Les cagettes sont pleines, et pourtant. Des pommes qui tiennent dans le creux de la main, 55 mm à peine, deux fois trop de pépins pour la chair disponible.
Le pommier a donné en quantité, pas en qualité. Ce déséquilibre ne se corrige pas au moment de la cueillette : il s’est joué quatre mois plus tôt, sur une fenêtre de trois semaines que la plupart des jardiniers laissent passer sans y toucher.
Pesez et mesurez. Si la majorité de vos pommes plafonne sous 6 cm de diamètre alors que la variété devrait en faire 70 à 80, l’arbre était surchargé.
Un pommier adulte peut nouer 600 à 800 fruits. Il n’a de quoi en mûrir correctement que 200 à 300, parce qu’il faut 30 à 40 feuilles pour alimenter une seule pomme jusqu’au bout.
Le reste se partage une ration insuffisante. Et pendant que ces fruits trop nombreux pompent les réserves, l’arbre n’en constitue plus pour former ses bourgeons à fleurs de l’année suivante.
C’est l’alternance : une année écrasée de petits fruits, une année quasi vide.
Certaines variétés y sont beaucoup plus sensibles que d’autres. ‘Reine des Reinettes’ et ‘Belle de Boskoop’ alternent facilement ; ‘Golden Delicious’ ou ‘Elstar’ produisent plus régulièrement mais font des fruits médiocres si on les laisse tout garder. Notez dès cet automne quels arbres ont donné petit : ce sont eux qu’il faudra éclaircir en priorité. Un coup d’œil à les variétés de pommes vous dira si la vôtre est réputée alternante.
Le repère n’est pas une date, c’est un événement. Fin mai à mi-juin selon les régions, le pommier laisse tomber spontanément une partie de ses fruits : c’est la chute physiologique, son propre tri.
Attendez qu’elle soit terminée — comptez 10 à 15 jours après les dernières chutes — puis éclaircissez.
Les fruits restants ont alors la taille d’une noix, 20 à 25 mm. C’est le moment.
Cette contrainte de date vaut aussi pour les autres fruitiers à pépins. Le poirier suit la même logique, à quelques jours près.
Les pommes poussent par groupes de 4 à 6 sur un même point. Vous n’en gardez qu’une, la plus grosse et la mieux formée, celle dont le pédoncule est droit et la peau sans marque de grêle ni piqûre.
Pincez les autres entre le pouce et l’index et tournez d’un quart de tour. Elles se détachent sèchement.
N’arrachez jamais en tirant vers le bas : vous emporteriez le petit rameau court qui refleurira l’an prochain.
Oui, c’est fastidieux. Sur un arbre de 4 mètres, comptez une bonne heure et une sensation désagréable de gâchis.
Mais la différence se voit dès la cueillette suivante.
Ramassez les pommes tombées au sol et sortez-les du verger. Elles hébergent les larves de carpocapse et les spores de tavelure qui contamineront les jeunes fruits au printemps — autant de pommes que vous devrez éliminer à l’éclaircissage.
Griffez ensuite un apport de matière organique sur la projection au sol des branches, sur 15 cm de large minimum. Un arbre correctement nourri porte moins souvent le réflexe de surcharge. Au redémarrage de la végétation, un coup de sang desséché à raison de 150 g par mètre de circonférence de frondaison soutiendra la formation des fruits.
Enfin, marquez la fenêtre dans votre calendrier maintenant, tant que le souvenir des petites pommes est frais. Les autres gestes de saison sont détaillés dans l’entretien du pommier, et si vos fruits sont malgré tout de petit calibre, la conservation des pommes reste possible — les petits calibres se gardent même un peu mieux.

L’astuce à retenir : une pomme par bouquet, tous les 10-15 cm, deux semaines après la chute naturelle des fruits.
Entre 50 et 70 % des fruits noués, selon la charge. Un arbre qui portait 600 pommes doit en garder 200 à 250 pour donner du calibre.
Non, le poids total récolté reste comparable, voire supérieur. Vous obtenez moins de fruits mais nettement plus gros, et surtout une récolte qui revient chaque année.
Le gain de calibre sera faible, car la division cellulaire du fruit est terminée. En revanche, cela soulage l’arbre et améliore ses chances de refleurir l’année suivante.
Oui, et sévèrement : laissez 5 à 10 fruits maximum les deux premières années de production. L’arbre doit d’abord construire sa charpente et ses racines.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.