Regardez le pied de votre haie de troènes ou de vos hortensias, fin octobre. Sol nu, quelques feuilles mortes, deux ou trois pousses d’herbe.
Rien. C’est l’endroit le plus ingrat du jardin à cette saison, et pourtant le plus facile à transformer : la lumière y revient dès que les arbustes se dégarnissent, et le sol y reste frais.
Trois plantes suffisent pour l’allumer.
Un pied de haie ou de massif arbustif reçoit presque tout son soleil en hiver et au début du printemps, quand les branches sont nues. En été, il est à l’ombre sèche, concurrencé par les racines.
Les bulbes qui fleurissent en automne sont taillés exactement pour ce régime : ils dorment pendant l’été sec, sortent leurs fleurs aux premières pluies de septembre, puis font leur feuillage en hiver et au printemps, pile quand la lumière passe.
Comptez une bande de 40 à 60 cm de large le long de la haie, en restant à 30 cm des troncs pour ne pas buter sur le gros des racines. Le sol doit être ameubli sur 20 cm à la fourche-bêche, sans retourner.
C’est le seul vrai travail.
Plantez-le en premier, c’est lui qui fait l’effet. Le colchique d’automne sort de terre sans une seule feuille : une hampe charnue, translucide, surmontée d’un calice rose lilas de 8 à 12 cm de haut. Les feuilles, elles, n’arrivent qu’en février-mars.
Ils occupent l’étage en dessous, à 10-12 cm de haut. Crocus speciosus est le plus facile et le plus prolifique : bleu violacé veiné de sombre, avec des stigmates orange vif très découpés au centre. Il se ressème seul et forme des taches de plus en plus larges au fil des années.
Pour un intérêt supplémentaire, glissez quelques crocus à safran (Crocus sativus) en bordure, là où vous passez : leurs trois stigmates rouge sang se récoltent à la main, le matin, dès l’ouverture de la fleur.
Derrière les bulbes, contre la haie, plantez l’anémone du Japon (Anemone hupehensis). Elle fleurit de fin août à mi-octobre sur des tiges de 70 à 90 cm, et son feuillage dense forme un véritable couvre-sol qui étouffe les adventices le reste de l’année. ‘Splendens’ donne un rose soutenu, ‘Honorine Jobert’ un blanc pur qui éclaire les coins sombres.
Trois bandes parallèles à la haie, pas de mélange : anémones du Japon au fond, colchiques au milieu, crocus en bordure. Plantez par taches irrégulières de 7 à 15 bulbes, jamais en ligne.
La fenêtre de plantation des colchiques et crocus d’automne va de la mi-août à la mi-septembre pour une floraison la même année. Passé cette date, plantez quand même : ils fleuriront l’automne suivant. Les tubercules d’anémone de Grèce, eux, se plantent jusqu’à fin novembre. En pot, utilisez un terreau plantes fleuries allégé d’un tiers de sable grossier — les bulbes d’automne détestent l’eau stagnante.
Le calendrier obtenu : anémones du Japon de fin août à mi-octobre, colchiques et crocus de septembre à début novembre, anémones de Grèce en mars-avril, feuillage couvrant d’avril à juillet. Un seul creux, en août. Si ce coin reste sec, regardez aussi ces vivaces pour l’ombre sèche pour compléter.
L’astuce à retenir : densité minimum 40 bulbes au mètre carré, sinon le tapis ne se voit pas.
Oui, toutes ses parties contiennent de la colchicine et le bulbe est dangereux s’il est ingéré. Évitez-le dans un enclos à poules ou là où un chien creuse régulièrement.
Comptez les étamines : six chez le colchique, trois chez le crocus. Le colchique est aussi nettement plus gros, avec une hampe charnue sans feuilles.
Un arrosage copieux juste après, environ 10 litres par mètre carré, pour tasser la terre autour des bulbes. Ensuite, les pluies d’automne suffisent largement.
Oui, et ils se multiplient : un groupe de colchiques double en 4 à 5 ans, les Crocus speciosus se ressèment seuls. Divisez les touffes trop denses en juillet, pendant leur repos.
La fiche complète du sujet : Colchique : une petite fleur à bulbe qui fleurit en automne
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.