Faut-il vraiment glisser des fleurs entre les légumes pour éloigner les ravageurs, ou est-ce une jolie légende de jardin ? Six associations ont été suivies sur des planches identiques, du semis de mi-mai aux derniers relevés de fin août, avec une planche témoin sans aucune fleur.
Neuf comptages hebdomadaires plus tard, le verdict est net : cinq duos n’ont rien changé. Un seul a vraiment fait chuter les dégâts.
Six planches de 3 m², même terre limono-argileuse, même arrosage (10 L par planche deux fois par semaine), même exposition plein sud. Une septième planche servait de témoin, sans la moindre fleur.
Chaque duo associait un légume et une fleur plantée à 30 cm du pied, dans le rang et non en bordure lointaine. Les comptages ont eu lieu tous les 7 jours, du 24 juin au 26 août, toujours entre 8 h et 9 h : nombre de pieds colonisés, feuilles trouées, envols d’insectes au passage de la main.
Ce qu’il faut savoir : une fleur plantée à plus d’un mètre du légume ne produit aucun effet mesurable. La proximité est le paramètre qui change tout, bien avant le choix de l’espèce.
| Duo | Ravageur visé | Résultat mesuré | Verdict |
|---|---|---|---|
| Chou + capucine | Puceron cendré | 3 pieds touchés sur 12 (9 sur 12 au témoin) | Le gagnant |
| Tomate + œillet d’Inde | Aleurodes (mouches blanches) | Envols divisés par 2 au passage de la main | Effet réel mais partiel |
| Courgette + bourrache | Aucun | Fruits noués en hausse d’un tiers | Utile, mais pour la pollinisation |
| Laitue + alysse odorante | Pucerons verts | Larves de syrphes présentes dès le 2 juillet | Lent mais durable |
| Carotte + souci | Mouche de la carotte | Aucun écart avec le témoin | Décevant |
| Haricot + cosmos | Puceron noir | Cosmos à 1,30 m : ombrage et concurrence | À éviter |
Le souci reste une excellente fleur de potager bio pour nourrir les auxiliaires. Contre la mouche de la carotte, en revanche, il ne remplace pas un voile anti-insectes.
La capucine n’éloigne rien du tout. Elle attire. C’est une plante-piège : les pucerons noirs se concentrent sur ses tiges creuses, en manchons serrés bien visibles, et délaissent les feuilles de chou juste à côté. Le principe est le même que celui décrit dans notre comparatif de légume et plante protectrice, mais avec un effet ici franchement mesurable.
Oui, une capucine couverte de pucerons noirs, c’est moche. Mais les choux, eux, étaient propres.
Le dosage compte : un pied de capucine pour trois choux, pas davantage, sinon le feuillage étalé étouffe les jeunes plants. Et il faut couper au sécateur les tiges les plus colonisées dès qu’elles noircissent sur 10 cm — sinon le réservoir se vide sur le légume voisin. Comparer l’œillet d’Inde et la capucine aide à choisir selon le ravageur visé : le premier agit par ses racines, la seconde par attraction.
La fenêtre utile, c’est les trois prochaines semaines, avant les premières gelées. Le souci et la bourrache se ressèment seuls si vous laissez les fleurs fanées monter en graines : ne nettoyez pas tout. Marquez leurs emplacements avec une étiquette, vous retrouverez les plantules dès mars.
Un point souvent oublié : les jeunes capucines de printemps sont dévorées par les limaces avant même de couvrir le sol. Protégez les semis avec un anti-limaces Ferramol les trois premières semaines. Pour aller plus loin côté légumes-fruits, la liste des plantes compagnes de la tomate complète bien ces essais.

L’astuce à retenir : une capucine pour trois choux, plantée à 30 cm, et les pucerons changent de cible.
Non, si vous coupez les tiges les plus colonisées dès qu’elles noircissent. Les pucerons du chou sont spécifiques et ne migrent pas vers les salades ou les courges.
Arrachez les cosmos et les capucines gelées, mais laissez les soucis et la bourrache monter en graines. Ils se ressèment seuls et repartent avant vos légumes au printemps.
Elles réduisent fortement la pression, sans l’annuler. En cas d’invasion massive, un savon noir dilué à 5 % reste nécessaire, mais vous l’utiliserez deux à trois fois moins souvent.
Oui, à condition d’un bac d’au moins 40 cm de profondeur. Une capucine naine ‘Tom Pouce’ au bord d’un bac de 60 cm suffit pour deux plants de chou ou trois salades.
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.