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Thrips du poireau : un minuscule ravageur qui fait de gros dégâts

Thrips poireau

Les thrips sont des insectes parasites petits mais ravageurs. Ils piquent les cellules des végétaux pour s’en nourrir. Parmi les nombreuses espèces, le thrips du poireau s’avère être la cause d’importants dégâts sur le feuillage. Les poireaux bénéficient d’un rendement moindre et sont de moins bonne qualité visuelle. Comment repérer une attaque de thrips sur les poireaux ? Comment prévenir l’apparition de cet insecte ?

Cycle de vie et biologie du thrips du poireau

Le thrips du poireau (Thrips tabaci) est un insecte de l’ordre des Thysanoptères qui mesure entre 0.8 et 1.2 mm. Autant dire qu’il est difficile à repérer à l’œil nu, d’autant plus qu’il se déplace rapidement. Pourvus d’ailes frangées, les thrips aspirent le contenu des cellules végétales des feuilles de poireaux qu’ils piquent.

  • Ils hibernent dans le sol, assez proche de la surface. Au printemps, souvent autour du mois de mai, dès que les températures atteignent 11 °C, mâles (nettement moins nombreux) et femelles sortent de leur léthargie hivernale.
  • Leur reproduction est parthénogénique, c’est-à-dire sexuée ou asexuée. La femelle peut pondre environ une centaine d’œufs sous l’épiderme des feuilles.
  • Après une à deux semaines, les larves éclosent et se nourrissent des jeunes feuilles de poireaux, puis se laissent tomber au sol pour se nymphoser. De nouveaux adultes naissent et le cycle recommence.
  • Jusqu’à quatre générations de thrips du poireau peuvent se succéder dans une saison.

La période la plus critique va de fin juillet à début septembre.

 

Thrips tabaci sur poireau

Le thrips du poireau (Thrips tabaci) est minuscule (moins de 1,5 mm) et se repère surtout grâce aux symptômes sur le feuillage

 

 

Conditions favorables :

  • En-dessous de 13 °C, les thrips du poireau ne se reproduisent pas et se contentent de piquer pour se nourrir, ce qui provoque peu de dégâts.
  • En revanche, au-dessus de 13 °C, ils s’activent, se reproduisent et les dégâts s’amplifient.
  • Les étés chauds et secs accentuent leur prolifération car les températures élevées et une hygrométrie basse favorisent leur développement. À l’inverse, des conditions froides au printemps ralentissent fortement leur installation, et une forte humidité estivale peut provoquer une mortalité importante.

Comment repérer les symptômes d’une attaque ?

Les premiers signes sont discrets, mais caractéristiques. Le plus souvent, on les observe d’abord sur les feuilles externes, puis l’attaque progresse vers le cœur si rien ne freine la population.

  • Petites taches argentées ou blanchâtres sur les feuilles, parfois comme “dépolies”.
  • Rayures parallèles sur les zones attaquées, typiques d’un insecte qui racle et aspire les cellules.
  • Dessèchement progressif des extrémités (les pointes brunissent puis se nécrosent).
  • Croissance ralentie, fût peu développé et feuillage plus “fatigué”.
  • Minuscules insectes mobiles visibles en écartant les feuilles au cœur du plant, surtout tôt le matin ou par temps couvert (ils se cachent en plein soleil).

Les attaques sont plus fréquentes en fin d’été et en automne, lorsque le temps est chaud, sec, et que les poireaux sont bien développés.

Les dégâts sur les poireaux

Invisible à l’œil nu, une attaque de thrips du poireau se détecte à plusieurs symptômes et conséquences agronomiques.

 

Dégâts de thrips sur poireau

Taches argentées et dessèchement : les thrips réduisent la surface foliaire utile et pénalisent le calibre

 

  • Taches allongées blanchâtres à argentées visibles sur les feuilles, souvent le long de la nervure centrale, avec un aspect “argenté”.
  • Nécrose du bout des feuilles, dessèchement général du feuillage lorsque l’attaque est forte.
  • Excréments noirs ponctiformes sur les feuilles, parfois visibles à la loupe.
  • Perte de qualité : poireaux moins beaux, feuillage marqué, fût plus fin ou moins long, et tri plus important à la récolte.

Les thrips du poireau augmentent aussi le risque de maladies (par exemple l’alternariose) car les piqûres et micro-blessures fragilisent les tissus.

