. Un bon œilleton se détache avec un talon de racines de 4 à 5 cm, ferme et blanc nacré sous le pouce. Un talon brun ou spongieux, on le jette.
Sur un pied de 4 ans, vous trouverez facilement 4 à 6 rejets. Gardez-en deux en place pour renouveler la souche, prélevez les autres. C’est le même principe que la division des vivaces : on rajeunit en soulageant.
Le ‘Violet de Provence’ se prête particulièrement bien à l’opération d’automne, avec des rejets nombreux et bien individualisés. Le ‘Camus de Bretagne’, plus massif, produit moins d’œilletons mais plus vigoureux.
Dégagez d’abord la terre autour du pied avec les mains, sur 15 cm de profondeur, pour voir où l’œilleton se rattache à la souche. Ne tirez jamais le rejet : il casse au ras du collet et repart sans racines.
Oui, c’est salissant et un peu fastidieux quand le sol est humide. Mais vous obtenez en vingt minutes trois plants qui vaudraient 15 € en jardinerie.
Un œilleton d’automne demande un sol riche et surtout drainant. Incorporez deux poignées de compost mûr dans chaque trou de plantation, pas de fumier frais qui ferait pourrir le talon.
Arrosez une fois par semaine s’il ne pleut pas, 2 litres au pied, jusqu’aux premières gelées. Dès que les nuits passent sous 3 °C, installez 10 cm de paillage autour du collet — feuilles sèches, paille ou fougères.
Surveillez les limaces : elles raffolent des jeunes feuilles tendres et peuvent décapiter un œilleton en deux nuits humides.
Le signe que la reprise est réussie ? Une nouvelle feuille, petite et bien verte, qui sort du cœur dans les trois semaines.
Si rien ne bouge mais que le feuillage reste turgescent, patientez : la plante fabrique d’abord ses racines.

L’astuce à retenir : un œilleton de 25-30 cm avec un talon de racines de 4 cm, et rien d’autre.
Non, attendez qu’il ait au moins deux ans. Un jeune pied n’a pas encore constitué la souche nécessaire pour produire des rejets viables.
Quatre à cinq ans en moyenne, avec des têtes de plus en plus petites à partir de la troisième année. Diviser régulièrement permet de renouveler la planche sans jamais racheter de plants.
C’est l’option prudente en terre lourde ou en climat limite : un godet de 2 litres sous châssis froid, puis plantation en mars. La reprise est plus sûre, mais la récolte est décalée d’un an.
Pas forcément. Grattez légèrement le collet : s’il est ferme et clair, la souche est vivante et repartira au printemps.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.