Accueil / Jardinage / Potager et légumes / Le colocosia (taro) : une plante exotique aux nombreux atouts

Le colocosia (taro) : une plante exotique aux nombreux atouts

Taro Colocasia esculenta

Taro, oreille d’éléphant, madère, songe, dachine, malanga ou encore chou caraïbe ; derrière toutes ces appellations, se cache une plante vivace tubéreuse aux nombreux intérêts, le colocasia. En effet, elle est à la fois esthétique, avec ses grandes feuilles cordiformes, et comestible puisque l’on peut consommer ses rhizomes et son feuillage. Originaire des pays tropicaux, le taro demandera néanmoins quelques attentions pour en profiter dans votre jardin ou votre potager.

Le taro en résumé :

  • Nom latin : Colocasia spp.
  • Noms communs : Taro, chou caraïbe, madère, songe, dachine, malanga
  • Famille : Aracées
  • Types : Vivace, légume
  • Hauteur : 1 m à 1,50 m
  • Distance de plantation : 50 cm
  • Exposition : Ensoleillée à mi-ombragée
  • Sol : Non-calcaire, meuble et humifère
  • Plantation : Mars-avril – Récolte : Décembre-janvier

Espèces & Variétés de colocosia

Espèce / Variété Caractéristiques Exigences de culture Usages / Particularités
Colocasia esculenta
(espèce type, taro)
Grandes feuilles vert clair en forme de cœur ; port large, tiges massives. Seule variété comestible. Sols riches, humides ; chaleur et soleil doux. Cultivé comme légume (taro) dans les régions tropicales. Comestible après cuisson obligatoire.
Colocasia ‘Black Magic’ Feuillage violet sombre presque noir ; texture mate. Chaleur, forte luminosité ; sol humide. L’un des plus décoratifs ; idéal pour jardins exotiques.
Colocasia ‘Black Coral’ Feuilles très sombres, presque métalliques ; veinage marqué. Sol riche, très humide ; soleil ou mi-ombre. Effet graphique spectaculaire dans les massifs.
Colocasia ‘Mojito’ Feuilles vert pâle marbrées de taches noires irrégulières. Soleil doux ou mi-ombre ; sol drainé mais humide. Très prisé en pot pour son feuillage unique.
Colocasia ‘Blue Hawaii’ Feuillage bleuté, veines violettes ; revers argenté. Humidité élevée, chaleur constante. Variété très ornementale, idéale en bassin marginal.
Colocasia ‘Diamond Head’ Feuilles noires brillantes, aspect lustré. Sol fertile, humide ; mi-ombre ou soleil doux. Effet luxueux et contemporain.
Colocasia ‘Illustris’ Feuilles noires avec larges nervures vert vif. Sol constamment humide ; chaleur. Superbe contraste pour jardins tropicaux.
Colocasia gigantea ‘Thailand Giant’ Feuilles géantes pouvant dépasser 150 cm ; croissance spectaculaire. Sols riches et humides ; besoin d’espace. Pour massifs XXL et ambiance jungle.
Colocasia ‘Coffee Cups’ Feuilles en coupe collectant l’eau de pluie ; tiges pourpres. Soleil doux, chaleur ; sol humide. Très original : les feuilles se renversent pour « vider » l’eau.
Colocasia ‘Pharaoh’s Mask’ Feuilles vertes sculptées, nervures violettes en relief. Chaleur, sol humide, exposition lumineuse. Aspect tridimensionnel très spectaculaire.
Colocasia ‘White Lava’ Feuilles vert foncé, bandes blanches centrales, nervures violettes. Humidité élevée, soleil doux. L’un des plus colorés et contrastés.

Plantation du Colocasia

Plante exotique par excellence, le taro a besoin de certaines conditions pour s’épanouir :

  • un coin au soleil ou à la mi-ombre ;
  • une terre riche en matière organique (humus) et travaillée en profondeur ;
  • de la chaleur et une humidité régulière, sans excès d’eau stagnante.

Si vous résidez dans le sud de la France ou en Outre-mer, vous pourrez le cultiver sans grande difficulté. En revanche, dans les autres régions, la culture sous serre devra être privilégiée pour obtenir des résultats, ou la culture en gros bac à rentrer hors gel.

