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Les altises au potager : les reconnaître, limiter les dégâts et s’en débarrasser en été

Feuilles de radis criblées de petits trous ronds par les altises dans un potager d'été ensoleillé

Des feuilles criblées de petits trous ronds, comme perforées à l’emporte-pièce. Un nuage minuscule qui gicle dès que vous vous penchez sur la planche.

Les altises sont parmi les ravageurs les plus visibles du potager d’été, et aussi parmi les plus mal traités : la plupart des jardiniers pulvérisent alors qu’un simple arrosoir aurait suffi. Voici comment les identifier avec certitude, comprendre leur cycle, et surtout choisir la méthode qui correspond vraiment à votre situation.

Reconnaître une altise sans se tromper

L’insecte mesure 1,5 à 3 mm. Corps ovale, luisant, souvent noir métallique, parfois bronze ou bleuté selon l’espèce.

Le signe qui ne trompe pas : elle saute. Approchez la main d’une feuille attaquée et vous verrez une dizaine de points noirs détaler d’un coup, comme des puces.

Ce bond spectaculaire vient de fémurs postérieurs très épais. Une altise peut franchir 30 à 40 cm d’un seul saut.

Les espèces les plus fréquentes au potager français :

  • Phyllotreta nemorum et P. undulata : noires avec une bande jaune sinueuse sur chaque élytre. Spécialistes des crucifères — radis, navet, roquette, moutarde, chou-rave.
  • Phyllotreta atra : entièrement noir brillant, mêmes cultures.
  • Epitrix : brun clair, s’attaque aux solanacées — pomme de terre, aubergine, physalis.
  • Psylliodes chrysocephala : altise d’hiver du colza, bleu-vert sombre, plutôt active en automne.

Les dégâts eux-mêmes sont caractéristiques. Trous ronds de 1 à 2 mm, traversants ou en cratère (l’épiderme de la face inférieure reste intact, formant une petite fenêtre translucide). Rien à voir avec les morsures irrégulières des limaces, ni avec les taches brunes cerclées d’un champignon en été. Pas de bave, pas d’auréole jaune, pas de duvet.

Quelles cultures sont réellement menacées

Toutes les plantes ne sont pas égales devant les altises. La règle : plus le semis est jeune, plus le risque est réel.

Un radis ‘Flamboyant 5’ au stade cotylédon peut disparaître en quatre jours. Le même radis avec quatre vraies feuilles encaisse 30 % de surface perforée sans perte de calibre.

Voilà pourquoi une planche criblée n’est pas forcément une planche perdue.

Les cultures les plus exposées en fin d’été :

  • Radis d’automne et navets semés en août
  • Roquette et moutarde ‘Red Giant’ — les altises en raffolent
  • Jeunes plants de chou-rave, chou chinois, pak-choï
  • Semis de roquette et cerfeuil de début d’automne
  • Solanacées en pot, surtout sur terrasse sèche et chaude

Ce qu’on oublie souvent : les larves. Chez la plupart des Phyllotreta, elles vivent dans les 5 premiers centimètres du sol et rongent les radicelles.

Invisible. Un semis qui stagne sans raison apparente, alors que le feuillage est à peine touché, cache parfois une population larvaire.

Sur les navets et radis noirs, certaines espèces creusent des galeries superficielles dans la racine. La récolte reste consommable, mais l’aspect en souffre.

Le cycle : pourquoi la fin d’été concentre les attaques

Les adultes passent l’hiver cachés sous les débris végétaux, dans les haies, sous une couche de feuilles mortes ou dans les 3 premiers centimètres du sol. Ils sortent dès que la température dépasse 15 °C au printemps, entre mi-mars et mi-avril selon les régions.

Première génération : ponte au sol au pied des crucifères, larves pendant 3 à 4 semaines, nymphose dans le sol, émergence des jeunes adultes en juillet.

Et c’est là que ça se complique. Cette seconde vague, très nombreuse, s’alimente intensivement avant l’hivernage.

Elle tombe précisément sur les semis d’automne, tendres et peu nombreux dans un potager qui se vide.

Le facteur déclenchant, c’est la chaleur sèche. Au-dessus de 25 °C avec un air sec, l’activité explose.

Une averse ou un feuillage mouillé les cloue au sol pendant plusieurs heures. Cette information vaut tous les traitements du monde, on y revient plus bas.

Dans le sud de la France, une troisième génération partielle est possible jusqu’en octobre si l’automne reste doux.

Les méthodes de prévention qui tiennent la route

Le voile anti-insectes reste la seule protection fiable à 100 %. Maille de 0,8 mm maximum — une maille de 1,4 mm laisse passer les petites espèces. Posez-le le jour même du semis, jamais après, et enterrez les bords sur 10 cm de chaque côté.

Oui, c’est un peu fastidieux. Mais la différence entre une planche voilée et une planche nue, sur roquette semée fin août, se voit à l’œil nu en une semaine.

Attention au piège classique : si la culture précédente sur cette planche était une crucifère attaquée, des adultes peuvent émerger du sol sous le voile. Le filet devient alors une serre à altises. Décalez la planche d’au moins 3 m ou attendez une rotation.

Les autres leviers préventifs, par ordre d’efficacité réelle :

  • Arroser le feuillage en fin de journée, 4 à 5 L/m², trois fois par semaine par temps sec. L’humidité les fait déserter.
  • Maintenir un sol frais avec un mulch fin — mais pas de débris de crucifères, qui abritent les adultes.
  • Semer plus dense puis éclaircir : sur radis, 2 g/m² au lieu de 1,2 g/m² pour absorber les pertes.
  • Rotation stricte : 3 ans sans crucifère sur la même planche.
  • Nettoyer les résidus de culture en fin de saison pour supprimer les abris d’hivernage.

