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Bégonia grandis et impatiens à l’ombre : le duo qui fleurit encore en fin d’automne

Bégonia vivace fleuri dans un coin ombragé

Contre le mur nord, cette bande d’un mètre de large où le soleil n’arrive plus depuis la mi-septembre. Les hostas ont fondu, les fougères ont bruni, et il reste de la terre nue et des feuilles mortes.

C’est le coin que tout le monde abandonne en fin d’automne. Pourtant deux vivaces d’ombre y fleurissent encore à cette date — et l’une des deux porte un nom qu’il faut manier avec prudence.

La contrainte de ce coin-là, nommée sans détour

Moins de deux heures de lumière directe par jour entre octobre et mars. Un sol souvent sec en été à cause des racines du mur ou de l’arbre voisin, puis froid et lourd dès les premières pluies.

Et une température qui, en novembre, oscille entre 3 et 11 °C selon les régions.

Ce qui échoue ici, ce sont les plantes de plein soleil qu’on tente « pour voir ». Ce qui tient, ce sont les vivaces de sous-bois d’Asie, adaptées à une lumière filtrée et à un démarrage tardif.

Elles ont une particularité précieuse : elles fleurissent quand les autres ont terminé, parce que leur cycle est calé sur les pluies de fin d’été de leur région d’origine.

Un coin d’ombre ne manque pas de fleurs, il manque de plantes dont la floraison démarre en août. Si vous cherchez d’autres candidates pour les situations difficiles, les vivaces d’ombre sèche sous un chêne répondent à la même logique.

Begonia grandis : des grappes roses suspendues jusqu’au gel

C’est la pièce maîtresse. Le bégonia vivace (Begonia grandis subsp. evansiana) monte à 50-60 cm, forme une touffe arrondie et porte des bouquets de petites fleurs rose tendre d’août jusqu’au premier gel sérieux.

Son atout visuel n’est pas la fleur. C’est le revers des feuilles, rouge vif, qui s’allume à contre-jour quand le soleil rasant de novembre passe sous les branches.

  • Rustique jusqu’à -15 °C une fois installé, la souche disparaît totalement l’hiver
  • Variété ‘Alba’ pour un blanc pur qui éclaire les fonds sombres
  • ‘Claret Jug’ pour un feuillage plus foncé et des tiges rouges
  • Tubercule à planter à 5 cm de profondeur, 40 cm entre deux pieds
  • Démarre tard : aucune pousse visible avant la mi-mai, ne creusez pas pour vérifier

Détail que les fiches classiques oublient : de petites bulbilles brunes, grosses comme un grain de blé, se forment à l’aisselle des feuilles en fin de saison. Ramassez-les, semez-les en caissette, vous aurez une dizaine de nouveaux pieds l’année suivante.

Gratuitement.

L’impatiens de l’Himalaya : celle à bannir

Soyons clairs. L’impatiens de l’Himalaya (Impatiens glandulifera), avec ses grandes fleurs roses en capuchon, est magnifique — et classée espèce exotique envahissante préoccupante pour l’Union européenne. Sa vente, sa plantation et son transport sont interdits en France. Un seul pied produit jusqu’à 2 500 graines, projetées à plusieurs mètres quand les capsules explosent. Si vous en avez, arrachez avant la formation des capsules.

La remplaçante existe et elle est bien meilleure pour ce coin : Impatiens omeiana, impatiens vivace et rustique jusqu’à -12 °C.

 

Impatiens omeiana

 

Elle forme un tapis dense de 40 à 50 cm, par rhizomes courts, et son feuillage lancéolé porte une large bande crème au centre de chaque feuille. Les fleurs jaune pâle, en petits cornets, s’ouvrent de septembre à fin octobre.

Elle ne se ressème pas de façon anarchique : elle s’étale lentement, 15 à 20 cm par an.

Les deux compagnes et le plan de plantation

Deux vivaces complètent le tableau sans lui faire d’ombre, au sens propre comme au figuré.

  • Isodon longituba : nuage de minuscules fleurs bleu-violet d’octobre à mi-novembre, 80 cm, l’exacte couleur complémentaire du rose du bégonia
  • Laîche (Carex oshimensis ‘Everillo’), feuillage persistant jaune chartreuse, 40 cm, qui tient le décor tout l’hiver quand les trois autres ont disparu

Sur une bande de 2 m² : l’isodon au fond, le bégonia au deuxième plan espacés de 40 cm, l’impatiens vivace en nappe sur le côté le plus humide, et la laîche en bordure avant, tous les 30 cm.

Plantez en octobre ou au début du printemps, jamais en plein hiver sur sol gorgé d’eau. Ajoutez 3 litres de terreau de feuilles par trou et 5 cm de feuilles mortes broyées en couverture.

Oui, c’est un peu fastidieux de préparer chaque trou. Mais, sur un sol tassé et pauvre, c’est ce qui fait la différence entre une touffe de 20 cm et une touffe de 60 cm au bout de deux ans.

 

massif Impatiens omeiana, Isodon longituba, Carex oshimensis ‘Everillo’ - begonia grandis

Ce que le coin donne au fil de l’année

De janvier à avril, seule la laîche est visible : une touffe jaune vif sur fond de feuilles mortes. Mai et juin, les pousses rouges du bégonia sortent de terre, l’impatiens déroule son feuillage panaché.

L’ensemble est vert et graphique, sans fleur — c’est normal, ne comblez pas les vides avec des annuelles qui concurrenceraient les racines.

Puis tout bascule en août. Le bégonia ouvre ses premières grappes, l’impatiens suit en septembre, l’isodon prend le relais en octobre.

La scène reste fleurie une douzaine de semaines, jusqu’à ce qu’une nuit à -3 °C couche le feuillage d’un coup.

Ce jour-là, ne coupez rien. Les tiges sèches protègent les souches et vous verrez les bulbilles tomber d’elles-mêmes au sol.

 

Main montrant les petites bulbilles brunes à l'aisselle des feuilles d'un bégonia vivace

Petites bulbilles brunes à l’aisselle des feuilles d’un bégonia vivace

Questions fréquentes

L’astuce à retenir : récupérez les bulbilles du bégonia en novembre, elles donnent dix nouveaux pieds gratuits.

Le bégonia grandis résiste-t-il vraiment au gel ?

Oui, jusqu’à -15 °C au niveau de la souche, à condition que le sol draine correctement. Un paillis de 5 cm de feuilles mortes suffit la première année.

Puis-je planter de la balsamine de l’Himalaya dans mon jardin ?

Non, c’est interdit en France : elle figure sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes. Optez pour Impatiens omeiana, vivace et parfaitement sage.

Cette association fonctionne-t-elle en pot ?

Le bégonia et la laîche, oui, dans un bac de 40 cm de profondeur minimum. L’isodon devient trop haut et l’impatiens vivace supporte mal le dessèchement du substrat en pot.

Quand voit-on les premières pousses au printemps ?

Mi-mai pour le bégonia, début mai pour l’impatiens vivace. Beaucoup de jardiniers les croient mortes en avril et retournent la terre : marquez l’emplacement avec une étiquette.

La fiche complète du sujet : Begonia grandis : le bégonia vivace


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Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.