Préparation du sol :

Si votre sol ne remplit pas les conditions de fertilité et de texture requises, vous devrez procéder à quelques travaux durant l’automne précédent la plantation :

  • réalisez un amendement par l’épandage de fumier ou de compost bien décomposé ;
  • pour alléger le sol, vous pouvez également y incorporer des cendres de bois ;
  • à l’aide d’une fourche-bêche, retournez la terre en profondeur, afin qu’elle se mélange bien avec la fumure ;
  • au milieu du printemps, juste avant la plantation, retravaillez légèrement le sol pour bien l’ameublir.

Un terrain trop lourd et asphyxiant fait pourrir les rhizomes : en sol argileux, n’hésitez pas à créer des buttes surélevées et à mélanger sable grossier et compost mûr pour améliorer le drainage tout en gardant de la fraîcheur.

Conseil malin et écologique : pensez à nos précieux auxiliaires les vers de terre et évitez d’utiliser une bêche pour réaliser le bêchage. Vous limiterez ainsi les impacts négatifs sur la faune du sol.

Plantation :

Pour faciliter la reprise et gagner du temps, la plantation se réalise en deux étapes :

  1. Au début du printemps (mars-avril), plantez des fragments de rhizomes dotés d’au moins deux yeux (bourgeons) dans des pots contenant un mélange de terreau et de sable. Placez-les ensuite à la lumière et au chaud ; l’idéal étant une température d’environ 25 °C.
  2. En mai, lorsque les plants ont levé, vous pouvez les repiquer en pleine terre. Encore une fois, si vous résidez dans une région où les températures ne sont pas assez élevées, privilégiez la culture sous serre.

Placez les jeunes plants tous les 50 cm sur le rang, en enterrant bien le collet, et arrosez copieusement à la plantation. Dans un massif d’allure exotique, le taro peut aussi être installé en arrière-plan, en mélange avec des Canna, colocasias ornementaux, bananiers rustiques ou graminées graphiques.

Culture en pot :

En dehors des zones les plus douces, le taro gagne à être cultivé en grand bac (40 cm de diamètre minimum) :

  • choisissez un pot percé, avec une bonne couche de drainage (billes d’argile) ;
  • remplissez avec un mélange de terreau riche, compost et un peu de terre de jardin ;
  • installez le pot en situation très lumineuse, sans soleil brûlant aux heures chaudes ;
  • rentrez le bac avant les premières gelées, dans une véranda, serre ou pièce hors gel (5–10 °C).

Cette méthode permet de profiter du feuillage spectaculaire sur la terrasse l’été et de sécuriser les rhizomes l’hiver.

Culture et entretien du colocasia

À l’instar des pommes de terre, le taro nécessite un léger buttage en cours d’été. Vous favoriserez ainsi la production de nouveaux rhizomes et limiterez l’apparition des adventices. Pour maintenir un beau feuillage et soutenir sa croissance, vous devrez également réaliser des arrosages réguliers ; a fortiori en cas de sécheresse prolongée.

Le taro apprécie une atmosphère chaude et humide : un sol qui ne sèche jamais complètement, mais qui n’est pas détrempé. Une eau tiède, non calcaire, est idéale. En bac, surveillez de près l’évaporation en été : un arrosage quasi quotidien peut être nécessaire en période très chaude.

Conseil malin : pour limiter les pertes en eau et conserver l’humidité du sol, vous pouvez appliquer un paillage épais au pied de votre plante. Le paillis permettra également de préserver une certaine chaleur dans le sol à l’approche de l’hiver.

Dans les régions où les hivers sont marqués, deux options s’offrent à vous :

  • Soit vous arrachez les rhizomes en fin de saison, comme des dahlias, pour les conserver au frais et au sec, puis les replanter au printemps.
  • Soit vous protégez en place les souches avec un épais lit de feuilles mortes ou de paille, en espérant un hiver suffisamment doux.

Maladies et ravageurs :

Si le taro n’est pas spécialement sensible aux maladies cryptogamiques lorsque le sol est bien drainé, il peut en revanche être la cible de quelques parasites et ravageurs tels que :

  • les pucerons ;
  • les aleurodes (mouches blanches), surtout sous abri ;
  • les acariens (et plus particulièrement l’araignée rouge) en atmosphère sèche.

