Un trou d’environ 4 m² creusé à la main, pas un centimètre carré de bâche et, pour seule étanchéité, de la glaise prélevée sur le terrain puis soigneusement compactée. Une fois la mare remplie à l’eau de pluie, une question restait en suspens : l’eau allait-elle réellement tenir ?
Six mois plus tard, un piquet gradué installé au centre et des relevés réguliers permettent d’y voir plus clair. Le résultat est encourageant, mais aussi plus nuancé qu’un simple oui ou non : une mare en argile peut effectivement conserver son eau sans bâche, à condition que le sol, la mise en œuvre et la profondeur soient adaptés.
Le principe n’a rien de nouveau. Une terre suffisamment riche en argile et correctement compactée peut former une couche très peu perméable. C’est sur cette propriété que reposent de nombreuses mares traditionnelles et certains anciens abreuvoirs de pâture.
Ici, le creusement a donné naissance à une mare d’environ 4 m², atteignant 80 cm à son point le plus profond. Une partie des berges a volontairement été aménagée en pente douce afin de faciliter l’accès à l’eau pour la petite faune.
La glaise a ensuite été répartie en deux couches successives d’environ 6 cm. Chacune a été humidifiée puis longuement tassée. À la fin de l’opération, la terre formait une surface homogène, plastique et collante, sans zone friable apparente.
C’est un point essentiel : la continuité de la couche d’argile compte autant que son épaisseur. Une zone mal compactée, une pierre, une racine ou une fissure peuvent devenir autant de passages possibles pour l’eau.
Une épaisseur d’une dizaine de centimètres constitue ici une bonne marge de sécurité, mais il n’existe pas d’épaisseur universelle valable pour tous les sols. Tout dépend de la teneur en argile, de sa qualité et du compactage.
Lorsque la terre disponible est insuffisamment argileuse, l’ajout de bentonite peut améliorer son étanchéité. La quantité nécessaire dépend toutefois fortement de la nature du sol : mieux vaut donc raisonner en fonction de sa texture plutôt que d’appliquer systématiquement un même dosage.
Dès le remplissage, un piquet gradué a été installé au centre de la mare. L’objectif était simple : suivre les variations du niveau et tenter de distinguer une éventuelle infiltration des pertes naturelles liées à l’évaporation.
Voici ce qui a été observé au cours des six premiers mois :
Ces observations montrent surtout combien il est facile de confondre évaporation et fuite.
En période chaude, une petite surface d’eau peut perdre plusieurs millimètres par jour, particulièrement lorsque l’air est sec, qu’il y a du vent et que la mare est exposée au soleil. Sur plusieurs semaines, cela représente rapidement plusieurs dizaines de centimètres.
Une infiltration importante provoque généralement une baisse plus régulière du niveau, moins directement liée aux conditions météorologiques. Un autre indice peut être révélateur : si le niveau descend puis se stabilise toujours à la même hauteur, il faut rechercher une éventuelle zone plus perméable ou une fuite au niveau correspondant.
Dans cette mare, les périodes fraîches et pluvieuses ont au contraire interrompu la baisse puis permis au niveau de remonter. Après six mois, aucune fuite importante n’a donc été mise en évidence.
La seconde expérience s’est déroulée sans véritable intervention : observer combien de temps il faudrait à la faune pour découvrir ce nouveau point d’eau.
Les premières libellules ont été aperçues dès le 19e jour, alors que la mare était encore presque dépourvue de végétation et que son eau n’était pas totalement claire.
Ce phénomène n’est pas si surprenant. Les insectes aquatiques, et notamment les libellules, disposent de mécanismes visuels qui leur permettent de repérer rapidement les surfaces d’eau.
Au fil des semaines, les observations se sont multipliées :
En seulement une saison, la mare est ainsi devenue l’un des secteurs les plus animés du jardin.
