Un morceau de gingembre oublié dans le bac à légumes, et voilà qu’un petit bourgeon vert pointe sur un des doigts du rhizome. Le réflexe est immédiat : le planter dans un pot, le mettre près du radiateur, et espérer une récolte.
L’automne semble même un bon moment, la maison est chauffée, la lumière encore correcte. Sauf que ce bourgeon ne donnera rien avant de longs mois.
La logique paraît imparable. Le gingembre du commerce est un rhizome vivant, pas une graine morte.
Il porte des yeux, comme une pomme de terre. Dès qu’un de ces yeux gonfle et verdit, on en déduit que la plante est prête à repartir.
Beaucoup de jardiniers tentent donc la plantation en pot à l’intérieur dès les premiers froids, en se disant que la chaleur du salon suffira. Les semaines passent.
Le bourgeon reste figé, parfois il s’allonge de 2 ou 3 cm puis s’arrête net. Au bout de deux mois, le rhizome se ramollit et finit à la poubelle.
Un bourgeon visible signale seulement que la dormance est levée, pas que les conditions de croissance sont réunies. Ce sont deux choses différentes, et c’est exactement là que la croyance dérape.
Elle vient de la pomme de terre et du topinambour, deux cultures où un tubercule germé planté en terre donne effectivement une plante. Le raccourci est tentant.
Elle vient aussi des sachets vendus en jardinerie sous l’étiquette « gingembre à planter », qui n’indiquent presque jamais la température de sol nécessaire. Et des photos de pousses spectaculaires prises sous serre tropicale ou en Floride, où le rhizome passe l’année entière à plus de 25 °C.
Dernier point, rarement dit : certains lots importés sont traités après récolte pour retarder la germination. Un rhizome qui refuse obstinément de bourgeonner n’est pas forcément mort — il a pu être freiné chimiquement.
Choisir du gingembre bio réduit ce risque.
Le gingembre commun (Zingiber officinale) démarre sa végétation quand le substrat se maintient entre 22 et 28 °C, jour et nuit. Pas l’air ambiant : le substrat. Dans une pièce chauffée à 19 °C, un pot posé au sol stagne souvent à 16-17 °C au niveau des racines.
Ajoutez le temps de culture : il faut 8 à 10 mois entre la plantation et un rhizome exploitable. Une mise en végétation à l’entrée de l’hiver signifie une récolte en plein été suivant, avec six mois de faible lumière à traverser. Le rhizome puise dans ses réserves, s’épuise, puis pourrit.
La bonne fenêtre, c’est entre fin février et mi-avril, sur un tapis chauffant ou dans une véranda. Quelques espèces apparentées s’en sortent mieux chez nous : le mioga (Zingiber mioga) tient jusqu’à -10 °C en pleine terre, mais on y récolte les boutons floraux, pas le rhizome.
Puisqu’il ne poussera pas, autant qu’il reste ferme et parfumé jusqu’au printemps. Trois méthodes, selon l’usage.
Le test de fraîcheur est tactile : la peau d’un rhizome sain se gratte à l’ongle et laisse apparaître une chair jaune pâle, ferme, qui résiste au couteau. Molle et spongieuse, il est fichu. Si vous gardez un doigt pour le printemps, prévoyez un pot large de 30 cm minimum et un terreau potager et plantes aromatiques bien drainant.
Oui, l’erreur la plus fréquente est de faire bouillir le gingembre à gros bouillons pendant 20 minutes. Le résultat devient âpre et brûlant, sans finesse.
Comptez 3 à 4 cm de rhizome, soit environ 15 g, taillés en tranches fines de 2 mm, pour 250 ml d’eau à 90 °C, et laissez infuser 10 minutes à couvert. Le couvercle retient les composés volatils qui, sinon, s’évaporent avec la vapeur. Inutile de peler si le gingembre est bio : un simple brossage suffit.
Pour les soirs d’automne, trois associations qui fonctionnent vraiment : une rondelle de citron ajoutée en fin d’infusion, une cuillère de miel une fois la tasse tiédie, ou quelques feuilles de menthe fraîche pour adoucir le piquant. Les usages traditionnels du gingembre et ses précautions d’emploi méritent un coup d’œil, notamment en cas de traitement anticoagulant.

L’astuce à retenir : gardez le rhizome entier et non pelé au froid, plantez-le seulement au printemps.
Oui, si le rhizome est bio et porte des yeux bien formés. Attendez fin février à mi-avril et un substrat maintenu entre 22 et 28 °C.
Environ 3 semaines, entier et non pelé, dans un sac papier au bac à légumes. Entamé, il se ride en 4 à 5 jours : filmez la coupe.
Non, pas s’il est bio : un brossage sous l’eau froide suffit et la peau concentre une partie des arômes. Pelez-le s’il est d’origine inconnue.
Non, Zingiber officinale gèle dès 0 °C. Seul le mioga (Zingiber mioga) résiste au froid en pleine terre, jusqu’à environ -10 °C.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.