Une file noire qui monte le long d’une tige, des boutons floraux couverts d’insectes, des feuilles qui se recroquevillent. Le raccourci est immédiat : les fourmis mangent la plante.
Et on sort la poudre. Sauf que sur les milliers de dégâts attribués aux fourmis chaque automne, la quasi-totalité vient d’ailleurs.
Les fourmis, elles, ne font que passer — pour récolter quelque chose de très précis.
Les fourmis de nos jardins ne possèdent pas de pièces buccales capables de découper du tissu végétal vivant. Elles n’ont ni les mandibules tranchantes d’une chenille, ni le rostre piqueur d’un puceron. Physiquement, elles ne peuvent pas dévorer votre feuillage.
Ce qu’elles viennent chercher, c’est le miellat : une gouttelette sucrée excrétée par les pucerons, les cochenilles et les psylles. Passez le doigt sur une feuille de cerisier ‘Bigarreau Burlat’ colonisée : c’est poisseux, légèrement brillant, ça colle un peu comme du sirop dilué.
Alors les fourmis s’organisent. Elles montent, stimulent les pucerons avec leurs antennes, redescendent chargées. Une colonie de Lasius niger, la fourmi noire commune, peut exploiter plusieurs milliers de pucerons sur un seul rosier ‘Pierre de Ronsard’. Elles élèvent un troupeau. Elles ne broutent pas la prairie.
La logique apparente est solide, et c’est pour ça que le mythe tient. Les fourmis arrivent toujours au moment où la plante va mal.
Ajoutez qu’elles nettoient les cadavres d’insectes, transportent des graines, et on leur attribue tout. Elles sont surtout d’utiles fossoyeuses : une fourmilière active remonte de la matière organique et la fourmi participe réellement à la vie du sol.
Elles ne sont pas innocentes pour autant. Leur nuisance est indirecte, mais bien réelle dans trois cas précis.
Elles protègent activement les pucerons de leurs prédateurs. Une larve de coccinelle qui s’approche du troupeau est mordue, attrapée, jetée au sol. C’est mesurable : sur une branche gardée par les fourmis, la prédation naturelle s’effondre. Vos auxiliaires du jardin travaillent à vide.
Deuxième cas : elles transportent les pucerons d’une plante à l’autre, et propagent l’infestation d’un pied de haricot au suivant en quelques jours.
Troisième cas, le seul vraiment mécanique : une fourmilière installée dans un pot ou une jardinière. Les galeries y créent des poches d’air qui laissent les racines à sec.
Là, il faut intervenir sur le nid lui-même.
Réglez le problème de pucerons, et la file de fourmis s’éteint d’elle-même en 3 à 4 jours. Sans miellat, plus de raison de monter. C’est l’inverse exact de ce que font la plupart des jardiniers.
À l’automne, avec des nuits sous 10 °C, l’activité ralentit déjà nettement. Le bon moment pour préparer le terrain :
Oui, c’est plus long que de saupoudrer un produit. Mais si vous voulez vraiment cibler un nid gênant sous une terrasse ou contre un mur, la poudre anti-fourmis s’applique en épandage localisé — et pour le détail des solutions anti-fourmis et leur efficacité comparée, tout y est.

L’astuce à retenir : supprimez les pucerons, pas les fourmis — elles partent d’elles-mêmes en trois jours.
Non, elles creusent leurs galeries entre les racines sans les consommer. Le seul risque est l’assèchement dans un pot ou une jardinière fortement colonisée.
Parce que les pédoncules floraux hébergent les pucerons les plus productifs en miellat. Écartez un bouton : vous verrez la colonie verte en dessous.
Rarement utile : elle aère le sol et élimine des larves d’insectes. Intervenez seulement si les monticules gênent le passage de la tondeuse.
L’effet est très temporaire, quelques heures à peine, et disparaît à la première pluie. Une barrière de glu sur le tronc est bien plus fiable.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.