Vous aimez vous promener en forêt à la recherche de quelques champignons des bois ? Les pins et sapins et autres conifères majestueux vous émerveillent lors de chaque balade en montagne ? Et si vous profitiez de ces moments privilégiés en pleine nature pour ramasser les épines de pin qui jonchent le sol ? Elles peuvent en effet avoir plusieurs usages au potager.
En fin d’automne, une simple promenade dans les bois permet d’observer un tapis d’aiguilles de pin qui parsèment le sol. Ces aiguilles ont déjà revêtu une couleur brun jaune, signe qu’elles ont enclenché leur décomposition. Forcément, n’importe quel jardinier un minimum curieux peut se poser la question de l’utilité de ces aiguilles de pin : en automne, on ramasse bien les feuilles mortes pour constituer du paillis, protéger les plantes gélives du froid ou faire un terreau de feuilles. Certes, mais n’oublions pas que les aiguilles de pin sont acides. C’est vrai mais…
En fait, ces aiguilles de pin mortes affichent un pH compris entre 6 et 6,5. Or, un sol neutre où pratiquement tout pousse, a un pH compris entre 6,1 et 7. Quant au sol réellement acide, il affiche un pH inférieur à 6,1. Autant dire que les aiguilles ne sont pas si acides que ça et que, logiquement, elles n’auront aucun impact notable sur le pH du sol (ou alors moindre et à long terme). Autre idée reçue : les aiguilles « acidifieraient » fortement l’eau d’arrosage en se décomposant. Dans un sol vivant et bien drainé, l’effet reste marginal. Réservez toutefois ce paillis aux cultures ligneuses et aux massifs plutôt qu’aux semis très sensibles.
Dans les bois, les aiguilles de pin forment une couche épaisse qui se décompose lentement pour nourrir le sol. Autant dire que, dans un jardin, les aiguilles de pin pourraient avoir la même utilité et servir de paillis végétal totalement gratuit. Un paillage qui peut être très joli avec sa couleur brune et son aspect soigné, notamment au pied des arbustes.
Comment faire ? Épandez 5 à 8 cm d’aiguilles, sur sol ameubli et humide, en laissant un anneau dégagé (2–3 cm) autour du collet pour éviter la macération. Sur sol très venté, posez une fine grille ou des rameaux le temps que le paillis se tasse. Renouvelez par touches au printemps si besoin.
Évidemment, il paraît logique de déposer ce paillis au pied des plantes acidophiles dites de terre de bruyère comme les rhododendrons, les camélias, les hortensias, les piéris… Mais, globalement, la plupart des plantes peuvent recevoir ce paillis, en particulier les annuelles fleuries des massifs ou des jardinières.
N’hésitez pas aussi à installer ce paillis au pied des petits fruitiers comme les framboisiers ou les myrtilliers. Enfin, on peut l’utiliser au potager, mélangé à des tontes préalablement séchées, autour des tomates et courges pour limiter les éclaboussures, ou entre les rangs comme « couverture » contre l’évaporation.
Évidemment, on peut aussi mettre ces aiguilles de pin au compost à la condition de ne pas en abuser ! Pour l’équilibre des matières sèches et humides, mélangez-les aux tontes de pelouse, épluchures de légumes et déchets de culture (riches en azote). Pour accélérer la décomposition, broyer les épines (broyeur ou tondeuse) est un vrai plus. Pensez à aérer régulièrement le tas (retournement) et à maintenir une humidité type « éponge essorée ».
Conseil : évitez d’enfouir des quantités importantes d’aiguilles fraîches directement dans un lit de semis : leur rapport C/N élevé peut provoquer une faim d’azote temporaire. En paillage de surface, aucun souci.
Au même titre que les coquilles d’œufs qui peuvent contrer l’avancée des limaces et escargots, les aiguilles de pin peuvent limiter leur avancée. Sans être une solution miracle ! En effet, elles sont un brin piquantes et, placées en bande continue autour de certains végétaux comme les hostas, les jeunes pousses potagères ou les fraisiers, elles constituent une gêne pour les gastéropodes. Pour une protection efficace, combinez avec d’autres méthodes : ramassage manuel, pièges, cuivre, abris-refuges détournés, arrosage le matin plutôt que le soir, etc.
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