La teigne du poireau : dégâts, solutions et traitement
Le poireau est relativement sensible aux attaques de ravageurs. La teigne du poireau appartient à cette catégorie d’ennemis qu’il faut savoir reconnaître pour mieux combattre. D’autant qu’elle est souvent confondue avec la mouche mineuse du poireau ou même la mouche de l’oignon.
La teigne, un petit papillon de nuit
La teigne du poireau est un petit papillon nocturne discret. Ce sont surtout ses larves (chenilles) qui font les dégâts
La teigne du poireau est un petit papillon nocturne d’environ 15 mm d’envergure (un lépidoptère). L’adulte se voit peu car il vit la nuit et reste caché le jour. Les dégâts sont dus aux larves, de fines chenilles verdâtres, qui creusent des galeries à l’intérieur des feuilles puis du fût.
L’adulte vole au crépuscule et la nuit, et se dissimule le jour dans la végétation.
La femelle pond ses œufs sur les feuilles (souvent près de la base, dans les zones abritées).
Les larves pénètrent dans les feuilles, puis descendent progressivement vers le fût en se nourrissant des tissus.
La chenille de la teigne, blanchâtre à verdâtre, creuse des galeries qui finissent par fragiliser tout le plant
On reconnaît ce lépidoptère à son corps brun. Ses ailes, très allongées, sont brun grisâtre et tachetées de noir. Deux taches blanches se distinguent sur les ailes antérieures, alors que les ailes postérieures sont plus grises.
Quant à la chenille (environ 13 mm), elle est blanc jaunâtre à verdâtre.
Son corps est parsemé de points noirs et de bandes claires. Sa tête est ocre.
Quelques poils recouvrent son corps.
Plantes hôtes et confusions fréquentes
La teigne du poireau s’attaque à toutes les alliacées : poireau, ail, oignon, échalote, ciboulette, et même parfois des hémérocalles au jardin d’ornement. C’est pour cela qu’on peut la confondre avec la mineuse du poireau (Phytomyza gymnostoma) ou la mouche de l’oignon (Delia antiqua), qui provoquent des dégâts parfois proches.
Comment faire la différence sur le terrain ?
Teigne : dégâts surtout liés à une chenille qui creuse des galeries et laisse souvent des zones “vidées” et des perforations. Les feuilles peuvent se trouer, puis le fût est attaqué.
Mineuse : piqûres de nutrition (petits points blancs) puis galeries typiques dues aux larves. La présence de pupes peut se retrouver dans le plant. (Voir : mineuse du poireau.)
Mouche de l’oignon : symptômes souvent plus marqués au niveau du bulbe (selon la plante), jaunissement et pourritures. (Voir : mouche de l’oignon.)
Le cycle de vie de la teigne du poireau
La teigne du poireau passe l’hiver bien à l’abri dans des tas de feuilles mortes, de branchages ou sous des écorces. Elle peut aussi hiverner à l’état de pupe dans un poireau non récolté.
Le premier vol intervient en avril-mai, dès que les températures nocturnes avoisinent 12 °C. Après l’accouplement, la femelle (qui vit un peu plus d’un mois) pond des centaines d’œufs qu’elle dépose sur les feuilles le soir.
Une dizaine de jours après, les larves naissent. C’est à cette étape que les dégâts sont les plus importants. Elles s’attaquent d’abord à la partie supérieure des feuilles qui jaunissent vite, puis s’enfoncent dans le fût.
Repue, la chenille se nymphose dans un cocon fusiforme clair et lâche posé sur les feuilles, ce qui donnera naissance à une nouvelle génération.
La teigne hiverne à l’abri, puis les vols se succèdent du printemps à la fin de l’été
Finalement, trois générations peuvent se succéder dans l’année et trois vols s’observent généralement :
avril-mai (premier vol),
juin à fin juillet,
fin août à septembre.
Ensuite, le papillon (ou la pupe) hiverne en octobre. Ce sont surtout les deux dernières générations qui provoquent le plus de dégâts, car elles coïncident avec des poireaux déjà bien développés et des conditions souvent favorables.
Symptômes et dégâts
Trous, galeries et zones décolorées : les premiers indices apparaissent souvent sur les feuilles avant d’atteindre le fût
Souvent, le premier signe d’une attaque de teigne du poireau réside dans l’apparition de trous et de galeries sur ou sous les feuilles.
Le feuillage peut se couvrir de taches claires, parfois légèrement feutrées, puis s’étiole.
Ensuite, les chenilles atteignent le fût du poireau qu’elles rongent. Cela favorise les pourritures et peut occasionner la mort de la plante. Même lorsque le poireau survit, sa croissance est ralentie, son calibre diminue et la récolte perd en qualité.