Traitement préventif

Les pièges chromatiques englués bleus permettent d’évaluer l’intensité des vols qui ont lieu de mai à septembre. Ils servent à surveiller et à déclencher les gestes de prévention au bon moment. Sinon, plusieurs mesures préventives peuvent être appliquées pour limiter les risques. L’idée est simple : rendre la culture moins favorable aux thrips, et favoriser leurs ennemis naturels.

  • Arroser régulièrement par aspersion les poireaux permet de déloger une partie des larves et des adultes (mais pas les œufs). Cette pratique est surtout intéressante en période chaude et sèche, au moment où les thrips s’installent.
  • Travailler le sol (binage, buttage raisonné) limite la nymphose au sol et perturbe une partie du cycle. Le binage a aussi l’intérêt d’aérer le sol et d’éviter la concurrence des adventices.
  • Respecter une rotation de 3 à 4 ans pour le poireau, mais aussi pour les oignons, également cibles du thrips.
  • Introduire ou favoriser la venue d’auxiliaires (punaises prédatrices, chrysopes, coccinelles, syrphes, carabes). Plus le jardin est diversifié (haies, bandes fleuries, refuges), plus la régulation naturelle est efficace.
  • Poser un voile anti-insectes sur la parcelle de poireaux. Comme pour la mineuse, le filet est surtout utile en prévention, et il doit être bien plaqué au sol pour éviter toute entrée.
  • Pulvériser des nématodes Steinernema feltiae sur le feuillage. Cette piste est parfois utilisée en protection biologique, en conditions adaptées (application à l’ombre, feuillage humide, renouvellement), car l’efficacité dépend beaucoup de l’environnement.

 

Prévenir les thrips du poireau par protection

Protection, arrosages et auxiliaires : la combinaison de mesures reste la meilleure stratégie

 

Que faire en cas d’infestation ?

Le bon réflexe : intervenir tôt, au début de l’attaque. Quand les thrips sont très nombreux et bien installés dans le cœur du plant, il devient difficile de les atteindre. 🌿 Traitements naturels et bio

  • Pulvérisations de savon noir dilué (5 % max), 1 fois par semaine. Bien mouiller le feuillage, en insistant sur les zones abritées. Évitez les pulvérisations en plein soleil.
  • Macération d’ail ou de tanaisie en pulvérisation : elles peuvent contribuer à gêner l’installation, surtout en alternance avec d’autres pratiques.
  • En bio, des produits à base de spinosad existent, mais en dernier recours : ils peuvent impacter des insectes utiles. Leur utilisation doit rester exceptionnelle et ciblée.

🧹 Hygiène et entretien

  • Retirez les feuilles fortement atteintes (surtout si elles se dessèchent) afin de réduire l’abri et la nourriture disponibles.
  • Évitez de laisser des déchets de récolte au sol, surtout en fin de saison.
  • Ne compostez pas les parties infestées sans compostage à chaud, pour ne pas conserver des stades du ravageur.

Conseils du jardinier – FAQ

  • Les thrips rendent-ils le poireau inconsommable ?
    Non. Le poireau reste comestible, mais le feuillage est abîmé et le fût peut être moins développé. Un parage (retirer les feuilles externes marquées) suffit le plus souvent.
  • Faut-il traiter systématiquement ?
    Non. Tant que l’attaque reste faible, les pratiques culturales (arrosage, rotation, filets, auxiliaires) suffisent. Un traitement n’a d’intérêt que si les symptômes progressent rapidement et que la culture est menacée.
  • La variété de poireau a-t-elle un impact ?
    Oui, certaines variétés plus rustiques ou tardives sont parfois moins sensibles. Dans tous les cas, une culture vigoureuse (sol riche, arrosage régulier, paillage) encaisse mieux les attaques.
  • Les thrips sont-ils dangereux pour d’autres plantes ?
    Oui, selon les espèces. Mais le thrips du poireau reste très lié aux alliacées (poireau, oignon, ail, échalote), même si des confusions existent avec d’autres thrips plus polyphages.
  • Comment éviter le “cercle vicieux” d’une année sur l’autre ?
    Rotation de 3 à 4 ans, suppression des résidus, surveillance dès le printemps, et maintien d’un jardin accueillant pour les auxiliaires : ce sont les clés les plus fiables sur le long terme.

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©darydd, ©Tomasz Klejdysz, ©RuudMorijn Photographer


Écrit par Pascale Bigay | L'écriture a ponctué la vie de Pascale. Tout comme la nature, la botanique, le jardinage... C'est pourquoi à travers ses mots, elle vous fait partager ses expériences et ses découvertes de jardinage, ses plantations de vivaces ou d'arbustes, ses recettes du potager, la vie de ses poules...