Autre constat intéressant : les dégâts de limaces ont semblé diminuer dans le carré de salades situé à proximité. Difficile d’attribuer cette évolution aux seules grenouilles, mais la présence d’une mare favorise incontestablement de nombreux prédateurs naturels des petits invertébrés.
Les abords du point d’eau se sont également révélés très fréquentés par les insectes, en complément des plantes nectarifères de septembre installées à proximité.
Cette expérience montre qu’une mare sans bâche peut fonctionner, mais elle ne permet pas d’affirmer que la technique conviendra à tous les jardins.
La première condition reste la nature du sol. Une terre sableuse ou très filtrante sera beaucoup plus difficile à rendre étanche qu’un terrain naturellement argileux.
Le compactage doit ensuite être particulièrement soigné. Mieux vaut travailler plusieurs couches successives qu’une grosse épaisseur de terre tassée uniquement en surface.
Les berges méritent également une attention particulière. Lors du premier essai, certaines pentes avaient été dessinées trop abruptement : la glaise avait tendance à glisser avant même le remplissage. Elles ont donc dû être reprises avec une pente plus progressive.
Enfin, il faut prévoir une profondeur suffisante. Plus une mare est petite et peu profonde, plus les variations de niveau deviennent visibles en été. Une baisse importante ne signifie donc pas nécessairement que l’étanchéité a échoué.
Il est également préférable d’éviter l’assèchement prolongé de la couche argileuse. Lorsqu’elle sèche fortement, certaines argiles se rétractent et se fissurent. Ces fissures peuvent se refermer lors de la remise en eau, mais ce n’est pas systématique.
Au bout de six mois, le bilan de cette petite mare est plutôt clair : la glaise compactée a permis de maintenir durablement l’eau sans avoir recours à une bâche synthétique.
Le niveau a parfois fortement baissé pendant l’été, mais il est remonté avec les pluies et aucun signe évident de fuite continue n’a été constaté.
Surtout, l’expérience rappelle qu’une mare de jardin n’est pas un bassin dont le niveau doit rester parfaitement constant. Elle monte avec les pluies, baisse avec la chaleur, se trouble, s’éclaircit et évolue au fil des saisons. Ces fluctuations font aussi partie de son fonctionnement naturel.
Pour la végétaliser, on pourra par exemple installer un nénuphar nain pour petit plan d’eau, un iris du Japon dans une zone humide appropriée ou disposer un papyrus en bac à proximité.
Retrouvez également tous nos conseils dans le guide consacré à la création d’une mare favorable à la biodiversité.

L’astuce à retenir : installez dès le remplissage un piquet gradué dans la mare. Quelques semaines de relevés permettront de mieux comprendre les variations naturelles du niveau et de repérer une éventuelle infiltration.
Observez le niveau pendant plusieurs jours et comparez-le aux conditions météorologiques. Une baisse accentuée lors des périodes chaudes, sèches et venteuses puis ralentie lorsque le temps devient frais et humide évoque surtout l’évaporation. Une baisse régulière quelles que soient les conditions peut en revanche faire rechercher une infiltration.
Pas nécessairement. Une terre très argileuse, homogène et correctement compactée peut suffire. Un test simple consiste à humidifier la terre puis à former un boudin entre les mains : s’il reste souple et peut être courbé sans se désagréger immédiatement, la teneur en argile est probablement importante. Pour connaître précisément la texture du sol, une analyse reste plus fiable.
Oui, le gel n’empêche pas en lui-même de réaliser une mare étanchée à l’argile. Il faut surtout surveiller les périodes d’assèchement prolongé, car certaines argiles se rétractent lorsqu’elles sèchent et peuvent alors se fissurer.
Il n’existe pas de délai fixe. Après la création d’une mare en argile, l’eau peut rester trouble plusieurs semaines en raison des particules fines en suspension. Leur décantation progressive, la végétalisation et l’installation de l’écosystème contribuent ensuite à faire évoluer naturellement l’aspect de l’eau.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.