Un feuillage qui jaunit par plages peut aussi traduire un excès d’eau froid, ou au contraire une carence en éléments nutritifs. Dans ce cas, apportez un peu de compost mûr en surface au printemps et corrigez les apports d’eau.

Lire aussi :

Récolte et conservation

Si possible, la récolte des rhizomes doit être effectuée en fin d’année. Vous leur laisserez ainsi le temps de se former. Une fois récoltés, ils peuvent se conserver dans du sable et au frais.

  • Il est néanmoins recommandé de les manger rapidement après arrachage pour profiter de leurs valeurs gustatives et nutritives.
  • Les feuilles, quant à elles, se cueillent jeunes et sont à consommer dans la foulée.
  • Dans les régions fraîches, on peut choisir de ne prélever qu’une partie des rhizomes et de laisser en place les plus beaux éclats pour la culture de l’année suivante. Pensez aussi à porter des gants si vous êtes sensible : la coupe de taros crus peut irriter la peau.

 

Rhizomes de taro fraîchement récoltésRhizomes prêts à être cuisinés comme des pommes de terre

 

Le colocasia en cuisine

Si la culture du taro peut ressembler à celle de la pomme de terre, il en va de même pour la préparation de ses rhizomes. Vous pouvez ainsi les accommoder en gratins, en soupes, à la poêle, etc. Vous serez également surpris par leur texture légèrement farineuse et leur saveur pouvant évoquer celle de la châtaigne.

Taro cuisiné en plat saléTaro cuisiné en garniture, entre pomme de terre et châtaigne

 

Traditionnellement, le taro est aussi utilisé :

  • en purée, seul ou mélangé à d’autres légumes racines ;
  • en friture (chips de taro très croustillantes) ;
  • en ragoûts de viande ou de poisson, où il remplace la pomme de terre ;
  • en pâtisserie, sous forme de purée sucrée dans certains desserts asiatiques.

Attention : les rhizomes comme les feuilles se consomment toujours bien cuits. Crus ou insuffisamment cuits, ils peuvent être irritants pour la bouche et l’intestin.

Pour finir, sachez que les jeunes feuilles peuvent être cuisinées de la même façon que les épinards, dans des currys, soupes ou farces végétales.

Conseils du jardinier – FAQ

  • Le taro est-il rustique en France métropolitaine ?
    Non, le taro est une plante gélive. En dessous de 0 °C, les parties aériennes sont détruites, et les rhizomes ne survivent que dans les sols très drainés et bien protégés. En dehors des climats les plus doux, on privilégie la culture en bac ou la récolte des rhizomes avant l’hiver.
  • Peut-on cultiver le taro en pot sur un balcon ?
    Oui, à condition de lui offrir un grand contenant, un substrat riche et humide, et une exposition chaude et abritée. Le pot devra être rentré avant les premières gelées.
  • Combien de temps faut-il pour récolter les rhizomes ?
    Il faut en général 7 à 9 mois entre la plantation des éclats de rhizomes et la récolte, en fonction de la chaleur et de l’humidité disponibles pendant la saison.
  • Le taro est-il toxique ?
    Oui, cru, le taro contient des cristaux irritants qui peuvent provoquer brûlures de la bouche et troubles digestifs. Une cuisson prolongée lève cette toxicité. Les feuilles, comme les rhizomes, doivent toujours être bien cuites.
  • Quelle différence entre taro, colocasia et « oreille d’éléphant » décorative ?
    « Taro » désigne surtout les formes Colocasia cultivées comme légumes. Certaines variétés de Colocasia et Alocasia sont, elles, plantées uniquement pour leur feuillage ornemental (« oreille d’éléphant ») et ne sont pas consommées, même si les exigences de culture sont proches.
  • Peut-on réutiliser ses propres rhizomes comme plants pour l’année suivante ?
    Oui, il suffit de conserver quelques beaux éclats sains, stockés au frais et au sec, puis de les pré-germer en pot au printemps avant de les replanter en place.

Écrit par Christophe Dutertre | Diplômé en aménagement paysager et amoureux des jardins, Christophe vous accompagne dans cette passion qui nous réunit. Découvertes, conseils pratiques et écologie sont au programme.