Fin octobre, le bassin devient un miroir. Les nénuphars ont replié leurs feuilles, l’iris n’est plus qu’un paquet de lames jaunies, et la berge se résume à du vert fatigué sur de la vase.
C’est exactement le moment où l’eau est la plus belle, avec un ciel bas qui s’y imprime. Et il n’y a plus rien à y refléter.
Trois vivaces règlent ça.
Le problème n’est pas l’absence de fleurs. C’est l’absence de verticales colorées au-dessus de la ligne d’eau, là où le reflet se forme.
Un bord de bassin d’automne est plat : des touffes basses, des feuillages couchés, une surface qui renvoie uniquement le gris. Tant que rien ne dépasse de 60 cm à 1,50 m, le miroir reste vide.
Deuxième contrainte, rarement dite : les trois quarts des vivaces vendues « pour bassin » fleurissent entre mai et juillet. En novembre, elles ne font plus que de la biomasse. Il faut donc choisir sur le critère de la date de floraison, pas sur l’étiquette « plante de berge ». Et vérifier que l’eau reste propre — un tapis de lentilles d’eau annule tout effet de reflet, même avec les plus belles plantes derrière.
Un seul groupe de cannas donne la hauteur qui manque. Choisissez impérativement les cannas aquatiques, les Canna glauca et leurs hybrides de la série Longwood : ils vivent les rhizomes immergés, ce que les cannas de massif ne supportent pas plus de trois semaines.
Plantez-les en panier ajouré, 40 cm entre deux rhizomes, le collet sous 10 à 15 cm d’eau. La floraison tient jusqu’à la première nuit à -2 °C.
Dès que le feuillage noircit, sortez les paniers et stockez-les hors gel, à peine humides, dans un local à 8-10 °C.
C’est lui qui fait tout le travail en novembre. Le schizostylis, ou lis des cafres, ouvre ses épis entre la mi-septembre et la mi-novembre, parfois jusqu’aux premières vraies gelées.
Hauteur 50 à 60 cm, feuillage en lames fines qui rappelle l’iris, fleurs étoilées sur tige raide. Rustique jusqu’à -12 °C si le sol reste frais mais drainé en hiver.
Comptez 5 rhizomes par mètre linéaire de berge, à 20 cm du bord, dans un sol humide mais jamais immergé. Divisez la touffe tous les 3 ans au printemps, sinon le centre se dégarnit et la floraison chute nettement.
Soyons francs : en novembre, la ligulaire ne fleurit plus. Ses épis jaune orangé sont finis depuis septembre.
C’est son feuillage qu’on plante ici, et il change absolument tout.
‘Britt-Marie Crawford’ porte de grandes feuilles rondes de 25 à 30 cm, pourpre presque noir, vernissées, avec un revers lie-de-vin. Posées derrière les schizostylis, elles font un fond sombre contre lequel le rouge ressort violemment. ‘Desdemona’ joue le même rôle en vert-bronze, un peu plus souple.
Deux conditions non négociables : sol constamment frais et mi-ombre. En plein soleil, les feuilles s’affaissent complètement vers 14 h. Elles se redressent la nuit, mais la scène est ratée tout l’après-midi. La ligulaire de Sibérie, elle, est protégée dans la nature : achetez toujours en pépinière.
L’ordre compte plus que le nombre. De l’eau vers la berge : cannas immergés en panier, puis schizostylis à 20 cm du bord, puis ligulaires en arrière-plan à 50 cm.
Les hauteurs s’étagent ainsi 120 / 60 / 90 cm, et chaque étage reste visible dans le reflet.
Plantez-les sur le côté nord ou est du bassin, pour que le soleil du matin les éclaire de face depuis le point d’où vous regardez l’eau.
À la plantation, une poignée de compost fertilisant mélangée à la terre du trou suffit pour les ligulaires et les schizostylis. Rien dans les paniers de canna : les engrais partent directement dans l’eau et nourrissent les algues.
Au printemps, les ligulaires démarrent dès mars et couvrent la berge. En juillet, les cannas replantés montent vite. Septembre : les premiers épis rouges. Un carex persistant entre les touffes comble le creux de février, et la scène ne connaît plus de vrai trou.

L’astuce à retenir : seul le canna va dans l’eau ; schizostylis et ligulaire veulent un sol frais, pas immergé.
Sur la berge humide oui, mais jamais immergé : son rhizome pourrit en quelques semaines. Pour les pieds dans l’eau, prenez un Canna glauca ou un hybride Longwood.
Oui jusqu’à environ -12 °C, à condition que le sol ne reste pas détrempé tout l’hiver. En terrain lourd, ajoutez du sable grossier à la plantation.
Dès que le feuillage noircit après la première gelée, en général entre fin octobre et mi-novembre selon les régions. Stockez hors gel, à 8-10 °C, substrat à peine humide.
Attendez qu’elles s’affaissent complètement, puis rabattez à 5 cm du sol. Laisser pourrir le feuillage dans l’eau charge le bassin en matière organique.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.