Les plantes-pièges fonctionnent en théorie : une bande de moutarde brune semée à 2 m de la planche principale attire une partie des adultes. En pratique, dans un petit potager, vous risquez surtout d’augmenter la population locale.

Réservez cette technique aux surfaces de plus de 100 m².

Traiter quand l’infestation est installée

Premier réflexe : évaluer avant d’agir. Comptez le pourcentage de surface foliaire perforée.

En dessous de 15 % sur une plante ayant plus de quatre vraies feuilles, ne faites rien d’autre qu’arroser généreusement. Au-dessus de 25 %, ou sur des cotylédons, il faut intervenir.

Méthode Efficacité Limites
Voile 0,8 mm Totale si posé au semis Inutile en curatif
Arrosage du feuillage Bonne, immédiate À répéter tous les 2 jours. Peut provoquer des maladies cryptogamiques.
Panneaux jaunes englués Moyenne, utile en suivi Capture aussi des auxiliaires
Terre de diatomée Correcte par temps sec Lessivée à la moindre pluie
Décoctions répulsives Faible à modérée Effet court, 3 jours max

Les panneaux jaunes englués se posent à 15 cm au-dessus du feuillage, un tous les 4 m². Ils servent surtout d’indicateur : si vous en capturez plus de 20 par semaine, la pression est forte.

Côté préparations, la décoction de prêle et le purin d’absinthe dilué à 10 % ont un effet répulsif modéré, à renouveler tous les 3 jours et après chaque pluie. Le savon noir à 15 g/L ne tue pas les altises adultes, qui sautent avant le contact — il n’a d’intérêt que si des pucerons accompagnent l’attaque.

Le pyrèthre naturel fonctionne, mais il détruit aussi coccinelles, syrphes et abeilles. À réserver aux cas extrêmes, en application le soir après le coucher du soleil.

Relancer une culture attaquée

Une plante qui perd du feuillage doit compenser vite. Un apport azoté léger accélère la reprise : arrosage au Purin d’Ortie à Diluer à 5 %, 2 L par mètre carré, deux fois à dix jours d’intervalle. Les feuilles neuves sortent plus épaisses, donc moins appétantes.

Sur les semis complètement détruits, ne vous acharnez pas. Ressemez ailleurs sous voile.

Ce qu’il faut savoir : certaines cultures échappent naturellement à la pression de fin d’été. La mâche, la laitue d’hiver, l’épinard et le cerfeuil ne sont pas des crucifères et ne subissent aucun dégât.

Si votre planche est très infestée, basculez dessus plutôt que de vous obstiner sur la roquette.

Pour les crucifères, quelques variétés encaissent mieux. Le chou-rave ‘Superschmelz’, à croissance rapide et feuillage épais, dépasse vite le stade sensible.

Le navet ‘Milan rouge’ semé sous voile en août donne une récolte propre fin octobre. Le radis ‘Gaudry 2’, très précoce, sort en 21 jours et limite la fenêtre d’exposition.

Les auxiliaires et la stratégie de fond

Les altises ont peu de prédateurs spécialisés, mais elles ne sont pas invulnérables. Les carabes consomment larves et nymphes dans le sol. Un guêpe parasitoïde du genre Microctonus pond dans les adultes. Les araignées de sol prélèvent leur part.

Concrètement, cela signifie que le nettoyage total du potager en hiver est contre-productif. Laissez une bande enherbée, un tas de branches, une planche non travaillée.

Les carabes s’y réfugient.

La rotation reste le levier le plus puissant. Une planche qui n’a pas vu de crucifère depuis 3 ans démarre avec une population résiduelle proche de zéro.

Un dernier point souvent négligé : le travail du sol en fin d’automne. Un binage superficiel sur 5 cm, fin octobre, expose les adultes hivernants au froid et aux oiseaux.

Sur un potager régulièrement infesté, cette seule opération réduit sensiblement la pression du printemps suivant. Elle demande vingt minutes pour 20 m².

Jardinier posant un voile anti-insectes fine maille sur une planche de jeunes semis au potager

Questions fréquentes

L’astuce à retenir : arrosez le feuillage en fin de journée par temps sec, les altises désertent une planche humide.

Les altises sont-elles dangereuses pour les légumes déjà formés ?

Non. Un légume-racine ou un chou pommé ne perd rien en qualité même avec un feuillage perforé.

Seuls les semis et jeunes plants sont réellement menacés.

Peut-on manger des feuilles de roquette trouées par les altises ?

Oui, sans aucun problème. Rincez normalement, les trous sont uniquement un défaut esthétique.

Le marc de café éloigne-t-il les altises ?

Non, aucun effet démontré sur ce ravageur. Économisez-le pour le compost.

À quel moment de la journée les altises sont-elles les plus actives ?

Entre 11 h et 16 h, par temps chaud et sec. Intervenez plutôt tôt le matin, quand elles sont engourdies et sautent moins.

Le voile anti-insectes peut-il rester en place jusqu’à la récolte ?

Oui pour les radis, navets et jeunes salades. Retirez-le seulement pour éclaircir, en fin de journée, puis refermez immédiatement.


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Écrit par Jardiner Malin | La rédaction vous propose des conseils d'experts, une approche respectueuse de la nature, de beaux jardins et un potager fait de bons petits légumes cultivés au fil des saisons.