Traitement préventif
Comme souvent, la prévention et le respect de bonnes pratiques permettent de limiter, voire d’empêcher les infestations. L’objectif est double : empêcher les pontes et casser le cycle avant l’installation des générations successives.
Le filet anti-insectes posé sur arceaux reste l’un des moyens les plus fiables pour empêcher les pontes
Poser un filet anti-insectes dès le mois de mai : c’est l’une des protections les plus efficaces, car elle empêche la ponte. Choisissez une maille très fine, posez le filet sur des arceaux (sans contact avec le feuillage) et veillez à l’étanchéité au sol. Laissez-le en place jusqu’en octobre si la pression est forte. Cette protection aide aussi contre la mineuse du poireau.
Installer des pièges à phéromones : ils attirent les mâles, limitent l’accouplement et permettent de surveiller le démarrage des vols (utile pour déclencher les autres mesures au bon moment).
Pour éviter une infestation dès le premier vol, et donc l’installation de 2 à 3 générations, vous pouvez repiquer de jeunes plants après le mois de juin dans certaines stratégies (cela ne remplace pas la protection, mais peut réduire le risque selon les régions et les calendriers).
Associer carottes et poireaux : les carottes intercalées entre les rangs de poireaux peuvent perturber les ravageurs. Et dans l’autre sens, les poireaux peuvent éloigner les mouches de la carotte. Vous pouvez aussi planter des aromatiques à forte odeur autour de la parcelle : fenouil, céleri, lavande, serpolet…
Le compagnonnage odorant brouille les repères, mais fonctionne mieux s’il est combiné à une protection physique
Pulvériser du purin de tomates : l’odeur peut jouer un rôle répulsif. À l’inverse, le purin d’ortie est souvent cité comme pouvant attirer, donc à éviter dans ce contexte.
Respecter la rotation des cultures, surtout pour les poireaux d’hiver, afin de limiter l’installation durable du ravageur sur une zone.
Nettoyer la parcelle : supprimer les débris, ne pas laisser de poireaux “oubliés” en place, éviter les tas de résidus proches de la culture (zones d’hivernage).
Des grains de poivre au fond du trou de plantation : pratique parfois citée, mais à considérer avec prudence. Les méthodes fiables restent la protection et la surveillance.
Traitement curatif
Si l’infestation est réelle et les chenilles bien installées, il reste possible de limiter les dégâts, mais il faut intervenir avant que la larve ne pénètre dans le cœur du poireau.
Pulvériser du purin de rhubarbe, de prêle ou du purin d’absinthe sur le feuillage des poireaux, en insistant sur les jeunes feuilles (zones où les chenilles démarrent).
Pulvériser du Bacillus thuringiensis : cette bactérie utilisée en agriculture biologique cible les larves de lépidoptères. Elle est surtout efficace précocement, sur de jeunes chenilles, et doit être appliquée de façon régulière en période de pression.
Si les chenilles ont déjà atteint le fût, il ne vous reste souvent qu’à couper les poireaux. Les feuilles supérieures peuvent repousser, mais la récolte sera plus légère et le calibre souvent moindre.
Conseils du jardinier – FAQ
Quand la teigne du poireau attaque-t-elle le plus ? Principalement entre avril-mai et septembre, lors des vols successifs. Les dégâts les plus marqués sont souvent liés aux générations d’été et de fin d’été.
Peut-on consommer un poireau attaqué ? Oui, après avoir retiré les parties abîmées et vérifié l’absence de pourriture. Si le fût est fortement rongé et humide, mieux vaut écarter le plant.
Quelle différence avec la mineuse du poireau ? La teigne est un papillon : ce sont des chenilles qui rongent et perforent. La mineuse est une mouche : ses larves creusent des galeries typiques et on observe souvent des piqûres de nutrition et des pupes. En cas de doute, comparez les symptômes avec la fiche mineuse du poireau.
Les variétés de poireaux sont-elles toutes sensibles ? La plupart le sont. Certaines variétés hâtives peuvent “échapper” partiellement si elles sont récoltées avant les pics de pression. Quoi qu’il arrive, une culture vigoureuse (arrosage régulier, sol riche, paillage) résiste mieux.
Les pièges à phéromones suffisent-ils à protéger ? Ils aident beaucoup à surveiller et à réduire les accouplements, mais ils donnent de meilleurs résultats lorsqu’ils sont combinés à un filet anti-insectes et à une bonne hygiène de culture.
Écrit par Pascale Bigay | L'écriture a ponctué la vie de Pascale. Tout comme la nature, la botanique, le jardinage... C'est pourquoi à travers ses mots, elle vous fait partager ses expériences et ses découvertes de jardinage, ses plantations de vivaces ou d'arbustes, ses recettes du potager, la vie de ses poules...