Parmi les bolets « nobles », le cèpe des pins figure en bonne place. Sa rareté, son chapeau acajou et son parfum intense en font un trophée de cueillette… et une star en cuisine. Voici comment l’identifier sans se tromper, où le trouver, comment le préparer et le conserver pour profiter pleinement de ses qualités.
Remarque importante : En cas de doute lors de l’identification d’un champignon, vous pouvez demander conseil auprès d’un pharmacien.
Cèpe des pins : portrait et caractéristiques
Nom latin : Boletus pinophilus Noms communs : Cèpe des pins, Cèpe acajou, Cèpe des pins de montagne Famille : Bolétacées Comestibilité : Excellent comestible Cueillette : printemps – automne
Où et quand cueillir le cèpe des pins ?
Plutôt rare, le cèpe des pins fructifie au printemps (mai-juin) et en automne (septembre-novembre). Comme son nom l’indique, il pousse surtout en forêts de conifères (pins, épicéas), mais peut se rencontrer près de feuillus (hêtres, chênes) en altitude ou sur sols acides bien drainés. Cherchez en lisière, clairières, anciens layons et buttes moussues, après 20–40 mm de pluie suivis d’un redoux.
Périodes de récolte : printemps (mai-juin) et automne (sept.-nov.)
Lisse et souvent légèrement ridé, il porte une pruine blanchâtre chez les jeunes sujets (persistant au bord en vieillissant). Sa couleur acajou à brun-rouge profond lui vaut le surnom de « cèpe acajou ». Diamètre variable de 6 à 25 cm. Cuticule sèche par temps normal, un peu grasse après pluie.
Pied :
Large de 3 à 8 cm pour 5 à 15 cm de haut, ventru chez les jeunes, conservant une silhouette renflée à maturité. Teinte brune, souvent plus pâle vers le sommet. Réseau (maillage) fin et peu marqué, surtout dans le tiers supérieur.
Pied renflé (ventru jeune), brun plus ou moins foncé, réseau blanc à brunâtre discret
Tubes et pores :
Tubes fins et très serrés. Pores blancs chez les jeunes, devenant jaunes puis olivâtres avec l’âge. Ne bleuissent pas à la pression.
Chair :
Blanche et ferme, à parfum puissant de cèpe ; une fine zone brun rougeâtre juste sous la cuticule du chapeau. Saveur douce, jamais amère.
Boletus pinophilus : confusions possibles
Cèpe de Bordeaux (B. edulis) – comestible : chapeau plus clair, liséré blanc au bord, périodes surtout automnales en plaine.
Bolet amer (Tylopilus felleus) – immangeable : chapeau chamois très clair, pores roses à maturité, réseau du pied beaucoup plus marqué. Une simple lamelle peut rendre un plat amer.
Méthode : recoupez chapeau acajou + pruine juvénile + pores blancs→olivâtres + réseau discret + parfum de cèpe. En cas d’hésitation, abstenez-vous.
Conseils de cueillette responsable
Préférez une coupe nette au couteau et rebouchez le trou pour protéger le mycélium.
Évitez bords de routes et zones traitées (accumulation de polluants).
Transportez en panier aéré ; bannissez les sacs plastiques.
Ne prélevez que des sujets sains et laissez les très jeunes ou trop vieux spécimens.
Comment cuisiner le cèpe des pins ?
Nettoyage : brosse/pinceau pour les pores ; linge humide pour le chapeau et le pied. Rinçage bref seulement si très sale.
Préparation : ôtez parties abîmées et base terreuse ; tranchez les chapeaux (5–6 mm), rondelles pour les pieds, ou brunoise selon la recette.
Cuisson : poêlée beurre/huile d’olive jusqu’à évaporation de l’eau de végétation ; salez en fin de cuisson. Idées : risotto, velouté, œufs brouillés, farce de volailles, sauces à la crème et échalote, tartes et fricassées.
Astuce chef : déglacez au vin jaune (ou vin blanc sec) et finissez au beurre noisette + persil plat.
Comment conserver le cèpe des pins ?
Le séchage concentre arômes et prolonge la conservation
Cueilli jeune et ferme, Boletus pinophilus se prête très bien à la dessiccation :
Préparez comme pour la cuisson, puis coupez en tranches de 5–6 mm.
Au four : 50 °C, porte entrouverte, sur grille + papier cuisson, jusqu’à texture craquante.
En chapelets : enfilez les morceaux au fil et suspendez dans un local sec et ventilé.
Stockez en bocaux hermétiques plusieurs mois voire années. Pour réutiliser, réhydratez 15 min dans de l’eau tiède (ou lait). Filtrez et gardez le liquide d’infusion pour risotto, sauces et jus corsés. Pour une conservation courte, placez au réfrigérateur dans un torchon sec ou une boîte aérée (24–48 h). La congélation est possible après sueur à sec 2–3 min et refroidissement, mais la texture reste inférieure au séchage.
Valeur culinaire & accords
Profil : chair ferme, arômes de noisette et sous-bois, goût long en bouche.
Vins : blancs secs (chardonnay jurassien, savagnin, bourgogne aligoté), rouges légers (pinot noir), vin jaune pour les sauces.
Erreurs fréquentes à éviter
Laver abondamment sous l’eau : le cèpe se gorge et perd en saveur.
Confondre avec le bolet amer : vérifiez toujours la couleur des pores (jamais roses chez les bons cèpes) et goûtez un micro-fragment cuit en cas de doute.
Cuire trop fort : privilégiez une cuisson progressive pour évaporer l’eau sans dessécher.
FAQ – vos questions
Le cèpe des pins est-il plus parfumé que le cèpe de Bordeaux ?
Il offre un nez souvent plus marqué (noisette, sous-bois) et tient mieux à la poêle grâce à sa chair ferme.
Doit-on retirer les pores ?
Inutile sur jeunes sujets. Sur specimens très mûrs, ôter les pores devenus spongieux améliore la tenue en cuisson.
Peut-on le manger cru ?
Comme tous les cèpes, il peut être dégusté cru en fines lamelles si parfaitement sain et très jeune. Restez modéré et assaisonnez à l’huile d’olive, citron, fleur de sel.
La pruine blanchâtre signifie-t-elle qu’il est toxique ?
Non. Cette pruine juvénile est un indice d’identification et disparaît en grande partie en grandissant.
Quels indices de terrain pour le repérer ?
Lisières de pins, mousses épaisses, buttes acides, après pluie puis redoux (5–10 jours). Cherchez tôt le matin.
Écrit par Christophe Dutertre | Diplômé en aménagement paysager et amoureux des jardins, Christophe vous accompagne dans cette passion qui nous réunit. Découvertes, conseils pratiques et écologie sont au programme.